Bettina Rheims, photographe hors cadre

Sujet Rheims expo
Pascale ACHARD et Martin VANDENBOSSCHE ont rencontré Bettina Rheims.

Des premiers clichés, dans les années 1980, aux tirages les plus récents, la photographe française Bettina Rheims est à l'affiche à la Maison européenne de la photographie à Paris. Rencontre avec une artiste dont le travail ne laisse jamais indifférent.

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Un parcours au fil de trente années de carrière : grands formats, images iconiques, portraits de personnalités et d'anonymes célébrant la féminité. Bettina Rheims n'a pas photographié que les femmes, mais elle y retourne toujours, comme pour filer un autoportrait depuis le jour où elle regarde par l'objectif d'un appareil photo  : elle a le sentiment "d'arriver à la maison". Ce jour-là s'ouvre une boîte qui ne se refermera jamais :

Bettina Rheims 1
Propos recueillis par Pascale Achard
La photographe flirte avec l'entre-deux. Il y a du plaisir dans les femmes qu'elle photographie, mais parfois à la limite de la douleur. Ses photos dégagent une féminité dont émane une certaine force. Elle aime ce qui est trouble et troublant, ce qui la mène aussi à photographier la différence, la ligne ténu entre les genres, l'androgynie, mais aussi tous ceux qui choisissent un autre chemin, qui ont le courage de regarder leur vie en face et de décider de la changer, comme Bettina, elle aussi, l'a fait :

Bettina Rheims 2
Propos recueillis par Pascale Achard

Bettina Rheims provocante ? "C'est une connerie ! répond-elle. Pensez-vous vraiment que je me sois levée chaque jour pendant 36 ans avec pour seul but dans la vie que de provoquer les gens ? Ce ne serait pas très intéressant !" Dérangeante, oui, sûrement, parce que tel est le travail de l'artiste : raconter une histoire.

Bettina Rheims, portrait de femme


Tour à tour mannequin, journaliste et propriétaire de galerie d’art Bettina Rheims, née en 1952, devient photographe en 1978, avec une série sur un groupe de strip-teaseuses et d’acrobates. Un travail qui donne lieu à ses premières expositions et révèle son sujet de prédilection : le modèle féminin, auquel elle reviendra fréquemment durant sa carrière.

Dans les années 1980, elle réalise Female Trouble, des portraits de femme, connues ou anonymes. Sa série Animal se fixe ensuite sur une autre forme de nudité : celle d’animaux naturalisés au regard fixe. Avec Modern Lovers, elle questionne le genre, l’androgynie et la transexualité. Erotisme et modèles amateurs : Chambre close est une série à quatre mains réalisée avec l’écrivain Serge Bramly. Il y en aura d’autres, dont une histoire de la crucifixion au travers de photographies de scènes de la vie du Christ, et une série sur Paris insolite.

Bettina Rheims a aussi été la photographe officielle de Jacques Chirac, de sa campagne à l’Elysée. Elle a travaillé sur la juxtaposition de robes anciennes sur des modèles d’aujourd’hu, et deux longs voyages en Chine lui ont inspiré une série sur ce pays à la fois avant-gardiste et millénaire, officiel et underground. En 2012, elle revient aux représentations du genre avec Gender Studies.

En savoir plus l'exposition à la Maison européenne de la photographie, jusqu'au 27 mars 2016 :
> le site du musée et de l'exposition