Terriennes

La politique d’aide internationale du Canada sera féministe, ou ne sera pas

C'était avant novembre 2016, quand le Canada et les Etats-Unis marchaient au diapason. En mars 2016, Michelle Obama et Sophie Grégoire-Trudeau, chantaient avec des écolières alors qu'elles participaient à un programme pour promouvoir l'éducation des filles dans le monde
C'était avant novembre 2016, quand le Canada et les Etats-Unis marchaient au diapason. En mars 2016, Michelle Obama et Sophie Grégoire-Trudeau, chantaient avec des écolières alors qu'elles participaient à un programme pour promouvoir l'éducation des filles dans le monde
AP Photo/Cliff Owen

Justin Trudeau répète à qui veut l’entendre qu’il est féministe, il est donc tout naturel que son gouvernement adopte des politiques qui viennent en aide aux femmes de par le monde. Comme celle que vient de présenter la ministre canadienne du développement international Marie-Claude Bibeau. Et un pied de nez au puissant voisin Donald Trump.

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150 millions de dollars en 5 ans

Cette politique, baptisée « Programme sur la voix et le leadership des femmes » sera dotée d’un budget de 150 millions de dollars sur 5 ans. Il est adressé aux pays en voie de développement, plus particulièrement l’Afrique subsaharienne.  

« Dorénavant, pour obtenir du financement canadien, tous nos partenaires devront s’assurer de consulter les femmes localement de les impliquer dans la prise de décision et de les impliquer significativement dans la mise en œuvre de leur projet » a déclaré la ministre du développement international Marie-Claude Bibeau.

Cette politique "bénéficiera à tous" et va permettre au Canada de « devenir le chef de file en matière d’égalité des sexes dans sa programmation d’aide » a-t-elle précisé. Elle a été élaborée après la consultation de quelque 15 000 personnes dans 65 pays.
 

C’est aussi une réponse cinglante et concrète à Donald Trump, qui à peine investi à la Maison Blanche, entouré de ses guerriers blancs, avait pris comme première mesure un décret interdisant le financement public d'ONG internationales non opposées au droit à l'avortement. Une décision destinée, de fait, à entraver l’action de toute ONG soutenant l’autonomisation des femmes, puisqu’elles s’appuient aussi sur des programmes de contraception et d’aide à l’IVG. Et donc à supprimer toutes ces aides publiques américaines.

Les femmes et les filles sont de puissants agents de changement
Marie-Claude Bibeau, ministre canadienne du développement international

La politique canadienne s’appuie, elle, sur 6 objectifs, à rebours de la régression états-unienne : renforcer le pouvoir des femmes et des filles et établir l’égalité entre les sexes, respecter la dignité humaine, assurer une croissance pour tous, respecter l’environnement et les actions pour le climat, mettre en place une gouvernance inclusive qui se fasse dans la paix et la sécurité.

Protéger les femmes et les filles partout dans le monde

Marie-Claude Bibeau a fait remarquer que « les femmes et les filles sont de puissants agents de changement. Elles ont la capacité de transformer leurs foyers, leurs communautés et même l’économie de leur pays. Avec de bonnes interventions, encadrées par de bonnes politiques publiques, les femmes et les filles peuvent débloquer un potentiel de croissance économique estimé à 12 mille milliards de dollars à l’échelle de la planète ». Pour le gouvernement canadien, l’égalité des sexes est donc un principe puissant dans la lutte contre la pauvreté.

Une affirmation que ne contredirait sûrement pas l’Organisation internationale du travail qui dans une étude publiée le 14 juin 2017 montre que la réduction des disparités entre les sexes serait très bénéfique pour les femmes, la société et l’économie : « réduire de 25 pour cent les disparités entre hommes et femmes d’ici à 2025 permettrait d’injecter 5800 milliards de dollars dans l’économie mondiale et d’accroître les recettes fiscales », notent les économistes de l’OIT.
 

« Concentrer l’aide internationale du Canada sur le renforcement du pouvoir des femmes et des filles est le moyen le plus efficace pour que notre aide ait le plus grand impact dans le monde » a conclu Marie-Claude Bibeau.

Il sera intéressant maintenant de voir comment concrètement cette politique pourra s’appliquer dans ces pays, vérifier qu’elle ne sera pas une succession de vœux pieux qui restent théoriques et qu’elle pourra donc effectivement avoir un impact sur la santé et les conditions de vie des femmes et des filles dans le monde.

De cet avenir il sera question dans deux ans au Canada justement. En juin 2019, Vancouver, la métropole portuaire de l’ouest du pays, sur le Pacifique accueillera, à la conférence « Women Deliver », un réseau international qui se présente comme « avocat inébranlable  des filles et des femmes », parce qu’on sait « que lorsque le monde investit dans les femmes et les filles, tout le monde est gagnant ! »
Un proverbe sénéglais énonce : « Eduquer une fille, c'est éduquer toute une nation. »