La première motarde professionnelle au Liban

Il y a trois ans, à Beyrouth,  Annie Bader décide de prendre des cours pour passer son permis moto.
Il y a trois ans, à Beyrouth, Annie Bader décide de prendre des cours pour passer son permis moto.

Au Liban, peu de femmes osent piloter une moto. Deux groupes, les Ladies of Harley et le Women motorcycle club of Lebanon proposent des sorties entre femmes. Annie Bader, 29 ans, est l’une d’entre elles. Après trois ans de pratique, elle est devenue professionnelle.

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Le maquillage parfait sous son casque Valentino Rossi, Annie attire les regards lorsqu’elle descend de sa GSXR 750. Au Liban, rares sont les femmes à moto. « J’aimais la moto depuis toute petite, raconte-t-elle. Mais ici l’environnement n’encourage pas trop. On pense qu’une femme c’est un peu trop fragile. On ne croit pas vraiment qu’elle puisse être forte. » Il y a trois ans, la jeune responsable en ressources humaines se lance et prend des cours avant de passer son permis (environ 300 dollars au Liban). 

Avec les hommes

D’abord, elle roule avec les hommes et apprend à suivre leur cadence. La fédération libanaise de moto la repère et décide de la soutenir. Depuis octobre 2013, Annie concourt avec des pros sur le circuit de Losail au Qatar. Cette compétition mixte internationale (seulement quatre femmes participent) se termine en juin. Et Annie espère bien finir dans les premiers de sa catégorie 600cc.« Au début, quand j’ai commencé la moto, ma famille a eu peur mais ensuite ils ont vu que je pouvais gérer et que je suis responsable. J’ai roulé sur la neige, sous la pluie… », raconte la Libanaise.

Prudente, Annie n’a eu aucun accident au Liban, sauf un à l’entraînement. Pourtant, les routes parsemées de nids-de-poule et le comportement dangereux des conducteurs font du Liban un pays risqué pour les motards. « On a tellement de problèmes avec les gens qui envoient des textos en même temps qu’ils conduisent. On les voit progressivement dévier de leur trajectoire et nous couper la route », soupire Annie.  
Annie Bader, sur le circuit de Losail au Qatar.
Annie Bader, sur le circuit de Losail au Qatar.

Au Liban, il n’y a pas de circuit pour qu’Annie puisse s’entraîner alors elle roule en montagne ou sur des parkings fermés pour ses techniques de position. « Parfois, je prends ma moto à deux, trois heure du matin et je pars sans itinéraire. Je pars où elle me prend. » Avec ses copines du Motorcycle club of Lebanon, elle part en virée les dimanches sur les routes du pays du Cèdre. « On choisit un itinéraire, on part sur la route, on déjeune ensemble, sans alcool bien sûr. Les gens nous regardent beaucoup quand on est plusieurs filles à rouler ensemble. Mais c’est difficile d’avoir un grand groupe de filles car il y a souvent des problèmes d’ego entre femmes » regrette-t-elle

Répandre la pratique

Annie n’a qu’un rêve : que la pratique de la moto se répande chez les Libanaises. Elle souhaite aider les autres femmes à s’orienter dans ce monde, les encourager à faire de la course et ouvrir son propre magasin de moto où elle voudrait vendre des habits : « Ici c’est difficile de trouver des vêtements de moto pour femme de petite taille. Je dessine des vêtements chics où on peut intégrer des coques car j’en ai marre qu’on ressemble à des Robocop. » Même motardes, les Libanaises tiennent à leur féminité.

Annie commence tout doucement à avoir des sponsors mais les obstacles perdurent. « J’ai commencé à faire du sport seule car je n’ai pas un entraîneur spécialisé ici. J’ai commencé un peu tard la moto… Je suis encore lente je trouve par rapport aux autres alors j’ai besoin de plus d’entraînement. » Lors de la première course de la saison, elle est tout de même arrivée deuxième sur le podium.
 
« J’en ai marre qu’on ressemble à des Robocop », raconte la motarde.
« J’en ai marre qu’on ressemble à des Robocop », raconte la motarde.

Une échappatoire

Pionnière, cette « première femme arabe à faire du racing » inspire le respect. « Je confie ma moto à deux Français qui ont un garage ici car je n’ai confiance qu’en eux ! Par contre, je fais ma petite mécanique : freins, bougies, vidanges… »

Sur sa Suzuki, Annie se sent libre dans un Liban de plus en plus happé par le conflit syrien et les attentats. Rouler reste une échappatoire. Dans les embouteillages, les regards sont interloqués ou admiratifs. « Parfois on veut m’épouser direct » rigole-t-elle « ou on veut monter avec moi sur ma moto. » Elle ajoute, la fierté dans ses yeux : « Il y a aussi ces voitures de sports qui veulent faire la course. Quand je le fais, je gagne à chaque fois ! »