"La Servante écarlate", la série qui dérange l'Amérique de Donald Trump

Elisabeth Moss, reine de la série américaine "La servante écarlate", rendue célèbre dans la série Madmen et Top of the Lake. 
Elisabeth Moss, reine de la série américaine "La servante écarlate", rendue célèbre dans la série Madmen et Top of the Lake. 
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Comment, dans une dictature imaginaire, les femmes deviennent-elles les outils sexuels et de reproduction d'un système quasi-industriel : voilà le synopsis de la série américaine La Servante écarlate. Depuis sa diffusion, les militantes féministes revêtent à leur tour le costume de nonne rouge pour protester contre la politique du président Trump.

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Inspirée du livre du même nom, La Servante écarlate (The Handmaid's Tale en anglais) de la Canadienne Margaret Atwood, sorti en 1985, est une série télévisée produite par le site américain de vidéos par abonnements Hulu. Diffusée aux Etats-Unis depuis plusieurs semaines, elle l'est aussi en France depuis fin juin.
 

L'histoire : à l'issue d'un coup d'Etat, un mouvement puritain intégriste renverse les institutions américaines et instaure la république de Gilead, une dictature militaire qui place une caste au pouvoir. 

Toutes les femmes qui n'appartiennent pas à ce groupe sont déchues de la plupart de leurs droits, de leur emploi et de leurs biens. Certaines, dont l'héroïne Offred (interprétée par l'excellente Elisabeth Moss), sont réquisitionnées pour remédier au problème de fertilité de beaucoup de femmes de la caste.

Elles sont affectées chacune à un membre du groupe qui, lors d'une cérémonie quotidienne en présence de son épouse, a des relations sexuelles avec elles pour les féconder et perpétuer ainsi la race élue.

Ambiance malsaine, lumière crue, très travaillée, rythme très lent, jusqu'à l'asphyxie parfois, la série joue la carte de l'ultra-esthétisme.

L'ère Trump en effet miroir

Cette série a eu une résonance particulière peu après l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui inquiète beaucoup de défenseurs des droits des femmes. D'autant que la série est censée se passer à une époque qui pourrait être la nôtre.

"Vous ne pouvez pas anticiper la manière dont le public va réagir ou même dont un pays va réagir", a expliqué Elisabeth Moss lors d'une table ronde organisée, en mai, par le centre culturel new-yorkais 92Y. "Nous ne pouvions pas prévoir que cela allait devenir un sujet de débat", a expliqué celle qui s'est révélée sous les traits de Peggy Olson dans la série "Mad Men".

#handmaidstale #huluandpanic

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"Tout ce qui est dans le livre s'est produit ou se produit quelque part dans le monde", a expliqué, lors de la table ronde, la réalisatrice, Reed Morano, qui a mis en scène trois épisodes de cette première saison, qui en compte dix.
 
Vous ne vous sentirez pas bien, mais c'est le but. Reed Morano, réalisatrice de La Servante écarlate

Dans The New York Times l'auteure canadienne Margaret Atwood explique dans quel contexte elle a écrit "La Servante écarlate", à Berlin, en 1984 : "Durant mes voyages dans différents pays derrière le rideau de fer (en Tchécoslovaquie, en Allemagne de l’Est), j’ai fait l’expérience de la méfiance, des silences, des changements subits de conversation. J’ai senti ce que ça fait que d’avoir l’impression d’être espionnée, j’ai vu les moyens détournés que trouvent les gens pour faire passer des informations, et tout cela a influencé mon écriture."

Ce roman a plus de 30 ans, volontiers orwellien ? Il est le pendant féministe du célébrissime "1984". L'histoire qu'il met en scène trouve à l’ère de Trump un étrange écho avec l’actualité. Comme l’explique l’écrivaine, c’est la question “Est-ce que La Servante écarlate est prémonitoire ?” qu’on lui pose le plus au sujet de son œuvre culte.

Une interrogation qui en dit long, selon elle, sur le climat anxiogène actuel : "Depuis la présidentielle américaine, les peurs et les angoissent montent en puissance. On a le sentiment que les libertés civiles fondamentales sont menacées, tout comme de nombreux droits acquis par les femmes depuis des décennies, et même des siècles."

Une série politique et féministe

The Handmaid's Tale est un roman politique et, comme la série, son message est profondément féministe. C'est bien pour cette raison que les mouvements de lutte pour les droits des femmes aux Etats-Unis, qui combattent le projet d'abrogation de l'Obamacare – le Health Care bill – porté par Trump, s'en inspirent. Ce projet de loi prévoit notamment de réduire les financements du planning familial.

La cape rouge et la coiffe blanche sont devenues les étendards de ces militantes. Plusieurs dizaines de femmes ainsi vêtues ont défilé devant le Capitole à Washington ces dernières semaines pour protester contre l'abrogation de l'Obamacare.
 

#NTBC : ne laisse pas ces bâtards te broyer

Un hashtag #NTBC a été lancé sur Twitter. Il renvoie à la formule latine Nolite te bastardes carborundorum, qui signifie littéralement « Ne laisse pas ces bâtards te broyer ». Cette phrase est celle que découvre l'héroïne dans le placard de sa chambre, gravée par celle qui l'a précédée, et qui s'est vraisemblablement suicidée.
 
Un vaste mouvement semble alors traverser les frontières, jusqu'en Pologne. Plusieurs dizaines, voire centaines, de manifestantes habillées en "servante écarlate" ont manifesté jeudi 6 juillet pour protester contre l'arrivée à Varsovie de Donald Trump, l'une de ses escales européennes.