Terriennes

La Thaïlande, pays du sourire pour les pédégères

Près de la moitié des PDG en Thaïlande sont des femmes, la proportion la plus élevée au monde. 

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36% de femmes ont de hautes responsabilités dans les entreprises thaïlandaises.
36% de femmes ont de hautes responsabilités dans les entreprises thaïlandaises.
Les 22 millions de touristes qui séjourneront en Thaïlande cette année ne les verront sans doute pas. Elles ne sont ni hôtesses dans les bars ni masseuses sur la plage, mais … PDG !

L'information, diffusée à l'occasion de la journée de la femme, en mars dernier, par le cabinet de conseil Grant Thornton, est quasiment passée inaperçue, et pourtant, la Thaïlande arrive à la première place de son classement des pédégères, avec 49% de femmes à la tête d'une entreprise, un score inégalé dans le monde !

En matière de top management en général, la Thaïlande est également bien placée, puisqu'on y compte 36% de femmes dotées de hautes responsabilités dans les entreprises, soit une proportion supérieure à la moyenne mondiale de 24%. A cet égard, seule la Chine dépasse la Thaïlande, avec 51% de décideuses dans les affaires. Un contraste saisissant avec les pays du G7 (les sept économies les plus riches de la planète), qui ne comptent que 21% de femmes jouissant de responsabilités élevées dans une société. Ils sont d'ailleurs devancés par les pays émergents, qui affichent 28% de femmes à ces postes, tandis que le Japon est bon dernier, avec seulement 7%... 

La performance thaïlandaise s'explique-t-elle par le fait que les femmes du royaume, aussi éduquées que les hommes, ont tendance à lancer - comme eux - leur propre petite entreprise et en deviennent ainsi la patronne ? Peut-être. Il est vrai que le tissu économique du pays est dominé par les PME, qui emploient plus des trois quarts des salariés. Les activités de ces petites structures représentent près de la moitié du PIB (hors agriculture) du pays. En tout cas, selon les données 2011 de la Banque Mondiale, les femmes de Thaïlande sont on ne peut plus dynamiques, puisqu'elles sont 64% à participer au marché de l'emploi (contre 51% de Françaises). 

Autant dire que les Thaïlandaises ont un poids économique indéniable, et la croissance du PIB, estimée à 4,5% pour cette année, bénéficie sans aucun doute de leur esprit d'entreprise.

 

Yingluck Shinawatra, Première ministre de Thaïlande.
Yingluck Shinawatra, Première ministre de Thaïlande.
Toutefois, on le sait, tout n'est pas parfait pour elles, loin de là. Elles sont les premières victimes de la prostitution et du trafic humain, ou s'expatrient pour travailler dans les pays voisins, souvent dans des conditions proches de l'esclavage. Par ailleurs, leur poids politique est très relatif.

Depuis 2011, c'est une femme d'affaires, Yingluck Shinawatra, qui est à la tête du gouvernement mais au Parlement, les Thaïlandaises ne sont représentées qu'à hauteur de 15% (avec pourtant un droit de vote acquis en 1932, 12 ans avant les Françaises). Et les contraintes auxquelles elles doivent faire face dans la société sont fortes : comme partout ailleurs, elles assument en grande partie les tâches ménagères et l'éducation des enfants, tout en pâtissant de salaires – si elles ne sont pas à leur compte - plus faibles que les hommes. 

Reste que la belle performance de l'entreprenariat féminin thaïlandais mérite d'être soulignée : elle pourrait même faire évoluer la perception qu'ont les touristes du Pays du sourire 

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 
 
Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.