Le calvaire d'une Norvégienne violée à Dubaï

Marte Dalelv en mai 2013 à Abu Dhabi.
Marte Dalelv en mai 2013 à Abu Dhabi.

La semaine dernière, une jeune norvégienne de 24 ans, Marte Deborah Dalelv fut condamnée à 16 mois de prison par un tribunal de Dubaï. Officiellement pour « comportement indécent » et consommation d’alcool. En réalité pour avoir été violée par un collègue et osé porter plainte.

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Aujourd’hui, lors un rendez-vous totalement imprévu et exceptionnel avec le procureur général, la jeune femme craignait le pire : un retour immédiat en prison, voire une prolongation de la peine. Il n’en fut rien. Affolés par les réactions violentes en Norvège et dans le monde entier, Les Emirats reculent. Marte est « graciée », récupère son passeport et peut rentrer en Norvège.

Cette clémence subite ne change rien. Le calvaire de Marte a fait le tour du monde, et ne restera pas sans conséquence, pas seulement dans les Emirats. A l’origine de la formidable vague de sympathie et de protestations de par le monde : un clash de civilisations. L’Occident contre la Charia.
 
Que faisait Marte Dalelv dans les Emirats ? Décoratrice d'intérieur, elle faisait partie d’un voyage d'affaires à Dubaï au mois de mars. Elle a passé une soirée avec des amis et des collègues dans un hôtel de Dubaï. Elle ne nie pas qu’ils aient consommé de l’alcool, illicite selon la Charia. La suite est moins claire, mais elle se réveille quelques heures plus tard et constate qu’elle a été victime d'un viol par un collègue qui l’a entraînée de force dans sa chambre. L’homme est marié et père de trois enfants. Lorsqu’elle décide de porter plainte, les policiers confisquent son passeport et son argent. Dans la foulée, un tribunal la condamne à 16 mois de prison pour « comportement indécent » - c'est-à-dire une relation sexuelle hors mariage - parjure et consommation d'alcool. Le violeur potentiel est également condamné, mais à une peine nettement inférieure.

Mobilisation en Norvège

Marte se confie à des médias norvégiens lors d’une libération provisoire, et l’affaire éclate. Les Norvégiennes et aussi beaucoup de Norvégiens font bloc. Ils attaquent en nombre l’employeur de Marte, qui entretemps l’a licenciée. L’employeur en question n’étant autre que le mari de Janet Jackson, l’affaire devient mondiale. L’histoire de Marte est la plus « cliquée » sur CNN. Elle « bat » la finale du Tour de France et l’attente interminable du bébé royal en Grande-Bretagne. Mais c’est en Norvège que la polémique enfle le plus.

« Jamais, je n’irai plus à Dubaï », entend-on dire. Car les Norvégiens, bénéficiant d'un très fort pouvoir d’achat adorent ce royaume du « tax free ». Il émerge des points de vue moins nombrilistes. « Marte, c’est une chose. Elle est Norvégienne, et sait se défendre. Ce qui lui arrive est le lot quotidien des femmes vivant sous la Charia. C’est insupportable », dit une amie ayant voyagé dans ces pays. Au ministère des Affaires étrangères, on tempère, prônant le dialogue. Ce qui semble avoir porté ses fruits.

Dubaï et les Emirats n’ont rien à gagner avec cette attention dans les médias. Ils font tout pour attirer le client et les touristes, déclare la chercheuse Anne Katri Bang, spécialiste de cette région. L’issue heureuse n’empêchera pas Marte Dalelv d’avoir des cauchemars futurs, même si elle peut désormais rentrer chez elle.