Terriennes

Journée internationale des filles : le chemin de l'école peut être celui de tous les dangers

Le chemin de l'école est une zone à hauts risques dans certaines régions, en particulier pour les filles, comme ici dans la vallée de Swat au Pakistan
Le chemin de l'école est une zone à hauts risques dans certaines régions, en particulier pour les filles, comme ici dans la vallée de Swat au Pakistan
AP Photo/B.K. Bangash

A l'occasion de la 4ème édition de la Journée internationale des filles, dédiée par les Nations Unies à la défense des droits fondamentaux des filles chaque 11 octobre, l'ONG Plan international a choisi de faire campagne contre les violences que les écolières, collégiennes ou lycéennes subissent à l'école ou sur le chemin de celle-ci.

dans

Le 9 octobre 2012, une Pakistanaise de 15 ans vient de monter dans l'autobus qui la ramenait de l'école. Des talibans pénètrent à leur tour dans le véhicule et tirent à bout portant dans sa tête. Ils visent aussi deux autres adolescentes. Elle sombre dans le coma, et ses deux amies sont aussi blessées mais moins grièvement. Elle survit  mais avec de graves séquelles. Et reprend son combat pour l'éducation, envers et contre tout et surtout tous. Malala Yousufzai, prix Nobel de la paix 2014, est devenue l'emblème mondial du combat des filles pour aller à l'école, et le symbole de tous les dangers qui les guettent sur le chemin qui y conduit.

Les filles de Chibok, désormais indissociables du mot dièse #BringBackOurGirls, incarnent aussi cette lutte, mais elles, elles sont toujours prisonnières. Le 14 avril 2014, quelques 200 lycéennes et collégiennes étaient kidnappées par le groupe Boko Haram, un mouvement qui refuse l'éducation occidentale (comme son nom l'indique) au cours d'une attaque au sein même d'un établissement scolaire situé dans cette ville de l’État de Borno, au Nord Est du Nigeria.

Violences de genre

"Prendre le chemin des écoliers", est l'une des jolies expressions de la langue française. Elle invite à la déambulation poétique, au temps qui s'étire. Les jeunes Pakistanaises et Nigérianes ne peuvent goûter ce charme. Elles ont été victimes de violences liées à leur genre, dans des pays et sur des continents différents. Elles sont malheureusement loin d'être les seules. Et les garçons n'échappent pas à ces statistiques déprimantes. L'injonction qui leur est faite de cultiver leur virilité, les met aussi en position de victimes... ou de bourreaux.

L'organisation non gouvernementale Plan international, qui intervient aujourd’hui dans 51 pays, principalement en Afrique de l'Est, en Afrique de l'Ouest, en Asie et en Amérique latine, annonce en la matière des chiffres qui font frémir :

"Les filles sont le plus souvent victimes de violences sexuelles, perpétrées surtout par des élèves masculins, des enseignants ou tout personnel éducatif masculin à l’école. 60 millions de filles (et 29 millions de garçons) seraient sexuellement abusés à l’école ou sur le chemin de l’école chaque année (USAID, agence américaine pour le développement international 2008). Les filles sont également plus sujettes au harcèlement et à l’intimidation."
Les auteurs du rapport notent encore : "La nature et la fréquence de ces violences varient d’un sexe à l’autre. Ainsi, les adolescentes sont les premières victimes de violences sexuelles. A l’inverse, les châtiments corporels sont davantage subis par les garçons, violence considérée comme « nécessaire » pour la construction de leur masculinité."
"Quand ils ont posé des questions concernant les grossesses précoces, les enquêteurs de Plan International au Togo ont découvert que 16 % des enfants interrogés désignaient un enseignant comme responsable de la grossesse d’une fille de leur classe et, au Ghana, 75 % leurs enseignants comme les principaux responsables des violences à l’école."

 

"Eduquer une fille, c'est éduquer toute une nation." proclame avec justesse un sage proverbe sénégalais, que le président Léopold Sedar Senghor aimait citer... Pourtant, on compte encore 62 millions de filles privées d’éducation dans le monde et près de 15,5 millions d’enfants esclaves domestiques, parmi lesquels 70 % de filles âgées de 5 à 17 ans (11,3 millions). A l'image de la népalaise Urmila, qui à 6 ans fut vendue par ses parents misérables à une autre famille pour travailler comme kamalari, c'est à dire esclave domestique.

Urmila, ancienne kamalari, comme on appelle les enfants esclaves du Népal, témoigne aujourd'hui inlassablement pour l'éducation des filles
Urmila, ancienne kamalari, comme on appelle les enfants esclaves du Népal, témoigne aujourd'hui inlassablement pour l'éducation des filles
Plan International

Aujourd'hui âgée de 24 ans, ambassadrice de Plan International, elle parcourt le monde pour témoigner de son histoire et convaincre : "Dès que j'ai été libre, j'ai voulu savoir lire et écrire, parce que seule l'éducation permet aux filles de trouver leur chemin", disait-elle le 7 octobre lors d'une avant première du documentaire "Je m'appelle Malala" de David Guggenheim (sortie prévue fin janvier 2016 en France). Le travail domestique infantile touche plus de 116 millions de filles de 5 à 17 ans dans le monde (Observatoire des inégalités, 2014).

92 milliards de dollars, c’est le coût annuel de la non scolarisation des filles dans les 65 pays à revenu faible soit à peine moins que le montant total de l’aide au développement allouée à ces pays par les pays développés. En revanche, chaque année passée par une fille sur les bancs de l’école augmente son futur revenu de 10 % à 20 %.

Le maître m’a frappée et m’a battue dans le dos jusqu’au sang. J’ai raconté à ma mère, elle n’a rien dit, elle n’est pas allée voir le maître. Je n’ai rien dit à mon père, parce que j’ai peur de lui.

Sama, 15 ans, Togo


Pour tenter d'enrayer ces violences contre les filles scolarisées, Plan à lancé une campagne de spots. Espérons qu'ils seront efficaces.