Le combat de Salma Baccar pour une Tunisie nouvelle

Salma Baccar sur le tournage de Fleur d'oubli, drame autour d'une jeune tunisienne après un accouchement douloureux,  à Tunis en 2006
Salma Baccar sur le tournage de Fleur d'oubli, drame autour d'une jeune tunisienne après un accouchement douloureux, à Tunis en 2006

Productrice, réalisatrice de cinéma et téléfilms, Salma Baccar a toujours mis les Tunisiennes au cœur de la plupart de ses oeuvres. Elle le prouve encore aujourd’hui avec son engagement politique. Représenter les Tunisiennes et défendre leurs libertés au sein de l’Assemblée Nationale Constituante s’avère de plus en plus être un défi.  Salma Baccar était de passage dans la capitale belge le 7 mars 2013, à la veille de la journée internationale des femmes, invitée par le Parlement francophone bruxellois. Nous l’y avons rencontrée.

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« Je n’ai jamais fait de politique avant ». La rencontre de Salma Baccar avec l’engagement citoyen est survenue presque par effraction.  « Je montais un projet culturel pour aider des Africains réfugiés venus de Libye. » Un travail interrompu par des salafistes extrémistes. Tentatives d’intimidation, menaces de mort, agressions. Tout cela n’a fait qu’encourager Salma Baccar à s’impliquer davantage. Son objectif était alors d’aider à la construction d’une nouvelle Tunisie libre. Mais cette fois, elle ne partirait pas seule au combat. La cinéaste choisit de se présenter lors des premières élections issues de la révolution de Jasmin du 23 octobre 2011.  

Pas assez de femmes politiques

Salma Baccar est à présent députée de l’opposition au sein de l’ANC (Assemblée nationale constituante). Membre du parti Al Massar (parti progressiste de gauche et à présent dans la coalition du Pôle démocrate moderniste), elle s’affiche parmi les 62 visages féminins sur les 217 élus de l’Assemblée ayant pour mission la rédaction d’une nouvelle Constitution. Cette proportion ne satisfait pas Salma Baccar. Selon elle, les femmes ne sont pas assez représentées dans la sphère politique. Les enjeux sont pourtant de taille : maintenir les acquis des femmes et inscrire dans la Constitution future leurs libertés, leurs droits et leurs statuts.

Pourquoi choisissent-elles Ennahda ?

Pour Salma Baccar, les principaux freins à ces objectifs découlent des mentalités et  non pas uniquement des lois. « La plupart des partis politiques arrivés au pouvoir après la chute de Ben Ali travaillaient dans la clandestinité. Dans ces conditions difficiles, les femmes n’avaient pas de rôle à jouer. Leurs compétences n’étaient pas reconnues » précise la députée. A présent,  la majorité des femmes élues à l’Assemblée sont issues du parti Ennahda (43 des 62 députées sont nahdhaoui). Incompréhension ? Ce n’est pourtant pas compliqué pour Salma Baccar : « Leurs références culturelles, religieuses et politiques sont celles de ces partis islamistes. Ceux-ci ne prononceront jamais publiquement et ouvertement des discours allant à l’encontre des droits des femmes. Il y a des subtilités et stratégies adoptées. Évidentes pour les femmes progressistes, moins pour d’autres femmes ! »

Unies malgré tout ?

Face à ces obstacles, Salma Baccar et ses collègues souhaitent créer un groupe parlementaire de femmes issues de tous les courants politiques afin de travailler ensemble sur des questions qui touchent directement la condition des Tunisiennes. « Les femmes ont tout de même des points communs, les mêmes envies de liberté. Même si les unes ou les autres peuvent avoir leurs limites. J’y crois ou en tout cas, je veux y croire. »

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