Le combat des "Happy men" contre les inégalités hommes-femmes en entreprise

Le mouvement "Happy men" veut lutter contre les inégalités hommes-femmes en entreprises.
Le mouvement "Happy men" veut lutter contre les inégalités hommes-femmes en entreprises.
©Thinkstock/photojournalis

Les inégalités en entreprise desservent les femmes comme les hommes alors pourquoi ne pas trouver une solution ensemble ? Antoine de Gabrielli a lancé un "club", celui des "Happy men", pour atteindre une plus grande égalité entre les sexes, combattre le sexisme, trouver un équilibre entre vie professionnelle et familiale. Une initiative associative pour faire bouger les lignes.

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Il a la parité pour passion. Antoine de Gabrielli avait pour métier la formation sur l'égalité en entreprise. Ce chef d'entreprise s'est vite rendu compte que pendant ses conférences ou conventions, il ne s'adressait quasiment qu'à des femmes.

Comment impliquer davantage les hommes, encore trop indifférents à cette question d'inégalité ? Il décide de créer le mouvement "Happy men" en 2013 pour et avec des hommes. Ce réseau compte aujourd'hui 250 membres présents dans une dizaine de grosses entreprises françaises dans des secteurs variés.

Son but ? Leur faire "comprendre que l'inégalité est perdante pour tout le monde" car "ce système inégalitaire ne permet pas aux femmes leur expansion professionnelle, mais il ne permet pas non plus aux hommes d'avoir l'accès qu'ils souhaiteraient et dont ils ont besoin, à leur vie privée", souligne Antoine de Gabrielli bien décidé à lutter pour que chacun puisse trouver un équilibre entre vie professionnelle et personnelle. (voir son entretien en vidéo ci-dessous)

Comment ? En organisant des rencontres pour sensibiliser salariés et dirigeants d'entreprises sur les "questions d'égalité professionnelle", explique-t-il sur TV5MONDE.

©Interview menée par Mohamed Kaci et Léa Baron

Antoine de Gabrielli invite chacun à un plus grand dialogue entre hommes, et avec les femmes au sein de l'entreprise ainsi que dans les couples, et à un meilleur partage des responsabilités familiales.

Chacun des hommes, membre des "Happy men" peut choisir un ou plusieurs engagements listés sur leur site internet et les partager pour prêcher la bonne parole auprès de ses collègues masculins ou de ses amis. Ils peuvent choisir ce qu'ils souhaitent améliorer : prendre son congé parental ou encore son mercredi pour s'occuper des enfants, veiller à l'égalité salariale, pas de réunion organisée après 17H, relever les propos sexistes...

Les femmes consacrent 3h52 /jour
aux tâches ménagères

Ces exemples d'engagements touchent à la vie professionnelle mais aussi à la vie familiale et de couple. Autant de sphères où beaucoup de progrès sont encore à accomplir pour une plus grande égalité entre les sexes.

A la maison, les femmes consacrent encore près de 4 heures par jour aux tâches ménagères contre seulement près de 2h30 pour les hommes, selon une enquête de l'Insee de 2010 sur l'emploi du temps.

La vie de famille pèse considérablement sur la carrière des femmes. En 2012, seul un père sur 100 prenait son congé parental en France contre une mère sur 4. (Lire notre article) Quand la famille s'agrandit, les femmes ne sont que 43% à travailler avec trois enfants dont un de moins de 3 ans, contre plus de 93% d'hommes en 2013, toujours selon une étude de l'Insee. (voir les chiffres ci-dessous)

Au sein de l'entreprise, le principal combat des "Happy men" c'est l'accès aux postes à responsabilité difficile à atteindre pour les femmes en raison du bien connu plafond de verre. Gravir les échelons en entreprises et s'essayer à une carrière à l'international reste encore difficile pour les femmes.  Elles ne sont encore que 13% d'expatriées. Un phénomène récent qui relève souvent du parcours de combattante. Les préjugés sont tenaces dans la culture d'entreprise française, ainsi que l'écart salarial qui est encore de 19,2% en 2012 en France, selon un étude de l'Insee.

Pour lutter contre ces inégalités, le gouvernement français a pris certaines mesures qui doivent encore fait leurs preuves.

Ce que fait le gouvernement français

En octobre 2013, le ministère des Droits des femmes et l'Observatoire de la parentalité en entreprise créent une charte avec 15 engagements sur l'équilibre des temps de vie pour "promouvoir une culture managériale plus souple, plus respectueuse de la vie privée de tous les salariés et intégrant leurs contraintes personnelles."

Puis la loi du 4 août 2014 sur "l'égalité réelle entre les femmes et les hommes" poussent les entreprises à des actions comme : prévenir et lutter contre les stéréotypes sexistes,  garantir l'égalité professionnelle et salariale et la mixité dans les métiers, favoriser une meilleure articulation des temps de vie et un partage équilibré des responsabilités parentales. Si les entreprises de plus de 50 salariés ne réalisent pas trois actions pour être en conformité avec la loi, elles ne peuvent plus travailler sur des marchés publics.

Des directives qui rejoignent les engagements défendus, promus par les "Happy men" d'Antoine de Gabrielli qui n'a pas attendu cette loi pour  miser sur des actions locales afin de faire progresser l'égalité.

Désormais, 30% des femmes sont membres des conseils d'administration des entreprises françaises du CAC 40.
Désormais, 30% des femmes sont membres des conseils d'administration des entreprises françaises du CAC 40.
©Thinkstock/ shironosov

Mais parfois, le changement intervient bien grâce à des lois. C'est le cas de la loi Copé-Zimmermann de 2011. Elle a imposé des quotas de femmes dans les conseil d'administration des entreprises du CAC 40. L'objectif était de 20% de femmes en 2014 et de 40% en 2017. Une étude du cabinet Ethics and boards montrait que le but était atteint avec plus de 30% de femmes au 1er juin 2014. Prochaine évaluation en 2017...

Des quotas pour réduire les inégalités ?

Cela signifie-t-il qu'il faudrait parfois en venir à des quotas pour faire bouger les lignes entre entreprise ? Antoine de Gabrielli compare les quotas à de "l'artillerie lourde". "L'inconvénient, c'est qu'on rase tout. Par principe, le quota c'est discriminant. (...) Si vous les utilisez trop longtemps ou trop forts, vous allez suggérer que les femmes sont nommées à des postes à responsabilité en raison de quota et donc, n'ont peut être pas les compétences. Et ça, c'est dangereux, ça délégitimise les femmes à ces postes. On peut les utiliser de façon ponctuelle mais sur le fond, on a intérêt à mener un mouvement général de révision de nos processus et de nos cultures pour amener des femmes à avoir un meilleur accès à leur vie professionnelle, et réciproquement, des hommes à avoir un meilleur accès à leur vie privée."

Si avec ces "Happy men", Antoine de Gabrielli insiste autant sur le rôle que les hommes ont à jouer sur la question de l'égalité entre les sexes en entreprise, c'est parce que, selon lui, "ce n'est pas seulement un problème de femme". Homme et femme sont acteurs de l'égalité de l'autre.