Le cri du cœur de Madonna contre le sexisme

Madonna lors de la cérémonie du Billboard pour les Femmes dans la Musique, le 9 décembre 2016.
Madonna lors de la cérémonie du Billboard pour les Femmes dans la Musique, le 9 décembre 2016.
©Photo by Evan Agostini/Invision/AP

Madonna a reçu le prix de la Femme de l’Année lors de la cérémonie du Billboard du 9 décembre 2016. Dans son discours, la chanteuse a largement dénoncé le sexisme latent dont elle a été victime tout au long de sa carrière.

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« Je me tiens devant vous comme un paillasson. Oh, je veux dire en tant que femme artiste. » Dès les premiers mots de son discours prononcé le dimanche 9 décembre 2016 au Billboard des Femmes dans la Musique, Madonna, qui a été sacrée Femme de l’Année, donne le ton. En 2016, le sexisme est un mal qui n’en finit pas de ronger l’industrie musicale : « Merci de reconnaître que je suis capable de poursuivre ma carrière longue de 34 ans malgré une misogynie et un sexisme flagrants, une brutalité et des injures incessantes. »

David Bowie incarnait à la fois le masculin et le féminin et ça me convenait
Madonna

Celle qui a commencé à chanter alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente dans un New York "sinistre à cette époque", évoque les épreuves traversées et les leçons apprises depuis. D’abord son viol, couteau sous la gorge, sur un toit en 1979. Puis la drogue, la violence, le Sida à travers ses amis. Jusqu’à la rencontre avec David Bowie, sa muse. « Il incarnait à la fois le masculin et le féminin et ça me convenait. Il m’a appris qu’il n’y avait pas de règles. Mais ce n’est pas vrai. Il n’y a pas de règles si vous êtes un homme. Il n’y en a que si vous êtes une femme. Et il faut jouer le jeu. »

Le « jeu » que Madonna dénonce est celui où on - ici le milieu du disque - permet à une femme d’être jolie, mignonne, attirante, belle, voire d’être « objéifiée par les hommes » ou de « s’habiller comme un salope». Dans ce flot de « divertissement », cette même femme n’est en revanche pas autorisée à être intelligente ou à avoir des opinions divergentes. Et encore moins à vieillir. « Parce que vieillir est un pêché. Vous serez critiquée, calomniée, et on ne passera plus vos chansons à la radio » prévient la reine de la pop, 58 ans. 
 


Oui mais voilà, même quand Madonna « joue le jeu » en sortant son album Erotica et son livre Sex en 1992, les commentaires à son encontre sont accablants. « J’ai été qualifiée de sorcière, de putain. J’ai même fait les gros titres d’un journal qui me comparait à Satan » rappelle-t-elle. Avant de poursuivre « je me suis alors dit ‘attends un peu, Prince se promène bien le cul à l’air en talons hauts et bas résille, avec du rouge à lèvre ». Certes. Mais Prince est un homme. Et ce deux poids deux mesures fait réaliser à La Madone que hommes et femmes n’ont définitivement pas les mêmes libertés. En 2016 encore.

Je suis une féministe différente. Une vilaine féministe
Madonna

La gorge nouée, Madonna avoue qu’elle aurait aimé qu’une femme la soutienne dans cette période de trouble. Au lieu de ça, « Camille Paglia, la célèbre auteure féministe, a dit que je desservais la cause des femmes en faisant de moi un objet sexuel. Je me suis donc dit ‘Oh, alors si tu es féministe, tu n'as pas de sexualité et tu la nies.’ J’ai décidé d’envoyer tout ça balader. Je suis une féministe différente. Une vilaine féministe ».

« Aujourd’hui, je voudrais dire à toutes les femmes que nous avons été oppressées depuis tellement longtemps que certaines croient encore ce que disent les hommes sur elles. » Cette phrase prononcée par Madonna est, selon le New York Times, une « référence implicite au résultat de l'élection présidentielle » remportée par Donal Trump, le milliardaire à la réputation sexiste et misogyne

A la fin de son discours, qui a duré plus de 10 minutes, Madonna, visiblement émue aux larmes, veut remercier « pas seulement ceux qui m’ont encouragée, vous n’avez pas idée de ce que votre soutien représente. Mais aussi tous les sceptiques et les défaitistes, tous ceux qui m'ont accablée et ont dit que je ne serais pas capable, que je ne ferais mieux pas ou que je ne devrais pas. Votre opposition m’a rendue plus forte, m’a fait avancer plus loin, a fait de moi la combattante que je suis aujourd’hui. Vous avez fait de moi la femme que je suis aujourd’hui, alors merci. »

Sur Twitter, les réactions à son discours ne se sont pas faites attendre. Celle de la chanteuse Lady Gaga, que certains voient comme l'héritière de Madonna au vu de son combat pour l'égalité femme-homme, a particulièrement attiré l'attention des internautes puisqu'elle a été partagée plus de 8000 fois. Il y a une dizaine de jours, la chanteuse américaine révélait également avoir été violée à l'âge de 19 ans.

Le New York Times, le quotidien le plus célèbre des Etats-Unis - et démocrate -, a lui aussi tiré profit de cette tirade dans un éditorial : "Comment un discours de Madonna sur le sexisme permet de regarder la candidature d'Hillary Clinton avec une perspective nouvelle."
 

Ce n'est pas la première fois qu'une femme artiste profite de la tribune qu'offre la réception d'un prix pour s'insurger contre les inégalités entres femmes et hommes. En février 2015, l'actrice Patricia Arquette, récipiendaire de l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour le film Boyhood, avait prononcé un discours féministe. Elle avait ainsi déclaré « c'est maintenant le moment de réclamer le même niveau de rémunération pour les femmes aux Etats-Unis. » Ou encore
Houda Benyamina, la très réjouissante Caméra d'Or au Festival de Cannes 2016, pour son film "Divines", et sa formule devenue culte, lancée à  Edouard Waintrop l'un des sélectionneurs du Festival  "t'as du clito !".

Et Madonna fait des émules... parmi les hommes. Trois jours après son discours en passe de devenir culte, sur la page Facebook du site Mic, le producteur Gabe Gonzalez lançait un appel à son tour... cette fois aux hommes homosexuels, pour en finir avec la misogynie, parce qu'ils sont loin d'en être exempts, eux aussi. "Sortir avec des garçons ne vous immunise pas d'être un outil du patriarcat", slame-t-il. Ou encore : "Etre gay ne veut pas dire que vous pouvez toucher une femme sans son consentement." #çafaitdubien