Terriennes

Le défi d'une femme : gravir la plus froide montagne au monde

C'est en découvrant l'Himalaya que Christine Feret est tombée amoureuse de la montagne.
C'est en découvrant l'Himalaya que Christine Feret est tombée amoureuse de la montagne.

Elle a déjà échoué deux fois mais refuse de renoncer. A 45 ans, la Française Christine Feret escaladera en décembre 2012 la montagne la plus froide au monde, le mont McKinley en Alaska. - 40 °C en moyenne avec des vents à plus de 150 km/h. C'est l'unique femme au monde à tenter un tel exploit.

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Froid comme l’enfer : tel est le mont McKinley ! Située en Alaska, cette montagne est la plus froide du monde. Culminant « seulement » à 6 194 m, elle a la particularité de se situer pratiquement au niveau du Cercle polaire ; un dénivelé aussi élevé à une latitude si Nord n’existe nulle part ailleurs.

La Française Christine Feret est la première et la seule femme au monde à avoir tenté son ascension en hiver. Après un premier échec en 2010, elle repart en févier 2011, toujours accompagnée d’Artur Testov, l’un des trois alpinistes à avoir mené une expédition hivernale au sommet, en janvier 1998.

Après 27 jours d'ascension, ils échouent à « une grotte près et deux jours du sommet » à cause des conditions climatiques extrêmes (-62° et des vents à plus de 180km/h). Ils ont dû attendre cinq jours avant qu'un avion puisse se poser et les récupérer. Ils n'avaient alors quasiment plus rien à manger et déjà perdu 11 kilos chacun.

Mais les deux alpinistes ne s'avouent pas vaincus et s’entraînent pour une ultime tentative. Départ prévu le 10 décembre prochain. 

A 45 ans, Christine Feret a toujours le goût des expériences extrêmes.
A 45 ans, Christine Feret a toujours le goût des expériences extrêmes.
Une vie intense

Christine Feret a une voix chaude, profonde qui sort avec force de sa gorge. Un timbre puissant, captivant, convaincant, que seuls possèdent les êtres qui vivent leurs rêves intensément.

A 45 ans, elle porte les stigmates bienveillants d’une vie confrontée aux expériences extrêmes. Son visage est buriné par le soleil et par le gel. Son corps musculeux et tonique. Ses yeux reflètent toujours le pétillant de l’adolescente rebelle qui décide un jour de parcourir le monde pour aller fouler des terres encore vierges, pour rencontrer des peuples encore préservés par l’outrageuse civilisation.

Christine Feret, une voyageuse dans l'âme.
Christine Feret, une voyageuse dans l'âme.
Le choc de l'Himalaya

Originaire de la région parisienne, elle part en Inde dès son diplôme de tourisme en poche. Elle y exerce en tant que guide et, à ses heures perdues, découvre la chaîne himalayenne. « C’est là que je suis tombée amoureuse de la montagne ! C’est là-bas que j’ai appris à grimper ! » C’est aussi là qu’elle se lance définitivement dans une existence faite d’expérimentations diverses qui flirtent toujours avec les limites du possible.

Elle disparaît avec des tribus nomades durant des mois en Asie centrale. Plus tard, elle gagne les Philippines, et, devenue professeur de plongée sous marine, elle part à la découverte de sites encore inexploités. Après une étape en République dominicaine, elle pose ses valises en Californie.

En Alaska, le chalet où vit Christine Feret une grande partie de l'année.
En Alaska, le chalet où vit Christine Feret une grande partie de l'année.
La rudesse de l'Alaska

En Amérique de l’Ouest, elle se jette à corps perdu dans le « Complet », le triathlon équestre, la plus éprouvante des disciplines liées au cheval. Enfin, il y a 5 ans, la montagne lui manque, alors, elle se dirige en Alaska, où elle fait étape et entreprend de gravir le sommet de la montagne la plus froide du monde, en hiver.

« Si ce n’était pas avec Artur, je ne ferais pas le mont McKinley. » Artur Testov est son doublé de cordée. Issu de l’école russe, c’est un spécialiste de l’alpinisme d’hiver. « C’est un homme un peu sauvage qui aime rester en retrait. Il préfère qu’on parle de moi, mais toute excuse est bonne pour y retourner. Alors il a saisi l’occasion pour m’accompagner. »

Artur aime mener une vie connectée à la puissance des éléments naturels. Il habite en Alaska, dans un chalet sans eau courante mais avec électricité. Christine partage sa destinée une grande partie de l’année.

Outre le climat, leur quotidien se confond avec leur préparation. Les deux aventuriers se chauffent au bois. Alors, couper des branches et les rapporter en les tirant sur un traîneau leur rappelle l’exercice de la luge en haute montagne. Aller chercher de l’eau plusieurs fois par jour à la rivière muscle les bras comme les jambes.

Sinon, ils courent beaucoup et pratiquent des exercices d’équilibre, accrochés à un fil suspendu au-dessus de l’eau entre deux arbres. Et pour le plaisir, lorsque les températures sont clémentes, ils allument un feu sous une baignoire à fleur de ciel pour un bain chaud au milieu de l’immensité ans oublier l'aventure ultime qui les attend l'hiver ver prochain.

« Artur et moi souhaitions tous les deux revenir entiers. C’est la force et la faiblesse d’un duo. Ma survie dépend de la sienne et inversement. Il va falloir y retourner en connaissant l’enfer du froid ! Je dois y aller sinon je regretterai toute ma vie de n’avoir pas essayé à nouveau. Mais ce sera l’ultime tentative… »
 

Un bain à ciel ouvert dans l'immensité de l'Alaska.
Un bain à ciel ouvert dans l'immensité de l'Alaska.

Christine Feret sur le plateau de TV5Monde

22.06.2012Par Dominique Laresche
Christine Feret sur le plateau de TV5Monde