Terriennes

Le destin suspendu de Meriam Yahia Ibrahim Ishag, condamnée à mort au Soudan pour apostasie

Une église dans la ville de Kadugli, au Soudan. (Photo Ebrahim Hamid. AFP)
Une église dans la ville de Kadugli, au Soudan. (Photo Ebrahim Hamid. AFP)

Elle n'avait pas voulu céder ni renoncer à sa foi. Une jeune chrétienne avait été condamnée jeudi 15 mai 2014 à la peine de mort par pendaison pour apostasie au Soudan, provoquant la colère des Etats-Unis et du Royaume-Uni. L'espoir pour cette jeune femme reste que si les peines de flagellation sont souvent exécutées au Soudan, la peine de mort l'est rarement.

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Mise à jour le 24 juin 2014 : cela s'appelle souffler le chaud et le froid. Libérée le 23 et mise en lieu sûr selon son avocat, Meriam Yahia Ibrahim Ishag, Soudanaise chrétienne de 27 ans condamnée à mort pour apostasie, a été à nouveau "retenue" par la police. Cela se serait passé mardi matin 24 juin à l'aéroport de Khartoum, alors qu'avec l'aide de Washington, elle s'apprêtait à quitter le pays avec son époux de nationalité américaine, au lendemain de l'annulation par une cour d'appel de sa condamnation à mort pour apostasie. Elle avait accouché mardi 28 mai, en prison, de son deuxième enfant. Le sort de ses deux enfants n'était pas connu dans l'immédiat. A suivre donc...

Née d'un père musulman, Meriam Yahia Ibrahim Ishag a été condamnée en vertu de la loi islamique en vigueur au Soudan depuis 1983, qui interdit les conversions sous peine de mort. "Nous vous avions donné trois jours pour abjurer votre foi, mais vous avez insisté pour ne pas revenir vers l'islam. Je vous condamne à la peine de mort par pendaison", a déclaré le juge Abbas Mohammed Al-Khalifa à l'adresse de la jeune femme, voilée et vêtue d'une robe traditionnelle soudanaise, qui est restée impassible.

Avant le verdict, un chef religieux musulman avait en vain cherché à la convaincre à retourner à l'islam, mais elle a avait dit calmement au juge : "Je suis chrétienne et je n'ai jamais fait acte d'apostasie".

Durant ce procès devant la cour criminelle de Haj Yousef, une banlieue de Khartoum où vivent de nombreux chrétiens, Mme Ishag, mariée à un chrétien du Soudan du Sud, a également été condamnée à 100 coups de fouet pour "adultère". Selon l'interprétation soudanaise de la charia (loi islamique), une musulmane ne peut épouser un non-musulman, et toute union de ce type est considérée comme un "adultère".

Condamnations unanimes

Les réactions internationales ont fusé. "Nous condamnons fermement cette sentence et exhortons le gouvernement soudanais à respecter ses obligations définies par les lois internationales protégeant les droits de l'homme", a réagi dans un communiqué la porte-parole du Conseil de Sécurité national de la Maison-Blanche, Caitlin Hayden, dénonçant les "violations systématiques, flagrantes et continues de la liberté de religion" au Soudan. Le Royaume-Uni, par la voix de son ministre chargé des questions africaines Mark Simmonds, s'est dit "horrifié" par cette "condamnation barbare qui témoigne du véritable fossé entre les pratiques des tribunaux soudanais et les obligations du pays en matière de droits de l'homme". L'organisation Amnesty International s'est, elle aussi, déclarée "horrifiée", exigeant la libération immédiate et inconditionnelle de cette femme de 27 ans, "enceinte de huit mois" et "détenue avec son fils de 20 mois". Et l'ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) appelle à la libération immédiate et sans condition de Meriam Yehya Ibrahim Ishag. Par ailleurs, une centaine de personnes étaient venues au tribunal pour entendre le verdict, dont des diplomates étrangers.

Une peine rarement exécutée

L'un des avocats de la jeune femme, Mohanad Mustafa, a indiqué que la défense ferait appel, et qu'elle était prête à s'adresser à la Cour constitutionnelle. En cas d'exécution, Mme Ishag serait la première personne mise à mort pour apostasie, en vertu du code pénal de 1991. Si les peines de flagellation sont souvent exécutées au Soudan, la peine de mort l'est rarement. Des sit-in se tiendront jusqu'à sa libération. Selon Amnesty International, Mme Ishag a été élevée dans la foi chrétienne orthodoxe, la religion de sa mère, car son père, un musulman, était absent pendant son enfance.

Le ministre soudanais de l'Information Ahmed Bilal Osmane dément toute oppression des chrétiens. "Nous vivons ensemble depuis des siècles". Mais nul doute qu'en ces temps perturbés, beaucoup feront le lien avec les lycéennes nigérianes enlevées par la secte Boko Haram. Parmi elles, celles qui n'étaient pas musulmanes ont été obligées de se convertir. De nombreuses voix au sein de l'Islam à travers le monde s'élèvent contre ces actes qui n'ont rien à voir avec la foi. "C’est évidemment une condamnation absolue de ce que Boko Haram a fait, et de ce qu’ils veulent faire, à savoir vendre ou marier de force ces jeunes filles. Ceci va à l’encontre de toutes les références islamiques." affirmait le philosophe et islamologue Tariq Ramadan à nos confrères du Point. Et sur son compte twitter il avait lancé "Boko Haram veut vendre des lycéennes au nom de l'islam. Une honte, une illusion, à condamner ! Il faut être clair !"

Nul doute aussi que le monde entier scrutera le destin de Meriam Yahia Ibrahim Ishag. En espérant qu'il ne finisse pas mal...


Une peine conforme à la loi, mais non conforme à la justice

Récit David Gilberg, JT TV5MONDE

16.05.2014
Où l'on peut entendre le porte parole du parquet soudanais justifier le respect des traditions mais aussi les voix des manifestants contre une telle injustice.
Une peine conforme à la loi, mais non conforme à la justice