Le féminisme se réveille dans une Hongrie machiste et nationaliste

Office à l'Église Notre-Dame-de-l'Assomption de Budavár. Le nationalisme florissant en Hongrie s'accompagne d'un retour aux vocations religieuses et à une influence croissante du catholicisme - photo Wikicommons
Office à l'Église Notre-Dame-de-l'Assomption de Budavár. Le nationalisme florissant en Hongrie s'accompagne d'un retour aux vocations religieuses et à une influence croissante du catholicisme - photo Wikicommons

Une vidéo de campagne pour la prévention contre les viols réalisée à l'initiative de la police hongroise invite les femmes à faire attention à leur comportement, à la manière dont elles s'habillent et à ne pas trop boire et si elles veulent éviter de se faire agresser par des hommes mal intentionnés. Un message attaqué par les associations féministes qui accusent le gouvernement de culpabiliser les victimes d'agressions sexuelles.

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Elles n'ont été que quelques centaines à braver un temps glacial pour répondre à l'appel de la "Marche des Salopes" féministe, ce lundi 1er décembre 2014 à Budapest. Mais leur colère leur tenait chaud. Leur mobilisation répondait à un spot de prévention du viol réalisé par la police hongroise, dans lequel les associations voient une tentative de culpabiliser les victimes - ce que conteste le gouvernement.

Le script : trois ingénues habillées de façon voyante rient, dansent et boivent sans retenue en boîte de nuit. Plus tard on retrouve l'une d'entre elles, le visage défait. Elle a subi une agression sexuelle. Le film s'achève par un conseil: "Vous y pouvez quelque chose. Vous pouvez agir contre cela !".





"Ce clip dit que c'est de votre faute si vous vous faites violer, alors que dans sept cas sur dix, l'agresseur est une connaissance de la victime", s'exaspère Anna Gombos, une comptable de 31 ans à l'origine de la manifestation de Budapest.

Anna Rez, 29 ans, philosophe et cofondatrice de l'association Plafond de Verre, renchérit: "Violer une prostituée ou violer une religieuse, c'est le même crime !"

Parlement 'macho'

Seul un viol sur dix fait l'objet d'une plainte dans ce pays d'Europe centrale, et les féministes locales pensent que l'attitude de la police y est pour quelque chose.

Mais si le film de la police a suscité autant de débats, c'est parce que beaucoup y voient le symptôme plus général d'un regain du machisme en Hongrie sous la houlette du dirigeant ultra conservateur et populiste Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010.

Avec seulement 10% de femmes parmi les députés, le pays est bon dernier dans l'Union européenne pour la représentation parlementaire des femmes, et se classe au 125e rang mondial. Plus rare encore, le gouvernement hongrois ne compte aucune femme.

"Comment peut-on parler de démocratie quand la moitié de la population n'est pas représentée ?", interroge Krisztina Debreceni, une manifestante dont la pancarte clamait "Parlement macho, pas de démocratie!".

Pourtant "on ne peut pas dire que la Hongrie soit plus macho que la Slovaquie, ou que la Pologne", affirme Andrea Peto, chargée d'études sur le genre à l'Université d'Europe centrale : "C'est l'absence de quotas en Hongrie qui explique la différence". Le porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs, rejette l'idée des quotas de places faites aux femmes : "Ce qui compte, c'est la qualité et la compétence. On ne va permettre à quelqu'un de devenir député parce que elle est une femme, mais parce qu'elle fait du bon travail".

M. Kovacs cite une série de mesures publiques visant à aider les femmes à s'insérer, tels que des congés maternité prolongés et un accès plus facile aux emplois à temps partiel.

La fabrique des mères

Mais le gouvernement de Viktor Orban, lui-même père de cinq enfants, a dans le même temps augmenté les allocations récompensant les femmes abandonnant leur emploi. "Sur le plan démographique, il y a un besoin de faire plus de bébés", dit Zoltan Kovacs.

Une réaction commence à s'organiser dans le monde du travail. Edina Heal, la patronne de Google Hongrie, en est l'une de ses porte-drapeaux, et co-fondatrice de l'initiative "We are open !" (Nous sommes ouverts). "La recherche nous montre que les entreprises réussissent mieux quand elles ont plus de femmes", souligne-t-elle.

Les 800 entreprises de toutes tailles membres de "We are open!" se sont engagées en 2013 à faire plus de place aux femmes parmi leurs cadres dirigeants. Elles espèrent pouvoir afficher de premiers résultats d'ici à un an.


Durant la manifestation,à Budapest contre les violences faites aux femmes et une société jugée encore très sexiste. “Un Parlement machiste n'est pas une démocratie“, dénonce une Hongroise - photo ATTILA KISBENEDEK/AFP<br/>
Durant la manifestation,à Budapest contre les violences faites aux femmes et une société jugée encore très sexiste. “Un Parlement machiste n'est pas une démocratie“, dénonce une Hongroise - photo ATTILA KISBENEDEK/AFP

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