Le jardin de la paix de Rubina Bhatti pour protéger les Pakistanaises

Rubina Bhatti - photo Taangh Wasaib Organization
Rubina Bhatti - photo Taangh Wasaib Organization

Rubina Bhatti est née femme, de parents chrétiens dans un village reculé du Pakistan. Autant de facteurs qui auraient pu la condamner à une vie difficile, dans un pays où les femmes sont régulièrement victimes de violences et les chrétiens de discrimination. Aujourd’hui, Rubina dirige une ONG de 15 000 bénévoles qui œuvre en faveur des citoyens les plus vulnérables. Rencontre

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Toutes les femmes se bousculent pour la saluer avec chaleur. « As-salam ?aláykum ! » Une vague d’enthousiasme accompagne l’arrivée de l’activiste dans le « jardin de la paix », un coin de verdure en bordure de la ville de Sargodha où est basée son organisation. Des musulmanes étreignant une chrétienne, dans le pays, l’image est plutôt rare. Ces femmes sont d’anciennes victimes que Rubina a aidées grâce à l’organisation Taangh Wasaib  qu’elle a créée en 1998. Au Pakistan, les violences domestiques sont un véritable fléau.

Quotidiennement, les journaux relatent crimes d’honneur, attaques à l’acide ou mariages forcés. L’un des objectifs principaux de l’ONG est d’aider les femmes les plus vulnérables à se détacher de l’emprise des hommes et à acquérir leur autonomie. « Elles doivent être indépendantes financièrement pour prendre leurs propres décisions » résume Rubina. Douze centres de formation ont ainsi été créés par l’ONG, où les femmes viennent apprendre un métier. « Certaines d’entre elles sont même devenues plombiers ! » s’esclaffe Rubina dont le sourire illumine le visage rond.

Dialogue et échanges, pierres angulaires du mieux vivre


Le « jardin de la paix », elle l’a imaginé pour faciliter le dialogue inter-religieux. « Les gens ont des perceptions erronées de l’autre parce qu’ils ne communiquent pas » explique la femme en réajustant son voile. Dans ce havre de paix, les murs sont habillés de poèmes soufis, une branche de l’Islam connu pour son pacifisme, et les arbres décorés par les symboles de toutes les religions. Lorsqu’elle était jeune, Rubina a été marquée par des discriminations religieuses qu’elle évoque du bout des lèvres tant le sujet est sensible au Pakistan. Les chrétiens ne sont que 3 millions, soit 2% de la population au Pakistan.

Certaines questions cristallisent les tensions et le pays n’est pas encore prêt à les évoquer lui semble-t-elle. « Nous voulons unifier, pas diviser » résume-t-elle simplement. « Et, bien que les discriminations existent, les victoires que j’ai remportées ont été l’œuvre de tous les musulmans qui me soutiennent ! » tient-elle à préciser.

Une énergie intacte

Plus tôt dans l’après-midi, l’activiste intervenait  lors d’un séminaire qu’elle avait organisé sur les violences domestiques. A ses côtés à la tribune, d’éminents responsables religieux musulmans expliquaient aux hommes de l’assemblée que l’Islam était une religion de paix qui désapprouvait les violences faites aux femmes. « Avoir le support de ces leaders musulmans, c’est une immense victoire pour moi ! » s’enthousiasme-t-elle. En réunissant différents acteurs de la société aussi opposés puissent-ils paraître derrière une cause commune, Rubina fait d’une pierre deux coups. « La condition des femmes, ça rassemble Chrétiens et Musulmans » sourit-elle. Chaque vendredi à Sargodha, cinq imams prêchent des messages de paix dans leurs mosquées.

Au Pakistan, l’ampleur des défis aurait pu en décourager plus d’un. A 45 ans, Rubina a encore l’énergie et les convictions inébranlables d’une jeune fille. « Le changement est un processus lent et les mentalités ne vont pas changer du jour au lendemain. Mais je crois que le chaos est tel que nous arrivons tous à saturation… Les jours heureux sont devant nous. »

Rubina Bhatti - photo Taangh Wasaib Organization
Rubina Bhatti - photo Taangh Wasaib Organization