Le Maroc va autoriser l'avortement en cas de viol et de malformation

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	Des manifestations anti-avortement ont lieu régulièrement au Maroc. Ici, en octobre 2012 près de la ville de Tétouan, dans le nord du pays.</div>
Des manifestations anti-avortement ont lieu régulièrement au Maroc. Ici, en octobre 2012 près de la ville de Tétouan, dans le nord du pays.
AFP

Au terme d'un vif débat sur le fléau des avortements clandestins dans le royaume, le Maroc devrait autoriser l'avortement dans de nouveaux cas, notamment de viol ou de graves malformations et maladies fœtales. L'annonce a été faite vendredi 15 mai. 

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Le Maroc va autoriser l'avortement dans de nouveaux cas, notamment de viol ou de graves malformations et maladies fœtales, a annoncé vendredi le Palais royal, au terme d'un vif débat sur le fléau des avortements clandestins dans le royaume.
L'avortement dans "quelques cas de force majeure" sera autorisé, notamment lors de "grossesses (qui) résultent d'un viol ou de l'inceste", ou encore de "graves malformations et maladies incurables que le fœtus pourrait contracter", affirme le communiqué publié au terme d'une audience royale lors de laquelle les ministres de la Justice et des Affaires islamiques ainsi que le président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) ont remis leurs avis.
 
Cette légalisation restera limitée à ces seuls cas dans la mesure où des consultations ont montré que "l’écrasante majorité penche pour la criminalisation de l'avortement illégal", est-il écrit.
 
Selon la même source, le roi Mohammed VI a donné ses instructions pour "traduire les conclusions de ces consultations en un projet de dispositions juridiques, dans le but de les inclure dans le code pénal". Une refonte du code pénal du Maroc est actuellement l'objet de débats.

Pénalisation maintenue

Dans un pays de 34 millions d'habitants où modernité et conservatisme religieux se côtoient et où les relations hors mariage restent interdites, la loi autorisait jusque-là l'avortement dans les seuls cas où la santé de la femme était en danger.

Pour le reste, elle punit les interruptions volontaires de grossesse (IVG) de peines allant de un à cinq ans de prison ferme. Parler de la légalisation de l’avortement au Maroc était même risqué jusqu'à présent. En 2012, les autorités marocaines avait interdit le débarquement du bateau de l’ONG pro avortement Women on Waves. Et le 27 janvier dernier,  Chafik Chraïbi, qui milite au sein du Mouvement alternatif pour les droits individuels (MALI), avait été suspendu, pendant une semaine, pour avoir témoigné dans un reportage de France 2 sur la question de l’avortement clandestin au Maroc.
 
Bien qu'aucun chiffre officiel n'existe, des associations estiment qu'entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour dans le royaume, dans des conditions sanitaires parfois désastreuses. Dans le même temps, les grossesses non désirées renforcent le phénomène des "mères célibataires" et l'abandon d'enfants, jusqu'à 150 par jour affirment des ONG. Aussi des nombreuses associations espéraient une loi plus ouverte prenant en compte le cas des mineurs ou des femmes plus âgées qui  à plus de 40 ans tombent encore enceinte après avoir déjà plusieurs enfants.