Le nombre de mères adolescentes ne s'accroît plus dans les pays en développement

Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a publié le 30 octobre son rapport annuel sur l’état de la population mondiale avec un focus sur la grossesse chez les adolescentes. Chaque jour, dans le monde, 20 000 filles de moins de 18 ans donnent naissance à un enfant. En 20 ans, ce nombre aurait légèrement baissé voire stagné dans les pays en développement, là où elles sont les plus nombreuses. Les conséquences de ces grossesses précoces seraient néfastes pour ces mère-enfants mais aussi pour leur pays.

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En Bosnie Herzégovine ou au Darfour, des adolescentes pauvres rattrapées par les mariages précoces

Le plus souvent, c'est la pauvreté qui incite les familles à retirer leurs filles des écoles pour les marier. Elles pensent ainsi leur organiser un avenir meilleur. Le travail des ONG est de les persuader que c'est par l'apprentissage et le savoir que le futur de celles-là sera plus prometteur...
Le nombre de mères adolescentes ne s'accroît plus dans les pays en développement

30.10.2013Par Sémiramis Ide
Au Niger, c'est une mineure sur deux qui seraient concernées par la grossesse précoce. <br/>Cliquer pour agrandir l'image
Au Niger, c'est une mineure sur deux qui seraient concernées par la grossesse précoce.
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7,3 millions de quasi enfants auraient donné naissance à un enfant dans le monde en 2013. Il s’agit de jeunes femmes de moins de 18 ans. C’est le constat inquiétant du dernier rapport publié par l’UNFPA le 30 octobre sur la grossesse des adolescentes dans le monde. L’étude s’est appuyée sur deux enquêtes menées entre 1990 et 2011 dans 54 pays, représentant 72% de la population mondiale. Cette année, sur les 7,3 millions mères adolescentes, 2 millions d’entre elles n’avaient même pas atteint l’âge de 15 ans.
 
Les pays en développement seraient les plus concernés : 95% des enfants de très jeunes mères y naîtraient, soit une adolescente sur cinq dans ces régions. Le continent africain serait particulièrement touché. 53% des jeunes filles âgées entre 20 et 24 ans qui ont déclaré avoir eu un enfant avant l’âge de 18 ans, vivent en Afrique. Viennent ensuite l’Asie du Sud avec 22%, puis l’Amérique latine et les Caraïbes avec 18%. Dans la plupart des cas, ces grossesses précoces ne sont pas « le résultat d’un choix délibéré, mais au contraire d'une absence de choix et de circonstances indépendantes de la volonté », d’après le rapport.
 

Un frein à l’autonomie des femmes et au développement de leur pays

Le taux de filles mineures ayant accouché d'un enfant aurait serait passé de 23% à 20% en 20 ans. Globalement, c'est une légère baisse. A l'inverse, le taux est en constante augmentation en Afrique. <br/>Cliquer sur l'image pour agrandir
Le taux de filles mineures ayant accouché d'un enfant aurait serait passé de 23% à 20% en 20 ans. Globalement, c'est une légère baisse. A l'inverse, le taux est en constante augmentation en Afrique.
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Les principales causes : la pauvreté, l’inégalité des sexes, l’accès limité à l’éducation et à la contraception. Mais l’agence onusienne pointe surtout du doigt les mariages forcés ou arrangés de très jeunes filles, monnaie-courante dans les régions à faible revenu. Neuf enfants sur dix ayant une mère adolescente seraient nés au sein d’une union précoce organisée.

Même si les cas de mères adolescentes sont connus dans les pays développés (5% dont la moitié aux États-Unis), ils n’ont pas la même ampleur dans les autres régions de la planète où la pauvreté sévit. Contrainte de mettre fin à leurs études en raison de leur grossesse, les jeunes filles ont moins de chance de trouver un emploi. Elles deviennent ainsi plus vulnérables face à la pauvreté. Les grossesses précoces les maintiendraient dans un état de dépendance à leur mari ou à leur famille. Pire encore, elles constitueraient un réel frein au développement économique de leur pays. Selon l’agence onusienne, si les 220 000 mères adolescentes du Kenya avaient été employées au lieu d’avoir enfanté, le revenu brut du pays aurait pu augmenter de 3,4 milliards de dollars par an.
 
70.000 décès chaque année
Les conséquences sur la santé de ces jeunes filles sont tout autant désastreuses. Chaque année, dans les pays en développement, ce sont 70 000 jeunes filles qui décèdent suite à leur grossesse précoce. Les risques de mortalité ou de complications sont multipliés par deux pour les filles de moins de 15 ans. En cause, un bassin pas encore formé et une dénutrition pour les plus pauvres.

Pour y remédier, l’UNFPA préconise de favoriser la scolarisation des filles et de les informer dès l’âge de 10 ans des risques d’une grossesse précoce, mettre fin aux mariages d’enfants et des inégalités entre les deux sexes, améliorer l’accès aux contraception et mieux aider les mères adolescentes.

Le mariage forcé en chiffres

Chaque année 14 millions de filles sont victimes de mariages forcés et se voient privées d’éducation. (Source Plan international)

70 millions de jeunes femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans dont 23 millions avant leurs 15 ans.
46% vivent en Asie du Sud et 37% en Afrique sub-saharienne.
(Source Unicef)

103 pays ont établi à 18 ans l’âge légal minimum pour le mariage sans consentement d’une fille. (Source Unicef)

50 000 filles âgées entre 15 et 19 ans décèdent chaque année suite à une grossesse ou la naissance d’un enfant.