Terriennes

Le Québec veut en finir avec les violences sexuelles sur les campus

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Reportage Radio Canada, 2'

Alors que la rentrée scolaire approche à grands pas, le gouvernement du Québec vient de présenter son plan d’action pour lutter contre les violences de nature sexuelle sur les campus universitaires de la province. Des balises nécessaires alors que le bal des initiations ou bizutages va commencer et que des histoires d’horreur ont défrayé les manchettes ces dernières années.

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Une politique obligatoire sur tous les campus

Après le lancement récent d’une première campagne de sensibilisation « SANS OUI C’EST NON », le gouvernement québécois veut aller plus loin : il recommande à chaque établissement collégial et universitaire de se doter d’une politique de prévention des violences sexuelles.

Cette politique devra comporter plusieurs mesures phares : encadrer les fameuses initiations qui, plus souvent qu’autrement, dérapent allègrement en des jeux et sévices sexuels dans lesquels les femmes sont les premières victimes, mettre en place une sorte de « guichet unique » pour les victimes afin de recueillir leurs plaintes et les aider dans ce processus, et leur offrir également des solutions académique comme, par exemple, ne plus suivre un cours où se trouverait l’agresseur, reporter un examen, etc. « Oui l’information, la sensibilisation, mais il faut aller à un niveau supérieur d’accompagnement. Il n’y a plus personne qui pourra plaider l’ignorance » a déclaré la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, qui pilote ce dossier.

Ne plus laisser à elle-même la victime d'agression sexuelle

Plus souvent qu’autrement, les victimes de harcèlement et/ou d’agression sexuelle sur les campus universitaire ont des difficultés à porter plainte, ne sachant pas auprès de qui raconter leur histoire.

Une enquête du quotidien montréalais Le Devoir, datant de mars 2017, révélait que seulement 3 universités et 5 collèges – cégeps, institution spécifique au Québec entre la fin du secondaire et le début de l’université – sur les 65 que comptent la province étaient pourvus d’une politique précise pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuel.

Il faut tout de suite que les victimes sachent à qui s’adresser, c’est le nerf de la guerre
Hélène David, ministre de l'Enseignement supérieur - Québec

On voit donc qu’il y a du travail à faire et c’est pour ça que la ministre David, après plusieurs consultations menées à travers à la province, fait cette recommandation aux institutions postsecondaires de mettre en place ce « guichet unique » qui permettront  aux victimes de porter plainte et recevoir le soutien adéquat, ainsi que des options pour éviter d’être de nouveau en présence de leur agresseur. « Il faut tout de suite que les victimes sachent à qui s’adresser, c’est le nerf de la guerre » a déclaré Hélène David. Ce processus de guichet unique pourrait également avoir un effet dissuasif sur les agresseurs.

La ministre David est déterminée : « Comme femme, comme mère de deux jeunes adultes et comme ancienne professeure d’université, j’ai côtoyé ces étudiants-là toute ma vie, je veux absolument qu’il y ait une intervention, un accompagnement dignes de ce nom, je ne veux plus jamais qu’une victime soit laissée à elle-même ».

Des mesures bien accueillies

Cette politique est accompagnée d’une enveloppe budgétaire de 23 millions de dollars étalés sur les 5 prochaines années pour aider les établissements universitaires à prendre les mesures nécessaires mais on parle aussi d’un soutien aux organismes qui soutiennent les victimes d’agression sexuelle. Ce que souhaite vivement  le mouvement « Québec contre les violences sexuelles » dont  la cofondatrice de cet organisme, Mélanie Lemay  a milité pour la mise en place de cette politique. Elle a confié au quotidien Le Devoir : « J’ai l’impression de vivre un rêve aujourd’hui. A la jeune femme de 17 ans – c’est l’âge que j’avais quand ça m’est arrivé – je suis heureuse de pouvoir offrir ce que, moi, je n’ai pas pu avoir ».

De son côté, le directrice de Viol-Secours de Québec, Julie Tremblay, se réjouit qu’on prenne en considération, d’abord et avant tout, la victime : « C’est vraiment intéressant pour les victimes parce que dans le fond ça veut dire ne pas recroiser l’agresseur, mais dans un premier temps aussi ça veut dire être cru ».

Pour l’instant, cette stratégie gouvernementale, bien accueillie donc par l’ensemble des acteurs, n’est pas imposée aux universités mais la ministre David présentera un projet de loi cet automne pour pérenniser cette politique et lui donner la force de frappe nécessaire si jamais les institutions universitaires n’y donnent pas suite… « Il y a deux phases. Dans une stratégie, on suggère fortement et puis on verra dans la loi-cadre s’il y a un autre vocabulaire » a précisé la ministre. La balle est donc maintenant clairement dans le camp universitaire…

Le détails de la stratégie gouvernementale contre les violences sexuelles à l'Université, à lire ici : Stratégie d'intervention pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuel en enseignement supérieur