Le soutien indéfectible des "Working mothers" à Donald Trump

Ivanka Trump, fille du 45ème président des Etats-Unis, l'un des atouts de Donald Trump, dans la marche vers la Maison Blanche, le 8 novembre 2016, jour du vote avec sa fille Arabella.
Ivanka Trump, fille du 45ème président des Etats-Unis, l'un des atouts de Donald Trump, dans la marche vers la Maison Blanche, le 8 novembre 2016, jour du vote avec sa fille Arabella.
AP Photo/ Evan Vucci

Certains attribuent la défaite d'Hillary Clinton au sexisme dominant. Peut-être... Mais le rejet a été véhiculé également par beaucoup d'Américaines. Dans sa marche vers la victoire, Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis, s'est aussi appuyé sur les femmes, les Working mothers, mères de familles au foyer ou au travail, auxquelles il a promis un revenu, autre fer de lance de sa révolution conservatrice.

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Dans la famille Trump, demandez la fille. Ivanka, brave soldate de la campagne de son père, a fait le job : quelques semaines avant la victoire de son père Donald, pourtant donné perdant, par les médias et les instituts de sondage, elle défendait l'une des mesures phares de la politique familiale du candidat républicain : un "salaire" attribué aux mères de famille choisissant de rester au foyer, ou de continuer à travailler, pour élever leurs enfants.

Ces "Working mothers", qui se sentent abandonnées de tous, érigées en symbole, en mères du peuple américain, le 13 septembre 2016, par les Trump père et fille à l'unisson. L'un de ces points passés sous silence par la plupart des médias et qui permettent pourtant de comprendre comment cet homme particulièrement machiste et misogyne a rallié à lui nombre d'électrices : 49% d'entre elles toutes origines et classes confondues, et même 53% des "white", blanches.

Les mères qui travaillent, le virage républicain

Dans un pays en crise, coupé en deux entre modernistes et ultra-conservateurs, cette idée surgie dans les dernières semaines de la campagne a certainement rallié nombre d'Américaines au candidat populiste, en particulier celles du Tea Parrty, la branche la plus fondamentaliste du Parti républicain. Et à la tête de laquelle agissent des femmes, telles Sarah Palin, Michele Bachmann ou Katrina Pierson, fortes, désinhibées et sûres d'elles-mêmes. La première a cinq enfants, fut gouverneure de l'Alaska et a été la colistière du candidat républicain à la Maison Blanche John McCain en 2008. La deuxième fut sénatrice du Minnesota et en plus de ses 5 enfants, elle en a élevé 23 autres de l'assistance publique. La troisième est afro-américaine, mère célibataire, texane, avait voté Obama en 2008, avant de porter la parole de son champion Trump en 2016, en particulier contre le droit à l'avortement et pour celui de détenir des armes à feu.

Quelques membres de la famille Palin dans une de ces images image d'Epinal dont raffole une majorité d'Américains
Quelques membres de la famille Palin dans une de ces images image d'Epinal dont raffole une majorité d'Américains
Wikicommons


Le scrutin du 8 novembre 2016 n'a pas seulement révélé un clivage entre hommes et femmes, comme nous l'écrivions, mais aussi entre femmes.

Pour moi, la maternité est un cadeau et une formidable source de joie. Pourtant, c'est aussi le plus grand prescripteur d'inégalité des revenus dans notre pays
Ivanka Trump

Dans un vibrant plaidoyer publié par le Wall Street Journal le 13 septembre 2016, relayé par la chaîne Fox News acquise à la cause du père, la fille de Donald Trump avait dressé le modèle familial à venir. Un mélange savant de régression et de défense de l'égalité entre femmes et hommes tissé par cette femme d'affaires, écrivaine, ancien mannequin et mère de famille.
"Pour moi, la maternité est un cadeau et une formidable source de joie. Pourtant, c'est aussi le plus grand prescripteur d'inégalité des revenus dans notre pays. En 2014, les femmes célibataires sans enfants gagnaient 94 cents d'un dollar perçu par un homme. Tandis que les mères mariées n'en percevaient que 81 cents.
Nous sommes tous d'accord pour dire que les femmes devraient avoir un salaire égal pour un travail égal, mais cela ne suffit pas. Le manque de qualité de l'aide à l'enfance, des services de garde insuffisants ou trop chers, voilà l'un des plus grands défis auxquels font face les parents américains.
Les politiques fédérales actuelles créées en faveur des familles ont été écrites il y a plus de 65 ans, lorsque les familles à deux revenus n'étaient pas la norme. Aujourd'hui, cependant, dans environ deux tiers des couples mariés, les deux conjoints travaillent.
En outre, 70% des mères ayant des enfants de moins de 18 ans travaillent à l'extérieur de la maison. Le nombre de ménages dirigés par des mères célibataires a doublé au cours des trois dernières décennies et la majorité de ces femmes travaillent dans des emplois mal payés, sans souplesse ni bénéfices.
Mon père, dans sa campagne pour la présidence, a proposé un plan pour mettre les politiques fédérales en conformité avec les besoins des parents qui travaillent aujourd'hui.
"

Un plan habile qui s'adresse aux pères comme aux mères

Un plan qui prévoit des réductions d'impôt liés aux frais de garde d'enfants, la création de comptes d'épargne "dépendances", alimentés en partie par l'Etat, pour les parents qui choisissent de rester à la maison (on notera l'habileté à ne pas "genrer" ce choix), ce qu'Ivanka Trump appelle "une augmentation de la rémunération à la maison pour des dizaines de millions de parents américains". Des aides prévues aussi pour le soin des personnes âgées de la famille et augmentées selon le revenu ou l'appartenance à des "minorités" défavorisées.
Une autre "partie du plan de mon père est destinée à inciter les employeurs à fournir des services de garde sur le lieu de travail." Et 'last but not least', "selon le plan Trump, le gouvernement fédéral garantira pour la première fois six semaines de congé de maternité payé." (Quatre pays seulement ne garantissent pas le congé maternité : le Swaziland, le Lesotho, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et... les Etats-Unis.)
Ivanka Trump avait alors eu beau jeu, en toute mauvaise foi au regard des actions de la sénatrice Clinton pour les parents, d'enfoncer le clou sur Fox News : "Il n'y a aucun mot sur le site Web de Hillary Clinton concernant ces questions : garde d'enfants, soins aux aînés, congé de maternité ou congé de paternité."

Et la jeune femme, active et activiste, vice présidente de la "Trump Organisation", et directrice de la "Ivanka Trump Collection", que l'on peut donc imaginer confortablement installée dans la vie, de conclure : "Au cœur de cette politique est la croyance que chaque parent devrait avoir la liberté de prendre les meilleures décisions pour sa famille."

Comment ne pas comprendre que nombre de femmes américaines, enfoncées dans la précarité et la pauvreté, ne soient pas séduites par cette douce sirène ?

Aussitôt parmi les supporters, et surtout les supportrices de Trump, des femmes se sont regroupées en "Working mothers", mères travailleuses, en une sorte d'acclamation à cette vision, relayée sur les réseaux sociaux. "Ivanka et son père Donald Trump défendent des congés payés et des garderies disponibles pour les mères qui travaillent" rétorque ainsi une internaute à Tim Kaine, le colistier malheureux de Hillary Clinton qui twittait le 1er octobre (trop tard ?) : "Tout le monde n'a pas la possibilité de prendre du temps pour élever des enfants, comme Anne et moi. Le congé payé devrait être la norme."

Malgré les mises en garde de certaines qui s'interrogent sur "nos propres parents qui vont dans le mauvais sens", tentant de montrer l'envers du décors de ces fausses promesses.
 

Le Washington Post a offert une tribune à Asra Q. Nomani, une ancienne journaliste du Wall Street Journal co-fondatrice du Mouvement reformateur musulman aux Etats-Unis. Après avoir caché ses convictions, elle revendique aujourd'hui son vote.

Je suis musulmane, femme, immigrée. Mais je suis une mère célibataire. J'ai voté pour Trump
Asra Q. Nomani, journaliste

"Mardi soir, quelques minutes seulement avant que les bureaux de vote ne ferment à l'école élémentaire de Forestville dans le comté majoritairement démocrate de Fairfax en Virginie, je me suis glissée dans l'isoloir, un stylo se balançant prudemment entre mes doigts, pour choisir président, et entourer les noms de Trump et de son colistier, Mike Pence.
Après l'appel de Hillary Clinton à Trump lui concédant la victoire, faisant de lui le président élue, une amie a écrit sur twiiter un message d'excuses au monde entier, affirmant qu'il y avait des millions d'américains qui ne partageaient pas la haine/division/ignorance de Trump. Et elle ajoutait  : "honteuse des millions de ceux qui l'approuvent."
Cela devait probablement m'inclure parmi ces millions de personnes dont elle avait honte… Et pourtant moi aussi je rejette cette trilogie de haine/division/ignorance. Et je soutiens les positions des démocrates sur le droit à l'avortement, le mariage homosexuel, le changement climatique.
Mais je suis une mère célibataire qui n'a pas pu souscrire à l'assurance maladie du Obamacare. Ce programme "Hope now" (espoir maintenant) fondé sur un prêt hypothécaire ne m'a pas aidé.
"

Après cet aveu, Asra Q. Nomani a recçu un déluge d'insultes et de soutiens sur les réseaux sociaux. Dont cette attaque remarquée de l'intellectuelle américano-égyptienne Mona Eltahawy : "Vous avez voté pour un raciste, misogyne et prédateur sexuel. Honte à vous !"

Trump a concédé qu'il a fait ces nouvelles promesses surtout pour plaire à sa fille Ivanka
Emily Bazelon, New York Times

Et un éditorial du New York Times du 4 octobre 2016, "Comment les Républicains ont appris à adorer les Working Mothers", sous la plume d'Emily Bazelon, journaliste phare du quotidien éternel soutien aux démocrates, n'a pas permis de dissuader les plus crédules. "L'expression «mères qui travaillent» n'était pourtant pas familière au candidat, pas plus que les prestations gouvernementales qu'il  promet - six semaines de congé de maternité payées avec garde d'enfants et salaire égal. ((.../...) Trump a concédé qu'il a fait ces nouvelles promesses surtout pour plaire à sa fille Ivanka. «Papa, Papa, nous devons faire ça» a-t-il dit en l'imitant."

Le réveil des "working mothers" risque d'être douloureux dans les quatre ans à venir.

L'un des premiers grands de ce monde à avoir félicité Donald Trump est... une femme. Theresa May, cheffe du gouvernement britannique a salué la victoire de "ce partenaire fort et proche" avec lequel elle entend poursuivre les liens "d'échange, de sécurité et de défense commune".