Le sport au service de l’émancipation des femmes 

Conférence sur le sport au service de l'émancipation des femmes à Paris, le 29 novembre / Photo L.Baron/TV5MONDE
Conférence sur le sport au service de l'émancipation des femmes à Paris, le 29 novembre / Photo L.Baron/TV5MONDE

Pratiquer le sport peut être bien plus qu’un loisir. Les activités sportives pratiquées par les femmes du monde entier deviennent le vecteur de leur émancipation, leur permet de braver les traditions, de faire tomber les barrières avec les hommes, de se découvrir. Tels étaient les thèmes abordés ce vendredi 29 novembre 2013 à Paris au cours du Forum Educasport où différentes associations sont venues exposer leurs projets. Rencontres.

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Bien plus qu’un jeu ou un divertissement, le sport se révèle être un formidable levier à l’émancipation des femmes. Joueuses de foot ou de rugby, handballeuses de toutes les régions du monde, elles s’affirment au sein de leur famille et de la société en assumant la pratique de disciplines traditionnellement réservées aux hommes.

Les femmes restent encore trop minoritaires et trop peu visibles dans le sport. Pour remédier à cette absence, la ministre française des Sport, Valérie Fourneyron, a débloqué, un fonds de soutien d’un million d’euros qui « s’adresse aux fédérations sportives pour la diffusion de compétitions féminines, d’épreuves de handisport et sport adapté qui ne sont pas médiatisées, et qui ne possèdent pas encore de valeur marchande auprès des chaînes », a-t-elle déclaré. Une décision qui révèle le travail qu’il reste à fournir, même en France, pour légitimer les femmes dans le sport.

Elargir, et parfois ouvrir, la pratique des activités sportives aux femmes, leur permet de s’affranchir de contraintes religieuses ou culturelles, de se confronter à la mixité et même de réhabiliter leur corps après un traumatisme. Autant d’actions menées grâce à différentes associations rencontrées au cours du Forum Educasport qui se tenait du 27au 29 novembre 2013 à Paris.
 
Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue de l’association « Active ton potentiel » / Photo L.Baron/TV5MONDE
Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue de l’association « Active ton potentiel » / Photo L.Baron/TV5MONDE
Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue, travaille dans l’association « Active ton potentiel », qui propose une thérapie par l’escrime aux femmes victimes de violences sexuelles.

« Le viol cause des dégâts psychologiques, physiques, médicaux qui entraînent des ruptures scolaire, familiale, conjugale… Il est difficile de se réparer par un protocole de soins pas toujours accessible ou qui occulte souvent la réparation du corps.
En escrime, on combat en face d’une personne qui porte un masque. En ne la voyant pas,  on peut donc projeter n’importe quelle personne en face. Dans cet atelier, certaines personnes projettent leur agresseur.
Quand on réfléchit à quel autre sport pourrait faciliter autant le transfert que l’escrime, on n’en trouve pas.
Il n'y a que l’escrime qui permette de se cacher complètement, d’avoir un adversaire en face qui est caché lui aussi et avec qui on peut avoir des échanges sans le blesser car le matériel est extrêmement protecteur.
Ce qu’il faut aller chercher chez chaque personne pour aller au fond de la réparation c'est de convoquer ses envies de meurtres face à son agresseur. Il y a très peu de protocoles thérapeutiques qui permettent cela.
L’utilisation même du sabre comme arme, qui est très rapide, vous remet dans vos émotions et vos sensations très profondes. La patiente décharge ainsi sa colère sans tuer la personne en face. On est dans la réparation de la victime.
Au cours des dix séances de travail dans l’année, les personnes reprennent confiance en elles, apprennent à se protéger, retrouver un équilibre, savoir attaquer, se défendre. Elles retrouvent aussi une socialisation, car ce sont des personnes souvent isolées, qui ne savent pas parler aux autres. Elles se remettent dans la vie.
»
 
Natolngar Doumro, de la mairie de Moundou au Tchad /Photo L.Baron/TV5MONDE
Natolngar Doumro, de la mairie de Moundou au Tchad /Photo L.Baron/TV5MONDE
Natolngar Doumro, chef de service des activités socio-éducatives et de la protection civile à la mairie de Moundou, capitale économique du Tchad. Depuis 2004, la mairie fait la promotion du sport féminin, dotant ses équipes de foot et de handball en matériel, et en forme des entraîneurs dans un pays où, traditionnellement, les filles ne font pas de sport. En neuf ans, le nombre d’équipes est passé de deux à quatre.

« Nous avons mis à disposition des filles du matériel didactique pour leur permettre de développer leur état physique, moral et social.
Les mentalités ont commencé à changer. C’est une tradition que la femme soit faite pour la cuisine, les travaux ménagers… Aujourd’hui, nous nous rendons compte que nous avons brisé cette manière de faire en convainquant les filles de jouer au football alors qu’avant, ce n’était pratiqué que par les hommes. Même leurs mères ont compris et elles laissent leurs filles aller sur le terrain.
Nous avons fait un travail préalable de sensibilisation des parents, et nous avons aussi passé le message aux filles pour qu’elles poussent leurs parents à les laisser faire.
Les parents ont bien accueilli ce changement. 
Le sport ouvre à d’autres façons de vivre et a même permis aux familles de renouer le dialogue. Notre objectif est d’intégrer les filles dans les sphères publiques par l’intermédiaire du sport.
 »
 
François Alla Yao, directeur des programmes d’Education physique et sportive à la conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la francophonie au Sénégal, (CONFEJES)
François Alla Yao, directeur des programmes d’Education physique et sportive à la conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la francophonie au Sénégal, (CONFEJES)
François Alla Yao, directeur des programmes d’Education physique et sportive à la conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports de la francophonie au Sénégal, (CONFEJES)

« Dans la société africaine, les mamans ont tendance à associer les jeunes filles aux  tâches ménagères, et les petits garçons ont un temps de jeu plus important. Ce temps-là leur permet de se confronter à leurs camarades à travers des jeux transitionnels et puis des jeux de balles. Naturellement, ces jeunes gens développent une motricité de base et accèdent plus facilement au sport à l’école, et après. La jeune fille qui n’a pas pris l’habitude de développer son corps, de pratiquer cette activité de motricité de base a une relation plus difficile à son corps. A l’adolescence apparaît la peur de mal faire,  d’être ridicule devant les autres, d’avoir des gestes mal coordonnés, qui fait que la jeune fille ne veut même pas faire l’éducation physique à l’école alors qu’on lui en offre l’opportunité !
Dans le monde moderne, qui tend à l’égalité, un jeune homme qui se retrouve dans un lycée, un internat, à l’université, fait lui-même la cuisine et balaie sa chambre. Donc c‘est tout jeune qu’il doit apprendre ça. Dans son éducation, le garçon doit apprendre les mêmes choses que la fille. Si il y a une bonne répartition de ces taches ménagères à la maison, la jeune fille pourra aller jouer avec ses camarades et développer ses capacités motrices de base, prendre l’habitude de se servir et d’apprécier son corps.
Pour qu’il y ait une plus grande promotion de la femme dans le sport, la sensibilisation doit commencer dans la cellule familiale. 
»
 
Chris et Jean-Baptiste Mairesse qui ont mis en place la pratique du rugby en banlieue / Photo L.Baron/TV5MONDE
Chris et Jean-Baptiste Mairesse qui ont mis en place la pratique du rugby en banlieue / Photo L.Baron/TV5MONDE
Jean-Baptiste Mairesse, professeur d’Education Physique et Sportive (EPS) au collège Pablo Neruda à Aulnay-sous-Bois, près de Paris. Depuis 12 ans, il a mis en place, avec son collègue Chris, un club de rugby, devenu un lieu de mixité et d’émancipation pour les filles de cette banlieue défavorisée.

« Nous avons fait le choix du rugby car c’est un sport collectif et de contacts qui véhicule des valeurs intéressantes. Quand on a commencé, le rugby était un sport fantôme face au foot dans les banlieues. Le sport, parce que c’est un jeu, permet d’aborder la différence entre les genres avec plus de respect.
Dans notre collège, pour les filles, les garçons sont ceux qui crient, qui font les malins et qui finalement font peut-être un peu peur. C’est important de faire tomber cette façade qu’ils donnent à voir aux filles et qui, souvent, n’est que du bluff. Le rugby, à travers le contact immédiat du plaquage, permet de soulever des questions et de rapprocher les élèves.
Nous sommes dans un environnement social où les contraintes religieuses et culturelles sont très prégnantes. Pour nous, l’émancipation, c’est s’affranchir de contraintes, et dépasser des obstacles moraux et physiques. Le fait que les filles surmontent des complexes, des croyances, mène à des réussites : elles s’ouvrent au monde.
Certaines m’ont confié qu’après avoir été dans la boue sur le terrain, leur image d'elle-même se modifie. Et quand elles sortent du club, elles montrent un peu plus leur part de féminité. Elles en jouent plus facilement. Certaines s’affirment réellement en tant que filles.
Les femmes font grandir le sport et apportent un peu de fraîcheur où, nous, les hommes, on a un peu détruit certaines valeurs. On a besoin des filles dans le sport pour apporter un peu de spontanéité et atteindre au final d’aussi bons résultats. 
»