Terriennes

Le tampon hygiénique : l'ennemi intime dévoilé

<p>Rayon des tampons de Compton's Market, à Sacramento, en Californie, le 22 juin 2016.</p>

Rayon des tampons de Compton's Market, à Sacramento, en Californie, le 22 juin 2016.

©AP/Rich Pedroncelli

Une femme utilise en moyenne 11 000 tampons dans sa vie. Et pourtant, les fabricants refusent toujours d'en livrer la composition malgré un risque réel de choc toxique. Une plainte, une pétition en ligne, un documentaire qui a fait sensation... Peu à peu, la prise de conscience fait son chemin.

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"J'ai l'impression d'avoir été ouverte sur tout le ventre... Je me rends compte que j'ai frôlé la mort". Dans le documentaire Tampon, notre ennemi intime, de la journaliste Audrey Gloaguen, récemment diffusé sur France 5, une victime du SCT, le syndrome du choc toxique menstruel, raconte son calvaire. L'angoisse de la maladie et de l'intervention chirurgicale, et puis la solitude, après : "Que dire à mon entourage ? Que j'ai frôlé la mort à cause d'un tampon ?"

Au sortir du bloc opératoire, les médecins eux-mêmes stipulent que la cause de l'infection généralisée qui a failli coûter la vie à Margaux, 23 ans, est due à une maladie sexuellement transmissible. Alors on n'en parle pas...
 

Vous avez dit toxique ?

Sur l'emballage de n'importe quel produit figure sa composition. Sur les tampons, rien... Or les tests de laboratoires commandés par Audrey Gloaguen pour réaliser son documentaire, appuyés par une étude inédite du secrétariat d'Etat à la consommation, sont unanimes : tous les tampons actuellement commercialisés contiennent des substances toxiques qui favorisent le déclenchement du SCT. Des cancérigènes et perturbateurs endocriniens, comme les dioxines ou le phtalate ; du formaldéhyde, une substance que l'on sait déjà toxique par la respiration ; des glyphosates, comme dans le Roundup.

En février 2016, une étude menée par le magazine 60 millions de consommateurs alertait déjà sur la présence de d'herbicides, insecticides et perturbateurs endocriniens dans les tampons et protections périodiques. 

Quelques semaines plus tard, une jeune étudiante en histoire lançait une pétition en ligne, déclenchant, en France, une prise de conscience quant à la composition des protections périodiques. Aujourd'hui, son initiative recueille près de 300 000 signatures.

► Allez sur le site de la "Pétition pour rendre visible les compositions des tempons de la marque Tampax" produits par Proctor & Gamble

Sur Twitter, Mélanie Doerflinge​r adresse une lettre ouverte aux autorités :


A la suite de l’augmentation du nombre de cas de SCT menstruel en France - 22 en 2014 contre 5 en 2004 -, le centre national de référence des staphylocoques des Hospices civils de Lyon met en garde les utilisatrices de tampons. Reste qu'il n'existe, aujourd'hui, toujours aucune étude d'impact sur les effets de l'usage des protections périodiques sur la santé des femmes.

A quand la transparence ?

Et alors que l'Etat français, ainsi que l'Union européenne, obligent les industriels de l'alimentation et de la cosmétique à rendre visible la composition de leurs produits sur les emballages, rien, absolument rien ne contraint les fabricants à garantir l’absence de résidus toxiques dans les tampons et serviettes, ni à indiquer leur composition sur la boîte.

Début 2017, la marque Tampax, du géant de la lessive, de l'hygiène et de la cosmétique américain Procter et Gamble, s'engageait à inscrire la composition de ses tampons sur la boîte. Pour l'heure, toujours rien, comme le souligne la "lanceuse d'alerte" Mélanie Doerflinger :

SCT : recrudescence d'un syndrome méconnu

Les femmes qui ont frôlé la mort à cause d'un tampon racontent toutes la même histoire : "J'ai commencé à me sentir mal, un peu fièvreuse, barbouillée... Ca ressemblait à une gastro. Et puis la peau toute rouge, comme un énorme coup de soleil," se souvient Margaux. Quant à Justine, 26 ans, elle raconte que le médecin lui avait diagnostiqué une scarlatine, avant de l'envoyer à l'hôpital pour une appendicite...

Aux urgences l'une et l'autre, elles voient leur état se dégrader, victimes d'un syndrome du choc toxique menstruel. Ce n'est qu'in extremis qu'elles seront sauvées, car personne, d'emblée, n'avait fait le lien avec le fait qu'elles avaient leurs règles et portaient un tampon. Et pourtant, depuis la fin des années 1990, le syndrome du choc toxique lié aux règles ne cesse de croître.

Le professeur Gérard Lina, du CHU de Lyon, connaît bien le processus, car il est l'un des rares chercheurs au monde ayant étudié le SCT : "Si le flux menstruel est bloqué par un tampon dans le vagin, et qu'il y a déjà dans le vagin du staphylocoque doré, celui-ci va utiliser le flux menstruel comme milieu de culture." Les toxines entrent ensuite dans la circulation sanguine, détruisent les globules rouges, et, dans les cas les plus graves, s'attaquent à plusieurs organes, dont le foie, les poumons et les reins. 

<p>A 24 ans, la Californienne Lauren Wasser avait une belle carrière de mannequin devant elle et pratiquait le basket-ball à haut niveau. En 212, sa vie a basculé du jour au lendemain à cause d'un simple tampon hygiénique.</p>

A 24 ans, la Californienne Lauren Wasser avait une belle carrière de mannequin devant elle et pratiquait le basket-ball à haut niveau. En 212, sa vie a basculé du jour au lendemain à cause d'un simple tampon hygiénique.

©thecelebrityauction.co

20 % à 30 % des femmes sont porteuses du staphylocoque doré, dont 1% développent un SCT.  Au moins une femme est morte suite à un syndrome du choc toxique, d’autres ont gardé un organisme affaibli ou ont perdu un membre, comme Lauren Wasser, une mannequin américaine de 24 ans, amputée de la jambe droite après un choc toxique menstruel. C'est sa plainte qui, la première, a déclenché une prise de conscience internationale. 

Margaux et Justine, elles, s'en sont sorties, mais combien restent des victimes, faute de soins adéquats, lorsque la cause du choc toxique n'est pas reconnue à temps ? Il est du devoir des autorités d'obliger les producteurs à informer les consommatrices des dangers potentiels des produits qu'elles utilisent. Pour que les objets d'émancipation que sont les tampons et les protections périodiques ne soient plus des potentielles bombes à retardement sanitaires.