Législatives 2017 en France : quand les femmes battent la campagne

A Montargis, autour de laquelle se dessine la quatrième circonscription du Loiret, onze panneaux d'affichage devant le musée Girodet, pour six candidates et cinq candidats, avec leurs suppléants. Parmi ces tandems, deux de femmes et trois d'hommes
A Montargis, autour de laquelle se dessine la quatrième circonscription du Loiret, onze panneaux d'affichage devant le musée Girodet, pour six candidates et cinq candidats, avec leurs suppléants. Parmi ces tandems, deux de femmes et trois d'hommes
(c) Sylvie Braibanr

C'est un cas de figure inédit. Dans la quatrième circonscription du Loiret, terre du centre de la France, rurale et conservatrice, six femmes et cinq hommes s'affrontent aux législatives de juin 2017. Plus de candidates donc, mais pour une avancée de la parité en trompe l'œil ou pour un vrai changement de paradigme ? Rencontres croisées

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Dans ce joli bout de France, si près et si loin de Paris, le Gâtinais additionne les contradictions : tourné vers Paris mais replié sur lui même ; agricole et industriel ; déjà dans la vallée de la Loire mais flirtant avec la Bourgogne ; ouvert au Monde et enclavé ; à "une heure de Paris" comme l'on s'en vante mais peuplé d'habitants loin de tout... Le Front National, cette extrême droite française qui aime tant que les citoyens aient peur, y progresse inexorablement depuis des années.

Jusqu'à ces législatives des 11 et juin 2017, le candidat type à la députation de cette quatrième circonscription du Loiret, à l'Est du département, 153 000 habitants dont un peu moins de la moitié concentrée dans l'agglomération de Montargis, était un homme, blanc, un notable en général.

Législatives 2017 : l'avènement des femmes ?

Et voici que le profil change de sexe : sur 11 candidats, six sont des femmes, de toutes conditions et origines, réparties de gauche à droite, bien décidées à faire de la politique autrement et à bousculer les habitudes : Zoé Baron pour l'UPR ; Dominique Clergue pour Lutte ouvrière ; Jalila Gaboret pour le Parti socialiste ; Melusine Harlé pour la République en marche ; Christine Rochoux "Divers droite" ; ou encore Massila Salemkour pour "Europe, écologie les Verts".

Rencontre avec quatre d'entre elles au fil de leur campagne, à la ville et au champ (pour les présenter, nous avons retenu l'ordre tiré au sort pour la position des candidats sur les panneaux d'affichage officiels).

Femme seule, agricultrice, ex parisienne, bio, je rassemble tous les aspects pas communs, perçus négativement dans le milieu agricole
Massila Salemkour, candidate EELV, 4ème circonscription du Loiret

Massila Salemkour, 55 ans, un enfant, affiche un optimisme revigorant malgré les déconvenues climatiques qui ont frappé son exploitation de fruits rouges une année après l’autre : inondations en juin 2016, gel au printemps 2017. Cette parisienne, née dans une famille fière de ses origines kabyles, était assistante trilingue de direction, guide accompagnatrice à ses heures, jusqu’à ce qu’en 2002, elle plaque la ville et sa vie de famille pour les ondulations verdoyantes du Gâtinais au Nord de Gien, avec vue sur la centrale nucléaire de Dampierre en Burly, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour cette écologiste de longue date, dont le parti « Europe, écologie Les Verts » demande la sortie totale du nucléaire (le premier aussi à avoir instaurer la plus que parité avec 51% de candidates). Une reconversion qui est aussi passée par une passion pour la radiesthésie, un atout supplémentaire pour ses cultures. Mais une décision qui se heurte encore aux traditions bien ancrées peu favorables aux pionnières, entre moqueries et même, parfois, malveillances…

Lors d’une rencontre publique de campagne dans une petite ville voisine, à Châtillon Coligny, le téléphone de son suppléant  Thierry Jolivet avait sonné avec ce message : la candidate ne pourrait pas venir, obligée d’accompagner de toute urgence son fils à Bourges, à une soixantaine de kilomètres de là. Un empêchement si typique aux femmes politiques, en charge aussi du privé… Lucide à propos de ses chances réduites de l’emporter sur ces terres agricoles cultivées principalement en « conventionnel », elle convient que sa candidature permettra, d'abord, de faire entendre la voix des défenseurs de l’environnement.

Massila Salemkour aux manettes de la machine qu’elle a conçue pour travailler ses baies rouges, et qu’elle a eu tant de difficultés à faire fabriquer par des hommes peu enclins à accepter ses idées…
Massila Salemkour aux manettes de la machine qu’elle a conçue pour travailler ses baies rouges, et qu’elle a eu tant de difficultés à faire fabriquer par des hommes peu enclins à accepter ses idées…
(c) Sylvie Braibant

Massila Salemkour, rencontre

« Dans le monde agricole, le fait d’être une femme c’est très dur, une femmes seule qui plus est, ancienne parisienne, et qui veut travailler en bio. Je rassemble tous les aspects pas communs, perçus négativement dans le milieu agricole, où quand on sort des clous, on n'est pas très bien vu… J’ai essuyé pas mal de moqueries quand je me suis installée. On me disait que jamais rien ne pousserait sur ma parcelle. Alors quand on voit aujourd’hui…
Mais même quand certains sont disposés à aider, ils ne m’écoutent pas toujours : je sais ce que je veux, mes cultures demandent de la minutie er de la précision, et là les hommes ne savant pas trop ce que c’est.
J’ai toujours voulu être agricultrice. Quand j’étais petite, mon père me demandait : « Massila qu’est ce que tu voudrais faire pus tard ? » Et je répondais toujours : fermière. Mon père qui était ambulancier aide-soignant, espérait que tous ses enfants seraient médecins.  Et moi, je disais non, je serai fermière, je voulais travailler la terre. Quand je me suis lancée, c’est d’abord chez une femme, de cette région, une maraîchère bio, adorable, auprès de laquelle je me suis formée. Puis chez une autre. Ce sont d’abord les femmes qui m’ont aidée, qui m’ont donné confiance en moi. Et puis un membre de l’AMAP (association pour le maintien de l’agriculture paysanne, ndlr) d’ici m’a proposé, en location, une parcelle à cultiver.
Salemkour, le nom que je porte, avait été attribué à ma famille par les colonisateurs en Kabylie, selon un ordre alphabétique décidé par l’administration française en fonction des villages. Mais notre nom d’origine est  Saadé qui veut dire félicité, bonheur. Mon père tenait aussi à nous donner des prénoms berbères. Massila c'était aussi la maîtresse de Saint Augustin avant qu’il ne devienne prêtre.
Mon engagement écolo, c’est à un problème de santé que je le dois, il y a déjà 30 ans, un choc salutaire, une question de vie ou de mort. Ma candidature à la députation, c’est pour montrer que l’écologie est présente dans cette campagne, comme elle l’est déjà de plus en plus dans le coeur et l’esprit des consommateurs, des voix nombreuses malheureusement muettes. Ce qu’on aimerait, c’est désenclaver nos villages, par exemple avec un système de co-voiturage local. On veut aussi aider à développer les agricultures respectueuses de l’environnement et convaincre qu’il y a un potentiel énorme d’emplois dans les énergies renouvelables.
La question des femmes est importante ici, surtout pour les agricultrices et jusque dans les détails : dans les magasins spécialisés, il n’existe pas de rayons de vêtements pour femmes. J’ai appris que ça commence seulement à se faire. Un jeune styliste vient de se lancer avec une agricultrice dans la création de combinaisons de travail adaptées aux femmes, pas de poches sur la poitrine, et un système pour ne pas avoir besoin de descendre toute la combinaison en cas de nécessité, quand il fait froid…
Autre chose, quand il m’arrive de rencontrer des hommes, et qu’on se plaît, ça se passe gentiment jusqu’à ce qu’ils me demandent : tu fais quoi dans la vie ? et que je réponde « je suis agricultrice », alors là c’est la douche froide, et hop là ! ils ne sont plus là. C’est un « tue l’amour » mon activité, trop prenante sans doute.
Et pourtant je n’ai pas de regrets, j’ai toujours la même passion pour ce que je fais, même si ma vie est beaucoup moins facile qu’avant. Mais mon but c’est aussi de rendre à la nature ce qu’elle m’a donné.
Six femmes sur onze candidats ici, c’est sûr que c’est un bon début, mais il y a encore du chemin.
Pour moi, le « féminisme » est un très joli mot que l’on doit enrober avec beaucoup de sérieux et de bienveillance.»

La présence de six femmes sur onze candidats dans cette circonscription m’a inspiré d’abord un sourire franc
Christine Rochoux, candidate Divers droite, 4ème circonscription du Loiret

A 51 ans, Christine Rochoux n’en est pas à sa première campagne électorale. Durant des années, elle a soutenu le député (et maire de Montargis) sortant Jean-Pierre Door (Les Républicains) et a participé à l’élaboration du volet « éducation » pour le projet de Bruno Le Maire, lors des primaires de la droite à l’automne 2016. Cette enseignante (littérature française), mère de deux enfants (étudiants) a choisi de changer d’établissement chaque année, elle est TZR - titulaire de zone de remplacement, un renouvellement qu’elle s’applique et qu’elle appelle de ses voeux en politique. Certaine que Jean-Pierre Door privilégierait, à l’occasion de la mise en oeuvre du non cumul des mandats, ses responsabilités à la tête de la cité plutôt qu’au sein de l’Assemblée nationale, elle avait annoncé sa candidature dès janvier 2017. Mais les partis en ont décidé autrement et l’élu se présente à une quatrième députation.

En rupture d’étiquette, « obligée » de s'afficher divers droite, effrayée par la montée du Front national florissant dans certains recoins de ce département et de cette circonscription, prête aujourd’hui à rejoindre la majorité présidentielle, elle a choisi de se maintenir pour défendre une autre manière de faire de la politique, avec des priorités en matière d’éducation, de santé et de connectivité « domaines où les femmes excellent, sont beaucoup plus présentes et agissent » dit-elle, dans un territoire auquel elle est attachée même si elle n’en est pas native, qu’elle connaît par coeur à force d’en arpenter tous les établissements scolaires. Parce que tant d’atouts, la proximité de la capitale, la joliesse de la ville et de la région, devraient en faire une terre d’accueil et d’attractivité.

Christine Rochoux, candidate Divers droite, sur les bords du Canal de Briare, à Montragis, sa ville choisie, belle mais trop endormie et qu'elle voudrait réveiller...
Christine Rochoux, candidate Divers droite, sur les bords du Canal de Briare, à Montragis, sa ville choisie, belle mais trop endormie et qu'elle voudrait réveiller...
(c) Sylvie Braibant

Christine Rochoux, rencontre

« Les femmes ont eu une vision totalement différente des choses et notamment dans des domaines qui sont essentiels aujourd’hui, l’éducation, l’ouverture, le renouveau dans tous les sens du terme. Là où il y avait une vision ancienne, pas forcément masculine, mais par la force des choses, avec plus d’hommes que de femmes en politique, cette vision des femmes était beaucoup plus réaliste, rassemblante. Nous sommes, beaucoup plus que les hommes, capables de discuter avec la partie adverse ou avec ceux qui ne pensent pas comme nous. Nous sommes plus aptes à une vision à court, moyen et long terme, peut-être grâce à notre côté mère. La réalité c’est que trop peu de femmes occupent le champ politique et qu’il faudrait que le renouveau passe par là.
La santé, la justice, la sécurité - ici à Montargis, nous avons une femme commissaire -, l’éducation ne sont pas des domaines de femmes, mais elles y sont très présentes. Elle savent de quoi elles parlent, quand elle s’en occupent.
La présence de six femmes sur onze candidats dans cette circonscription m’a inspiré d’abord un sourire franc et je me suis dit voilà ‘nous sommes dans une circonscription très rurale, parfois très éloignée du monde urbain alors que nous sommes à 100 kms de Paris, et voilà six femmes, très différentes, mais six femmes qui sont là. Ca me fait plaisir’. Je ne suis pourtant pas pour une parité obligatoire, excessive. Je ne voudrais pas être choisie juste pour la décoration. Je pensais d’ailleurs qu’au nom de cette parité je devais avoir un suppléant homme, mais quandj’ai vu que ce n’était pas obligatoire, parmi les trois postulants, tous très bons, j’ai quand même choisi une femme (sourire).
Comme enseignante, comme femme, comme mère, je dois dire qu’il y a des sujets qui s’imposent à nous. L’éducation, parce que comme professeure de français je suis confrontée à des tas d’autres choses que l’enseignement, partout où je vais puisque je ne reste jamais dans le même établissement d’une année sur l’autre, afin de brasser le maximum d’expériences, dans tous les milieux sociaux, à la campagne ou à la ville. L’éducation, la culture, c’est la clé de tout. La santé aussi : trouver un médecin, un généraliste, un spécialiste, c’est toute une histoire.  Rompre notre isolement aussi par la connectivité. Je me suis trouvée durant un mois dans un collège du côté de Châtillon-Coligny, impossible de se connecter à Internet, impossible de recevoir un SMS, impossible d’appeler d’un téléphone portable ! Au niveau de l’accueil touristique ou économique, ici, il y’a de quoi faire…
Je me suis intéressée très tôt à la politique, d’abord internationale, en raison de ma famille de diplomates. Et puis après, lorsque je me suis installée à Montargis, je voulais sortir cette jolie petite ville, belle mais endormie, cachée, de sa torpeur.
Avant cette campagne, comme femme, je savais que c’était un peu dur, c’est difficile de se faire prendre au sérieux par les hommes politiques installés. Vous les sentez se dire ‘elle n’a pas d’autre chose à faire?’. Mais ce n’est pas si différent que dans d’autres domaines. J’ai grand plaisir à discuter avec les gens que je rencontre.
Le féminisme ? Oui, mais il ne doit pas être brandi systématiquement. La discrimination positive je n’en veux pas. Mes parents ne faisaient aucune distinction entre filles et garçons. Je suis pour qu’on encourage l’arrivée des femmes à l’Assemblée nationale à condition qu’on leur donne de réelles chances de pouvoir gagner, qu’on ne les envoie pas là où c’est perdu d’avance. Et pourtant j’ai choisi une suppléante, alors oui peut-être que j’ai quand même un peu de chauvinisme féminin…»

Je connais des hommes dans cette même dynamique que moi. Le "care", c'est plus un choix éclairé de comportement, un travail sur soi et sur la société, qu'une question de genre
Mélusine Harlé, candidate LRM, 4ème circonscription du Loiret

Mélusine Harlé est en marche. Depuis trois semaines, investie par "La République en marche" qui a mené Emmanuel Macron à la présidence de la République, elle accumule les kilomètres pour se présenter aux électeurs de la quatrième circonscription du Loiret qui ne la connaissent pas encore. Un chemin de femme, "novice" en politique, parfois jonché de peaux de banane jetées par des ennemis inquiets, mais aussi peut-être par des amis jaloux...
Elle est ce qu'on appelle une représentante de la "société civile" même si à 44 ans, citoyenne engagée du Gâtinais qu'elle fréquente depuis 15 ans et où elle vit avec mari et enfants (deux filles) depuis 5 ans, elle est conseillère municipale de sa commune de Sainte Geneviève des Bois, au sud-est du département. Et a initié avec des proches une recyclerie - un lieu d'insertion où les objets récupérés auprès des habitants ou dans les déchetteries sont restaurés pour une nouvelle vie -, ainsi qu'un festival "Les Insensés", tissé de spectacles et de présentations de professionnels du bien-être, autour du thème des cinq sens.

Son engagement, elle l'a aussi forgé dans sa vie professionnelle : journaliste intéressée par tout ce qui touche à l'éducation, universitaire, humanitaire (UNICEF), entrepreneuse avec une société de conseil pour conduire les entreprises vers l'innovation sociale. Comme Christine Rochoux, elle croit à la force du dialogue, même entre "adversaires", et à la possibilité de travailler ensemble, même quand on vient d'horizons différents. Ce qu'elle pratique comme élue municipale, un savoir faire très utile dans ses réunions publiques de candidate, face à des citoyens avides de discussions. Et une qualité rare, presque toujours féminine : répondre qu'on ne sait pas à une question... dont on ne connaît forcément pas la réponse.

Melusine Harlé, candidate de la "République en marche", le mouvement qui a porté Emmanuel Macron à la présidence de la République française, lors d'une réunion très animée à Château-Renard. Un débat tous azimuts, très stimulant...
Melusine Harlé, candidate de la "République en marche", le mouvement qui a porté Emmanuel Macron à la présidence de la République française, lors d'une réunion très animée à Château-Renard. Un débat tous azimuts, très stimulant...
(c) Sylvie Braibant

Mélusine Harlé, rencontre

« Pour moi, les droits des femmes sont omniprésents dans cette campagne. Chez nous, "La République en marche", la parité pour ces législatives est parfaitement respectée. Ici, ou pourtant a priori la circonscription est difficile, les choses bougent, rien n'est figée. Les gens n'ont plus forcément envie d'hommes un peu âgés pour les représenter.
Sur ce territoire, généralement les hommes travaillent, et les femmes sont dans la panade et se retrouvent avec des jobs pas drôles vers lesquels elles ne seraient pas forcément allées comme assistante maternelle, femme de ménage et à faire des allers-retours pour les enfants. Si on parvient à mettre en place des transports publics bien adaptés pour les enfants, les mamans seront gagnantes aussi.
Aujourd'hui, ici, les gens, côté transports, ne voient pas leur intérêt à changer leur mode de vie. Ils se disent que c'est plus simple de prendre leur voiture que le bus. Et je sais de quoi je parle. Ma fille va au collège à Gien (environ 25 kms de Sainte Geneviève des Bois). Quand elle prend le bus, elle met une heure et demi. Quand je l'accompagne, c'est 25 minutes. Même si pour moi c'est du temps en moins, c'est aussi un temps précieux en plus avec ma fille.
Dans les droits des femmes, des parents, il y aussi celui de passer plus de temps avec leurs enfants. C'est ce choix que moi j'ai fait en m'installant ici, celui de passer plus de temps avec mes enfants. Et ce temps de transport, ça peut être paradoxalement un moment de qualité. Pendant cette campagne où je suis prise en continu, quand je les emmène à l'école et bien je suis contente ! Parce qu'on est dans l'échange, dans la relation. Alors oui le transport quotidien des enfants peut être  handicapant dans la vie, mais si c'est un choix éclairé ça peut être très précieux pour le lien social.
Les trois piliers de notre programme c'est bienveillance, liberté, protection, c'est pour ces termes là que je me suis engagée. Alors le "care" (le soin) c'est peut-être quelque chose de plus féminin mais il y aussi des hommes engagés sur ces terrains là. C'est plus un choix philosophique, de pratique quotidienne. Je connais des hommes dans cette même dynamique que moi. C'est plus une décision éclairée de comportement, un travail sur soi et sur la société, pour moi, qu'une question de genre.
Je pensais que je prendrais des coups dans cette campagne, plus que ce qui s'est passé en réalité, mais je ne pense pas qu'ils soient liés au genre. Même si certains estimaient qu'il valait mieux un homme pour conquérir cette circonscription. Je pense que c'est surtout parce que j'ai débarqué dans un monde où on pratiquait d'anciennes manières de faire de la politique, plus "militante" que moi qui venait de la société civile. Et je peux comprendre leur perception initiale. Les gens sont aussi parfois surpris parce qu'ils attendent une intellectuelle et moi je parle avec naturel, je ne suis pas dans le mépris, une façon d'être que j'assume effectivement comme féminine.
Le féminisme n'est certainement pas un gros mot surtout s'il est incarné de façon militante et bienveillante à la fois. C'est à l'opposé de toute vulgarité et violence. »

Les femmes arrivent. Et on va bouleverser le monde politique. Nous les femmes, qu'on soit de droite ou de gauche, on est sur la même longueur d'onde
Jalila Gaboret, candidate PS, 4ème circonscription du Loiret

A 45 ans, la socialiste Jalila Gaboret affiche déjà un beau parcours de militante et d'élue : conseillère régionale de la Région centre, dans le groupe des élus socialiste et des radicaux de gauche, et candidate à la députation, déjà, en 2012, elle avait alors tout juste 40 ans, une campagne qui la conduisit jusqu'au deuxième tour dans cette quatrième circonscription du Loiret, que l'on disait pourtant acquise au sortant Jean-Pierre Door, dès le premier tour. Elle échoua avec plus de 42 % des voix face à son adversaire, alors UMP (droite). Et pourtant, dit-elle en riant, en se présentant lors d'une réunion publique  : "je suis autant originaire de Montargis que lui, qui prétend être le seul natif de cette contrée". 

Neuvième d'une fratrie de onze enfants, cinq garçons et six filles comme la composition du groupe de candidats de cette 4ème circonscription, un hasard qui la fait aussi sourire, Jalila Gaboret est la première à être née sur le sol français, à Montargis donc, dans cette famille d'origine tunisienne, toute dévouée à la France (son père était Caporal de l’armée française). Etudiante, elle voulait devenir avocate. Mais un stage la dissuade de poursuivre et elle se tourne vers le droit public, avant de devenir enseignante, dans le collège même où elle a étudié, en particulier auprès d'enfants en difficulté scolaire. A l'Assemblée régionale, cette mère de trois enfants (dont des jumeaux) a choisi de se concentrer sur les questions d'éducation, d'apprentissage et de formation.

Jalila Gaboret, candidate socialiste, lors d'une réunion publique à Amilly entourée de ses soutiens (dont à sa droite le président de région François Bonneau, à sa gauche le sénateur du Loiret Jean-Pierre Sueur)  et de son suppléant Christophe Bethoul : cinq hommes. Une constatation qu'elle balaye d'un souriant "y a encore du boulot"
Jalila Gaboret, candidate socialiste, lors d'une réunion publique à Amilly entourée de ses soutiens (dont à sa droite le président de région François Bonneau, à sa gauche le sénateur du Loiret Jean-Pierre Sueur)  et de son suppléant Christophe Bethoul : cinq hommes. Une constatation qu'elle balaye d'un souriant "y a encore du boulot"
(c) Sylvie Braibant

Jalila Gaboret, rencontre


« En 1944 quand la France a fait appel aux troupes coloniales, mon père s'est engagé dans l'armée française, caporal. Il est allé en Indochine par la suite. Lui, originaire du Nord de la Tunisie a épousé ma maman qui était née au Sud, en 1956. Nous sommes onze enfants dont des triplés. Mon père est venu travailler en France. Il est arrivé à Cepoy (l'une des communes, charmante, de l'agglomération montargoise, ndlr) où il a retrouvé une communauté tunisienne qui venait du même 'bled' que lui. Ma mère l'a suivi en 1972 grâce au regroupement familial. En mars 1972, et moi je suis née en décembre de cette année là. Je suis donc la première à avoir été conçue et être née ici. On habitait dans une sorte de cabane, sans rien.
Les assistantes sociales nous ont pris en charge et on s'est retrouvé à la cité Kennedy (dans Montargis, ndlr). Et là, bonheur, luxe, une baignoire, de l'eau qui coule, c'est génial ! Nous vivions à 13 dans 60 mètres carrés.
Et pourtant, on n'a jamais eu l'impression de vivre dans la pauvreté, grâce à ma mère. Elle nous a toujours donné le choix, la force, pour tout.
Mon père aimait bien François Mitterrand, on a grandi dans cet esprit de gauche. Et dans le culte de l'école. L'école, l'école avant tout. Et mon attirance pour le métier d'avocat s'inscrit dans cet engagement. Lors de mon stage en deuxième année de droit, chez un avocat de Montargis, un dossier commercial s'est avéré être, en fait, une affaire de pédophilie. Ca m'a perturbée, et je me suis dit, non ce n'est pas pour moi. Je voulais bien aider les autres, mais là je trouvais mes limites, le défendre c'était très dur. J'ai bifurqué vers le droit public, je me voyais au Conseil d'Etat. En plus je travaillais comme animatrice, je faisais des ménages pour financer mes études, comme mes frères et soeurs. Et puis j'ai rencontré mon mari qui militait chez les jeunes socialistes de Montargis.
On ne me fait pas de remarques sur mes origines. Moi, je me sens gâtinaise. Je suis née ici. Je n'affronte pas non plus de remarques misogynes. Mais vous voyez là, je suis entourée d'hommes (elle montre en riant ceux qui étaient venus la soutenir, assis autour d'elle lors de son discours, François Bonneau le président de la Région Centre-Val de Loire, le sénateur du Loiret, Christophe Bethoul, son suppléant, maire de Saint-Germain des Prés, commune rurale du Montrargois,  et un jeune militant socialiste). Mais les femmes arrivent là. Et on va bouleverser le monde politique. La parité est là. Au Conseil départemental, ça a fait du bien. Nous les femmes, qu'on soit de droite ou de gauche, on est sur la même longueur d'onde.
Je ne suis pas non plus dans l'ultra féminisme. Même si bien entendu, ce n'est pas un gros mot pour moi, évidemment que non…
Aujourd'hui certains partis imposent la parité pour les candidature aux élections, par exemple dans le Loiret sur les six circonscriptions, trois étaient réservées aux femmes (l'une d'entre elles, Valérie Corre est d'ailleurs députée sortante de la 6ème, ndlr). On va y arriver tout doucement. J'ai une fille de 18 ans, des jumeaux de 16 ans, et je prends exemple sur ma mère, qui avait onze enfants, dont des triplés. Et elle n'avait pas de machine à laver par exemple ! Je planifie ma vie. Je fais le ménage, je fais le repassage. Et de toute façon, les enfants, mon mari me soutiennent. Ils adorent ce que je fais, ils me suivent ! »

Pour arriver à six, deux autres femmes participent donc à la campagne de cette 4ème circonscription du Loiret, Dominique Clergue et Zoé Baron.
La première, Dominique Clergue, 56 ans, est investie par Lutte ouvrière, parti trotskyste, dirigée par une femme Nathalie Arthaud, qui a succédé à une autre femme, Arlette Laguiller. Ouvrière, elle travaille dans les célèbres usines Hutchinson, gloire industrielle du Montargois. Et fait campagne, sans surprise, pour "le camp des travailleurs, des chômeurs, des précaires, des ouvriers" et contre "la domination capitaliste", comme elle l'avait fait en 2014 à l'occasion des élections municipales. Et pour ces législatives, elle a choisi pour suppléante sa camarade Anne-Marie Fourniols.
Zoé Baron, elle, porte les couleurs de l'UPR, l'Union populaire républicaine, formation très anti-européenne incarnée par François Asselineau durant la présidentielle de mai 2017. Professeure de 26 ans, dans le secondaire et en Île de France, elle connaît à peine cette circonscription où elle se présente. Mais son message est simple : sortir de l'Europe.

Dominique Clergue (Lutte ouvrière) à gauche, et Zoé Baron (UPR) à droite, complètent la palette politique de cette 4ème circonscription du Loiret, investie par les femmes...
Dominique Clergue (Lutte ouvrière) à gauche, et Zoé Baron (UPR) à droite, complètent la palette politique de cette 4ème circonscription du Loiret, investie par les femmes...
(c) Sylvie Braibant

Et les hommes dans tout ça ?


Cinq candidats, au masculin donc, dont certains bien connus dans circonscription, s'affrontent pour ces législatives. Il s'agit de :

- Alphonse Proffit (Citoyens du Gâtinais), suppléant :  Jean-Christophe Ciceron  
- Jean-Pierre Door (Les Républicains), maire de Montargis et député sortant ; suppléant : Frédéric Neraud
- Ludovic Marchetti (Front national) ; suppléante : Virginie Hamard
- Luc Bucheton (Debout la France) ; suppléant : Michel Boissy
- Franck Demaumont (Parti communiste), maire de Chalette sur Loing ; suppléant : Bruno Nottin

Les postulants, au masculin, à la députation de la 4ème circonscription du Loiret, par ordre tiré au sort pour l'affichage des panneaux officiels des législatives françaises 2017
Les postulants, au masculin, à la députation de la 4ème circonscription du Loiret, par ordre tiré au sort pour l'affichage des panneaux officiels des législatives françaises 2017
(c) Sylvie Braibant

Ils devront convaincre 152 884 habitants sur leurs projets, répartis sur un territoire qui va du Nord Est du Loiret, Ferrière en Gâtinais ou Courtenay jusqu'au Sud Est du département, Château Renard et Châtillon Coligny.
Lors de la présidentielle de mai 2017, au deuxième tour, les Loirétains ont voté exactement comme la moyenne nationale française : Emmanuel Macron "En marche !" - 63,16 % et Marine Le Pen "Front national" - 36,84 %.

 

La quatrième circonscription du Loiret figure à droite de la carte, en bleu.
La quatrième circonscription du Loiret figure à droite de la carte, en bleu.

Suivez Sylvie Braibant sur Twitter @braibant1