Leila Bekhti, l'ascension fulgurante

L'année dernière, elle remportait le César du Meilleur espoir féminin pour Tout ce qui brille. Cette année, elle a été nommée dans la catégorie meilleure actrice pour son rôle dans La Source des femmes. En l'espace de six ans, Leila Bekhti est devenue une star du septième art français, aussi à l'aise dans des films d'auteur que dans le cinéma populaire. 

dans
Elle est emmitouflée dans une grosse doudoune noire, des Moonboots aux pieds et une paire de lunettes noires vissée sur le nez. Une silhouette fine et frêle, une fraîcheur vaguement fragile. A la voir, on dirait presque une petite fille. Mais ses années d’enfance et d’adolescence entre ses vacances en Algérie et sa vie dans la banlieue ouest de Paris sont déjà loin. Aujourd’hui, Leila Bekhti a 28 ans, et la petite fille est devenue star.

« J’ai une devise, c’est un ami qui me l’a dit il y a deux ans et je la garde en moi tout le temps. C’est d’être toujours émerveillée par ce qui m’arrive, quitte à passer pour une Bisounours. Que ce soit dans mon métier de comédienne ou dans ma vie personnelle, je veux être toujours émerveillée par ce qui se passe. J’ai une chance incroyable de faire ce que j’aime », avoue-t-elle.

Une chance incroyable peut-être, un talent inné c’est certain et une ascension fulgurante comme seul le septième art en connaît. Un premier rôle en 2005 et six ans plus tard, la voici nommée aux Césars dans la catégorie « Meilleure actrice » pour son rôle dans La source des femmes du réalisateur Radu Mihaileanu.

Entretemps, Leila Bekhti a reçu le César du meilleur espoir féminin en 2011 pour son interprétation de Lila, l’une des deux héroïnes de Tout ce qui brille. C’est cette comédie dramatique réalisée par Géraldine Nakache et Hervé Mimran qui l’a propulsée au devant de la scène. Mais sa carrière avait déjà commencé bien avant…

« Je laisse le hasard faire les choses »

Au festival du Cinéma européen des Arcs - décembre 2011
Leila Bekhti, l'ascension fulgurante

Au début, elle n’y croyait pas vraiment, même en faisant un bac littéraire (option théâtre) ou en prenant des cours de théâtre ici et là… Elle n’y croyait pas vraiment mais enchaînait petits boulots et jobs alimentaires pour se payer ses cours. Jusqu’en 2005, jusqu’au casting de Sheitan, un film d’horreur produit par le collectif Kourtrajeme et Vincent Cassel. « Je ne remercierais jamais assez Kim Chapiron, le réalisateur de ‘Sheitan’ qui m’a offert mon premier rôle, c’était mon premier casting, sans lui je ne serai pas là aujourd’hui », confie-t-elle.

Le rôle de Yasmine dans Sheitan marque le début de sa carrière. Quelques séries, des téléfilms puis très vite elle obtient des rôles, de bons rôles, sur grand écran : Mauvaise foi (2006) de Roschdy Zem, L’instinct de mort (2008) de Jean-François Richet et Un prophète (2009) de Jacques Audiard, où elle tient le seul rôle féminin aux côtés de Tahar Rahim. Cette année-là, elle fait sensation sur les marches du Festival de Cannes où le film obtient le Grand prix.

Leila Bekhti est jeune, talentueuse et d’une beauté renversante. Elle devient la nouvelle coqueluche des médias, et séduit les grandes marques à commencer par L’Oréal qui en fait son égérie. D’autres en auraient perdu la tête. Pour Leila Bekhti, pas question de se laisser aveugler par le strass et le superficiel. Elle veut à tout prix rester « normale » et proche de ses piliers, sa famille et ses amis...

« C’est important pour moi qu’il n’y ait pas que le cinéma parce que ce serait très dur », souligne-t-elle. « C’est un métier très aléatoire. Là, je suis en interview pour un film et peut-être que dans deux ans, il n’y en aura plus et paradoxalement cette insécurité me sécurise. J’aime l’idée que cela peut s’arrêter parce que cette idée me fait peur et donc forcément tu gardes les pieds sur terre, c’est ce que je me souhaite. »

Pour l’instant, elle garde les pieds sur terre, avec un objectif constant : améliorer son jeu et se lancer de nouveau défis. Pour le rôle de Leila dans « La source des femmes », elle a appris l’arabe marocain, une langue qu’elle ne connaissait pas, afin de camper une jeune villageoise rebelle. Pour incarner Nadia dans Une vie meilleure de Cédric Kahn, elle a dû jouer dans un tout autre registre. « L’une de mes peurs sur ce film, ça a été ce rôle de maman parce que je ne le suis pas dans la vie et aux répétitions, j’avais tendance à en faire beaucoup trop : je l’appelais ‘mon cœur’, ‘mon amour’ toutes les dix minutes. J’avais peur de cette autorité que je n’avais pas avec un enfant… »



« J'ai envie d'être optimiste »

Au festival du Cinéma européen des Arcs - décembre 2011
Leila Bekhti, l'ascension fulgurante

‘Peur’, c’est un mot qui revient parfois dans la bouche de la jeune actrice. Malgré son César du meilleur espoir, malgré ses beaux rôles, malgré sa nomination pour le César de la meilleure actrice, Leila Bekhti n’assume pas encore tout à fait d’être comédienne. Et elle connaît toujours la peur du débutant. « Moi, je n’arrive toujours pas à me regarder, avoue-t-elle. J’espère être à la hauteur. J’ai encore plein, plein, de choses à apprendre. »

Pour l’instant, l’apprentissage continue, avec Pierre Jolivet et aux côtés de Roschdy Zem, dans Mains armées (sortie française prévue en juillet) et avec Géraldine Nakache et Hervé Mimran toujours, dans Nous York (sortie française prévue en novembre), une comédie sur l’amitié de cinq trentenaires à New York.

Pour Nous York, Leila Bekhti est allée tourner dans la ville mythique du cinéma, la ville qui ne dort jamais. Elle a découvert New York. Elle n’y était jamais allée avant... On s’apprête à lui demander si elle a aimé « The Big Apple ». Mais c’est inutile : son air de petite fille émerveillée en dit bien assez…