Terriennes

Léopold Sédar Senghor

Poète de la négritude, inspirateur de la francophonie, Léopold Sédar Senghor a inscrit les femmes au coeur de son oeuvre poétique. Femme aimée dans "Femme nue femme noire", femme dominante dans "Élégie à la Reine de Saba".

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Artisan de l'indépendance du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, ne fut pas seulement un homme politique, mais aussi un poète, élu à l'Académie française en 1983, couronnement de son oeuvre littéraire. Né en 1906 sur les rives du Sénégal, il poursuit ses études en France, s'engage en 1939 pour combattre les nazis et au sortir de la guerre rejoint les militants communistes. Député, puis ministre socialiste de la France coloniale, il s'efforce de faire aller le Sénégal vers son indépendance par des voies pacifiques. Il en devient le premier président en septembre 1960, mais ne cessera jamais d'écrire.

Elégie pour la reine de Saba

Le jour promis, l’aurore en fête embaumant frais les arbres odorants
Les hérauts d’armes, sonneries haut levées, annoncèrent sa présence à trois mille pas
Quand sous les tentes rutilantes, la précédaient soixante-dix-sept éléphants, sombres avançant d’un pas pachyderme.
Et leurs cornacs, nattes fleuries d’or rouge, tenaient leurs longues gaules balancées en poussant de brefs cris rythmiques
Puis à pieds des guerriers plus noirs, nombreux serrés, leurs peaux de léopard en bandoulière.
Suivaient les présents de Saba
Apportés par soixante jeune hommes, soixante jeunes filles, cambrées et seins debout
Qui avançaient plus souriants que les nénuphars dessus le lac des Alizés
Et neuf forgerons marteau sur l’épaule, qui enseignaient les nombres primordiaux, tous nés du rythme du tam-tam.
Et d’autres présents que je tais : leur liste serait longue.
Tels étaient les desseins de Dieu, quand fiancée tu montais sur la Colline sainte.
Je me souviens du soir de la soirée de mon festin
Quand doucement, comme un flamant prenant son vol, dans ta robe de boubou rose
Le cou frêle sous le cimier des nattes, des tresses constellées d’or blanc
Lentement tu levas ton buste, après moi avec moi à mon appel
Pour fermer l’Eventail des danses, dansant la danse du Printemps.
Froidure sécheresse hiver, adieu, la pluie répond à l’appel du printemps, et le printemps est pluie
Doucement lentement, une deux gouttes graves
Et c’est l’ébrouement qui bruit des nuages, des épaules ébranlées pour gagner
Le ventre vierge, et brise-mottes les pieds pilons battant la terre
Dans le temps que, tes lèvres ouvertes à peine, les bras nagent dans le torrent comme des lianes.