Terriennes

Les aventurières du P’tit Libé

De gauche à droite : Elsa Maudet, Cécile Bourgneuf et Emilie Coquard, trois des inventrices du P’tit Libé
De gauche à droite : Elsa Maudet, Cécile Bourgneuf et Emilie Coquard, trois des inventrices du P’tit Libé
Michèle Jacobs-Hermès

Quatre filles montent chaque mois sur un bateau en forme de losange. Celui qui dessine l’identité de Libération, un des grands titres quotidiens de la presse française. Elles ont décidé de mettre le cap vers l’info au service des enfants. Et, pour leur « P’tit Libé »,  elles ont  carte blanche. Exemple avec le numéro spécial consacré à la sécurité, ce 7 janvier 2016, un an après les attentats de Paris.

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Trois journalistes du site Internet de Libération et une illustratrice se sont mis en tête,  en octobre 2015,  de décrypter certains événements majeurs « à hauteur d’enfant » et d’expliquer la crise des migrants aux 7-12 ans.
Un petit personnage, avec un losange en guise de nombril, est né sous leur plume. Et il sert aujourd’hui de guide à des milliers de jeunes internautes et de lecteurs/trices, dont on espère qu’ils et elles continueront à  rechercher l’info, leur vie durant,  auprès de sources crédibles.

Premier bilan positif en tout cas : Le P’tit Libé constitue aujourd’hui la deuxième audience du site internet de Libération.
 
A l’automne 2015, la photo d’un petit corps échoué sur une plage, celui de Aylan, 3 ans, Kurde de Syrie qui tentait avec sa famille de gagner les rives européennes, avait fait le tour des rédactions. De nombreux jeunes ont alors posé des questions à leurs professeurs, à leurs parents. Et à Libé, existait un pôle « nouvelles écritures » opportunément ouvert aux initiatives.

Le logo du Ptit Libé, avec son personnage dont le nombril rappelle le losange emblématique de Libération
Le logo du Ptit Libé, avec son personnage dont le nombril rappelle le losange emblématique de Libération
« Nous avons lancé l’idée en l’air de dossiers en ligne pour les enfants et très vite la direction de Libération nous a suivies, nous a encouragées », commentent Cécile Bourgneuf et Elsa Maudet. Avec une troisième journaliste Sophie Gindensperger et la graphiste Emilie Coquard, elles se donnent 3 numéros mensuels pour tester la formule.  A savoir proposer des focus thématiques, à la fois en ligne, imprimables et interactifs, mais aussi, le cas échéant, encartés dans le quotidien papier.

L’actualité s’est vite imposée à ce « quartette » féminin : « après les migrants, nous avons abordé la COP 21, les attentats de Paris et les élections régionales. Très vite nous avons reçu beaucoup de réactions, de la part d’adultes et de jeunes. Nos internautes venaient de bien au-delà des abonnés et des lecteurs habituels du journal. C’est Facebook qui a d’ailleurs été la meilleure voie de recrutement »

Les dossiers sont entièrement rédigés et illustrés  par l’équipe qui s’occupe en outre de leur mise en page. Ils sont enrichis par des cartes - sans oublier  Paul Joannon s'occupe du développement du format web pour chacun des numéros. Ils bénéficient de  l’expertise des journalistes spécialisés du Libé « adultes »,  et des responsables de la photothèque. Et surtout, les initiatrices intègrent la parole des enfants : « d’emblée, par exemple,  nous avions imaginé mettre en perspective le témoignage d’un enfant par rapport à la thématique ».

L'une des fiches du dossier "sécurité, attentats, Etat d'urgence" mis en ligne le 6 janvier 2016
L'une des fiches du dossier "sécurité, attentats, Etat d'urgence" mis en ligne le 6 janvier 2016

Parité respectée

Pour les migrants, c’est une jeune Syrienne, Suyrana, 10 ans, qui raconte le départ de sa famille pour la Turquie, puis la Bretagne, où elle a appris le français et est inscrite en CE2.
Pour la COP 21, c’est une adolescente malgache, Nantenaina, 14 ans, qui s’engage dans un travail de sensibilisation des villages voisins du sien.

Nous  veillons à montrer aussi bien des filles que des garçons dans l’action

« Pour les régionales, nous donnons la parole à Gabin, qui est un élu du conseil régional des jeunes des Pays de la Loire. Il est aussi question des langues régionales, des  personnalités du crû et des spécialités culinaires. Pour notre prochain numéro consacré à la sécurité, c’est un homme adulte qui s’exprime. Et nous  veillons à montrer aussi bien des filles que des garçons dans l’action ».

Quand on est journaliste à Libé, on est très attentif aux clichés sexistes, comme le prouve la série consacrée par la Rédaction à « un mois dans la vie des femmes » : « nos jeunes lectrices doivent  se reconnaître dans nos analyses ».
Pas de filles systématiquement victimes donc, comme c’est le cas souvent dans les médias, si l’on se réfère aux rapports du Conseil Supérieur de  l’Audiovisuel notamment.

Eviter le sentiment d’anxiété, mais aussi celui d’impuissance face aux événements

« Nous avons aussi testé auprès de nos collègues qui ont des enfants les mots qui demandaient à être explicités, les questions les plus fréquentes. Pour les questions d’environnement, nous avons pu ajouter une bibliographie réalisée par une de nos collègues ».
L’équipe a aussi tenu  à parler d’initiatives constructives menées à San Francisco et ailleurs dans le monde.

« Pour évoquer les attentats, nous avons consulté deux pédopsychiatres. Notre dossier s’emploie à éviter le sentiment d’anxiété, mais aussi celui d’impuissance face aux événements. La minute de silence, l’apport d’une fleur, d’une bougie sont esquissés. »
 

Préparation du Ptit Libé du 6 janvier 2016, pour la commémoration des attentats de Paris de janvier 2015.
Préparation du Ptit Libé du 6 janvier 2016, pour la commémoration des attentats de Paris de janvier 2015.
Michèle Jacobs-Hermès


Le dossier « sécurité », mis en ligne ce 6 janvier 2016, a fait l’objet d’un maximum d’attentions, car il est très attendu en cette période de commémoration de la tuerie de Charlie Hebdo et de celle de l’hypercacher  (du 7 au 9 janvier 2015 à Paris).

D’ores et déjà l’équipe du P’tit Libé a été sollicitée par des enseignants pour intervenir dans leurs classes au moment de la « Semaine de la presse et des médias à l’école » en mars 2016. Et elle continue à être remerciée par des enfants  - « ils restent nos tout premiers lecteurs : c’est pour eux que nous écrivons et dessinons » - mais aussi par des parents et des grands-parents  qui ne savent pas toujours comment expliquer des sujets graves aux petits, dont un demi million, faut-il le rappeler, regardent chaque jour le journal télévisé, et ses images souvent insupportables, le fameux « 20 heures » en France.

Le dessin spécial dossier "sécurité et Etat d'urgence" du Ptit ibé du 6 janvier 2016
Le dessin spécial dossier "sécurité et Etat d'urgence" du Ptit ibé du 6 janvier 2016