Les Canadiennes dans les deux conflits mondiaux : grandes guerres, grandes femmes

Maxine Bredt, 96 ans, fut du Jour J et de la campagne d'Italie à l'été 1944
Maxine Bredt, 96 ans, fut du Jour J et de la campagne d'Italie à l'été 1944
Catherine François

De 1914 à 1918, puis de 1939 à 1945, tandis que les Canadiens partaient se battre au front, à l’autre bout du monde, les femmes se mobilisaient pour participer elles aussi à l’effort de guerre. C’est pour leur rendre hommage que le Musée de la guerre à Ottawa présente ces « Grandes femmes des grandes guerres ».

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Bénévoles


La préparation de colis pour les soldats sur le front, le tricotage de chandails, d’écharpes, de chaussettes, la collecte de fonds via la vente de timbres d’épargne de guerre, autant d’activités bénévoles pour soutenir les troupes que les Canadiennes ont faites durant les deux guerres.
 

Des Canadiennes de la Croix rouge préparent les colis pour les appelés partis au front.
Des Canadiennes de la Croix rouge préparent les colis pour les appelés partis au front.
DR

La vente de ces timbres, qui coûtait 25 cens, a notamment permis de récolter 318 millions de dollars canadiens à la fin de la campagne de levée de fonds.

Servir dans l’armée

"<em>Elles s'engagent pour que les hommes puissent voler</em>", proclame cette affiche pour inciter d'autres femmes à s'engager dans la Royal Candadian Air Force
"Elles s'engagent pour que les hommes puissent voler", proclame cette affiche pour inciter d'autres femmes à s'engager dans la Royal Candadian Air Force
Musée de la guerre à Ottawa


Elles ont été plus de 50 000 à servir au sein de l’armée canadienne durant les guerres de 14-18 et 39-45.

Durant la première guerre mondiale, seules les infirmières étaient recrutées, elles ont été 3000.

En revanche, pendant la guerre de 39-45, elles ont pu servir au sein des différents corps de l’armée canadienne, certaines faisaient même partie des gradés.

Il y a aussi eu des femmes photographes de guerre, conductrices de camion, sténographes, contrôleuses aériennes et musiciennes – un premier régiment de cornemuses féminin a vu le jour en 1942.


Les souvenirs de Maxine Bredt, 96 ans

Maxine Bredt  était l’une de ces Canadiennes enrôlées dans l’armée en tant qu’infirmière. Elle a débarqué en Angleterre quelques jours avant le Jour J, celui du Débarquement, le 6 juin 1944.
 

Maxine Bredt, à 96 ans, toujours aussi énergique et souriante
Maxine Bredt, à 96 ans, toujours aussi énergique et souriante
Catherine François

Puis elle a été emmenée en Italie, en juillet de la même année, pour soigner les soldats canadiens qui participaient à la campagne de libération de l’Italie.

"Ce fut de féroces combats et des milliers de Canadiens y ont perdu la vie". se souvient encore Maxine, qui vient de fêter ses 96 ans, travaillait dans un hôpital de guerre au département de chirurgie.

Les amputations, les grands brûlés, elle n’a depuis jamais oublié tous ces blessés qu’elle a soignés et tout ce qu’elle a vécu en Angleterre et en Italie. Très impliquée auprès des Anciens Combattants, Maxine a pu assister ce mercredi 11 novembre 2015, aux cérémonies du Jour du Souvenir à Ottawa.


Le travail et l’émancipation

Pendant que des femmes s’enrôlaient dans l’armée et partaient pour l’Europe, celles qui restaient au pays se sont mises au travail… Le travail dans les champs et dans les fermes bien sûr mais surtout dans des usines liées à l’effort de guerre et ce, durant les deux conflits. Pendant la Seconde guerre mondiale, elles ont été plus de 300 000 à travailler dans des compagnies qui étaient liées à l’effort de guerre : fabrication de munitions, d’avions de chasse, de fusils… En Ontario, l’usine de la « Canadian Car and Foundry » de Fort William comptait 40% de femmes parmi son personnel. Elsie Gregory MacGill y était ingénieure aéronautique en chef, elle supervisait la construction d’avions.

Canadiennes au travail dans des usines de munitions durant la Seconde guerre mondiale. En remplaçant les hommes dans ces métiers masculins, elles prirent sans s'en douter le chemin de l'émancipation...
Canadiennes au travail dans des usines de munitions durant la Seconde guerre mondiale. En remplaçant les hommes dans ces métiers masculins, elles prirent sans s'en douter le chemin de l'émancipation...
DR


La quasi-totalité de ces femmes ont été licenciées à la fin de la guerre, il fallait redonner du travail aux hommes qui revenaient du conflit. Mais le changement qui venait de s’amorcer était sans retour, les femmes venaient de mettre le pied sur le marché du travail, et elles allaient y retourner dans les décennies qui ont suivi. Steven Quick, le directeur du musée canadien de la guerre explique que "cela leur donnait l'occasion de grandir, de sortir de la maison, et ainsi de prendre un rôle stratégique dans la société. Les femmes furent changées par la guerre pour toujours."

L’attente

L’exposition présente également des documents qui témoignent de l’attente et des pertes qu’ont vécues ces mères, sœurs, épouses. Lettres, télégrammes annonçant les décès, photos, autant de témoignages poignants pour illustrer l’horrible réalité de la guerre. Plus de 115 000 Canadiens ont perdu la vie dans ces deux conflits. Des histoires tragiques, comme celle de Minnie Jarvis Smith… elle devait épouser le lieutenant Evan James après la guerre… il lui a envoyé un morceau de dentelle en provenance d’Europe, elle a appris un mois plus tard qu’il était mort au combat. Elle a gardé ce morceau de dentelle pendant 62 ans dans une enveloppe…

Carnet d'une Canadienne dans l'attente du retour de son mari parti au front durant la Seconde guerre mondiale
Carnet d'une Canadienne dans l'attente du retour de son mari parti au front durant la Seconde guerre mondiale
Catherine François


Ces deux grandes guerres ont enclenché un processus qui a été irréversible et qui a provoqué l’un des plus importants changements dans nos sociétés : la femme au travail. Cette exposition rend hommage à ces héroïnes de l’ombre, toutes ces Canadiennes qui ont contribué, de près ou de loin, à l’effort de guerre de leur pays.

A revoir, en images, le reportage de Catherine François sur les Canadiennes dans la guerre au musée de la Guerre d'Ottawa

Grandes guerres, grandes femmes, les Canadiennes dans la guerre