Les droits des femmes, oubliés de la présidentielle 2017 ?

Affiche de la soirée débat du 31 mars 2017 sur les droits des femmes dans la présidentielle française 2017.
Affiche de la soirée débat du 31 mars 2017 sur les droits des femmes dans la présidentielle française 2017.
© Bintou Diarra

Au cours d'une soirée débat du 31 mars 2017, plusieurs associations féministes, organisées en collectif ont passé au crible les propositions des 11 candidats à l’élection présidentielle en France. Une tribune pour dénoncer la menace de l’extrême droite. Et, énumérer leurs revendications en faveur des droits des femmes, singulièrement absentes de la campagne.

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Le manifeste avait été préparé pour la soirée débat du 31 mars 2017, à Paris :« Nous, associations féministes, nous ne souhaitons pas interpeller les candidat (e)s individuellement : nous ne voulons plus de promesse non tenue ! L’Etat ne prévoit de consacrer que 0,0066% de son budget total pour nos droits, nous voulons des actes et des moyens financiers pour enfin faire avancer l’égalité. »
Suzy Rojtman porte parole du Collectif des droits des femmes rappelle que 

ne sont "ni une minorité, ni une catégorie, mais 52% de la population française". 

ITV Suzy Rotjman
© Bintou Diarra
Réunies en un collectif, des associations féministes avait décidé, comme en 2012, de présenter ses revendications en faveur des droits des femmes et de décrypter les programmes des 11 candidats à l’élection présidentielle française : 9 hommes et 2 femmes.

Un féminisme de façade chez les candidat-es

Les deux seules femmes en lice dans la course à la magistrature suprême sont Marine Le Pen, et Nathalie Arthaud. Deux leaders des extrêmes.

Salaires et foulard islamique dans la ligne de mire de Nathalie Arthaud

Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière ( parti de l'extrême gauche), dénonce « l’oppression des femmes » et se dit « fière d’appartenir à la première organisation politique qui ait présenté une femme à l’élection présidentielle de 1974, Arlette Laguillier. » Pour Nathalie Arthaud « le patronat sous paie les femmes, car il s’appuie sur toutes les inégalités pour tirer les salaires vers le bas et diviser le monde du travail. Les travailleuses ont un rôle essentiel dans le combat de leur classe contre le capitalisme. »  Lutte ouvrière s’oppose « à ceux qui remettent en cause l’interruption volontaire de grossesse (IVG), et aussi aux pressions faites aux femmes pour le port du voile.» Le combat des droits des femmes s’inscrit dans un projet plus global de lutte contre le libéralisme. Selon les sondages, Lutte Ouvrière peine à séduire les électeurs. Nathalie Arthaud serait créditée de moins d’1% d’intentions de votes.

Chez Marine Le Pen, 144 propositions et seulement deux fois le mot femme

Marine Le Pen, leader d’extrême droite s’appuie sur un socle d’électeurs bien plus grand.  La présidente du Front National est donnée en tête au premier tour de l’élection présidentielle française. Elle s’inscrit dans la lignée des femmes populistes élues dans plusieurs pays européens. La fille de Jean-Marie Le Pen, se présente « comme une défenseure des droits des femmes». Pour autant, son programme reste décrié par les associations féministes qui luttent sur le terrain. Les organisations non gouvernementales dénoncent également le « féminisme de façade » de Marine Le Pen.

Le féminisme d’un candidat se mesure avant tout grâce à ses propositions politiques
Caroline de Haas, "Osez le féminisme"

Le programme du Front National à beau s’étaler en 144 propositions sur 24 page, le mot « femme » n’est cité que deux fois. La candidate du FN, se concentre sur deux propositions en matière de droits des femmes.

La première : « l’oppression des femmes liée à l’Islam ».  Pour Marine Le Pen, le principal problème des femmes en France serait « l’islamisme ». En visite officielle au Liban le 21 février 2017, elle avait refusé de porter le voile pour rencontrer le grand Mufti.

La candidate d’extrême droite entend lutter contre « le recul des droits des femmes, lié au fondamentalisme religieux. » Le 22 février 2017, Caroline Haas, co-fondatrice d’Osez-le féminisme, martèle dans les InRock : « le féminisme d’un candidat se mesure avant tout grâce à ses propositions politiques, et en aucun cas à ses coups de communication. Marine Le Pen propose de ne pas augmenter le Smic et de ne pas réduire le temps de travail. Deux conditions sine qua none de l’égalité entre hommes et femmes. »
 
La deuxième proposition formule la mise en place d’un « plan national pour l’égalité salariale femmes/ hommes et {la lutte} contre la précarité professionnelle et sociale. » Sans toutefois détailler les mesures.

Rien n’est fait au FN pour les droits des femmes

« Le salaire maternel ne figure plus dans le programme du FN, il a été lissé.» selon Marie-Alibert porte-parole d’Osez-le féminisme. Les femmes auraient bénéficié de 80% du smic pendant trois ans pour abandonner leur travail. Raphaëlle Rémy LeLeu, porte-parole d’Osez-le féminisme, décrit cette ancienne mesure comme « mal pensée, et très critiquable sur le fond. » selon elle : « rien n’est fait au FN pour le droit des femmes, au contraire, ils nous mettent des bâtons dans les roues. » Pour preuve, la proposition d’amendement au budget régional 2017 du conseiller régional FN d’Ile-de-France Wallerand de Saint-Just de couper les subventions allouées au centre Hubertine-Auclert,  lieu irremplaçable de ressources sur l’égalité hommes-femmes.  Le trésorier du FN a qualifié le lieu « de repaire d’associations hautement politisées comme Osez- le féminisme !» Pour les associations féministes, cela prouve que la ligne du FN n’a pas changé, "Wallerand​ de Saint-Just a ouvertement déclaré combattre l'égalité hommes/femmes".

Attirer l’électorat féminin, et alimenter son fond de commerce raciste
Suzy Rojtman, "Collectif des droits des femmes"

Les propos du trésorier du FN, vont à l’encontre des efforts de Marine Le Pen dans sa course à la dédiabolisation. Marine Le Pen n’hésite pas à rompre avec la position historique de son parti : la lutte active contre l’IVG ou le mariage pour tous. Pourtant, Marion Maréchal-Le Pen, députée FN du Vaucluse continue à réitérer son opposition de principe à l’avortement. La nièce de Marine Le Pen s'insurge contre « une forme de banalisation de l'acte. » Une position en contradiction avec la ligne affichée par le parti sur le sujet. Existe-t-il une dichotomie entre les propos médiatiques du parti et leurs positions à l’intérieur du mouvement ?  

Pour Suzy Rotzman, porte-parole du Collectif National pour les Droits des Femmes, pas de doute : « nous voulons dévoiler les impostures du FN. Marine Le Pen reprend régulièrement des thématiques féministes : précarité des femmes, ou la violence à l’encontre des femmes. Ceci, pour mieux attirer l’électorat féminin, et alimenter son fond de commerce raciste. La présidente du FN laisse entendre que seuls les immigrés sont coupables de violences. C’est une très grave menace pour les droits des femmes. »

Onze candidats, dont deux femmes seulement. De haut en bas et de gauche à droite, par ordre alphabétique : Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon, Benoît Hamon, Jean Lassalle, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou
Onze candidats, dont deux femmes seulement. De haut en bas et de gauche à droite, par ordre alphabétique : Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon, Benoît Hamon, Jean Lassalle, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou

Quelles sont les propositions des 9 candidats hommes pour faire avancer le droit des femmes ?

À Droite

François Fillon, candidat de Les Républicains, et Nicolas Dupont Aignan président de Debout La France consacre un chapitre complet aux droits des femmes. Jacques Cheminade, à l’inverse, n’attribue pas de place particulière à ce sujet dans son programme. Idem pour François Asselineau. Le président de l’Union Populaire Républicaine, porte le projet du « Frexit » pour la France. Sortir son pays de l’Union Européenne.   

Au Centre

Jean Lasalle également ne dispose pas de propositions particulières pour défendre les droits des femmes. « Le berger » axe son programme entre autres sur : « la libéralisation de l’oppression financière », et suggère de rendre le pouvoir « à l’institution locale la plus démocratique, la commune ».  

Emmanuel Macron, le Leader d’En Marche, renouvelle sans cesse son attachement à la cause féministe dans ses déclarations. Et il assure qu'il nommera une femme au poste de Premier ministre s’il est élu, même si ses propositions en matière de droits des femmes restent classiques.

À gauche

Benoit Hamon, le candidat du parti socialiste et des écologistes, insiste sur son engagement en faveur des droits des femmes dans son programme intitulé "faire battre le cœur de la France". Le 19 mars 2017, au cours de son meeting de Bercy, il a déclaré : « Je dis à la petite fille, à la jeune femme qui m’écoute dans cette salle, ou sur un écran loin de nous : j’ai hâte que tu sois ici à la place que j’occupe. Parce que je serai un président féministe. »

Jean-Luc Mélenchon, définit dans l'Avenir en commun ( le nom de son programme) l’égalité homme-femme comme un sujet non pas « moral » mais « social ».

Philippe Poutou, « candidat ouvrier » du Nouveau Parti Capitaliste, se présente, comme Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Arthaud, et Marine Le Pen pour la seconde fois en 2017 au scrutin présidentiel. Il réaffirme sa lutte contre le libéralisme dans son programme :  Nos vies pas leurs profits.  

Notre corps nous appartient, mais pas tout à fait de la même façon pour les un-es et les autres...

À droite

« Personne ne reviendra sur la loi Veil » insiste le conservateur chrétien, François Fillon. Toutefois, le 23 mars 2017, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Famille Chrétienne, le candidat soutenu par le mouvement Famille pour Tous et Sens Commun promet « d’abroger » la loi sur le délit d’entrave numérique à l’IVG. Le texte étend le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) aux sites Internet. Le gouvernement soupçonne ces sites de fournir des informations et conseils biaisés sur L’IVG.
Le leader Les Républicains veut réintroduire la liberté dans le recours au congé parental.

Nicolas Dupont-Aignan inscrit la prévention dans son « combat pour les femmes », l’intitulé de son chapitre sur les droits des femmes. Il préconise de « favoriser les campagnes d’information, sur la contraception, réalisées par le Planning Familial y compris auprès des jeunes des lycées. »
Le président de Debout la France s’appliquera « à infléchir la politique de santé publique afin que l’offre spécifique aux femmes (gynécologie, maternité, accès à l’IVG, fréquence des tests de dépistage et de contrôle …) soit correctement assurée.»
Sa mesure la plus médiatisée consiste à :« libérer » les femmes des « prisons textiles » dans les universités, les hôpitaux, et les entreprises par le bannissement de tous signes d’appartenance religieuse dans ces lieux comme cela a été fait à l’école.
Autre mesure de ce gaulliste « un droit à la formation suite à un congé maternité ou congé parental pour faciliter les évolutions professionnelles. »   
 
Jacques Cheminade, se préoccupe, lui, « des femmes cherchant un emploi après une maternité. » et leur propose une formation sans plus de détail. Il se présente pour la troisième fois à l'élection présidentielle en France.

Au Centre

Emmanuel Macron réaffirme dans son programme le droit à l’IVG, et la création d’un congé maternité unique. Les indépendantes et les non-salariées bénéficieraient du même nombre de jours que les salariées pour leurs deux premiers enfants.  

A gauche, inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution

Benoit Hamon défend l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes seules et aux couples d’homosexuelles. Le candidat socialiste souhaite également rouvrir des centres de planning familial sur tout le territoire.

Jean-Luc Mélenchon, soutien également la PMA pour les couples de femmes. Il souhaite inscrire le droit à l’IVG, et à la contraception dans la Constitution pour le protéger définitivement.  
En cas de victoire, le candidat de "la France insoumise" favorisera les congés parentaux de durée identique.

Philippe Poutou veut multiplier « les campagnes d’information non biaisées sur l’IVG, l’ouverture de centres IVG à hauteur des besoins sur tout le territoire. » Il entend d’ailleurs rendre « gratuits et accessibles » la contraception et l’avortement. Et, souhaite aussi allonger le délai légal pour une IVG à 24 semaines (au lieu de 12 aujourd'hui).
 

Le collectif féministe note qu’aucun(e) candidat(e) ne parle du remboursement à 100% de l’IVG pour les migrantes.

En finir avec les violences contre les femmes

A droite

François Fillon veut développer les hébergements d’urgence pour les femmes victimes de violences. Sans le chiffrer même si son état des lieux sur la question s’avère très détaillé. Sur la photographie illustrant l'onglet du droit des femmes, François Fillon est entouré d'une dizaine de femmes. Une image à l'inverse de celle de sa première équipe. Une seule femme apparaissait sur la photo.

Nicolas Dupont Aignan souhaite la mise en place de peines planchers d’une implacable sévérité pour les auteurs de violences conjugales faites aux femmes.

Au centre

Emmanuel Macron, le plus jeune des candidats, généralisera, s’il est élu, le téléphone d’alerte pour secourir plus rapidement les victimes de violences.

À Gauche

Benoit Hamon propose d’augmenter la capacité des hébergements d’urgence de 4500 places. Il souhaite aussi réduire les délais de jugement dans les affaires de violences en France. Et faire passer de 10 à 20 ans le délai de prescription pour ces crimes. (La loi a déjà été votée en janvier 2017.)

Jean-Luc Mélenchon, s’il est élu à la magistrature suprême, fera voter une loi-cadre en lien avec les associations féministes. Une mesure défendue par celles-ci.

Laïcité, parité et égalité salariale

À droite

François Fillon dit vouloir interdire les prêches religieux musulmans portant une grave atteinte au principe d’égalité homme/femme.

Nicolas Dupont-Aignan souhaite créer un label F-h permettant un allégement de cotisations pour les entreprises respectant l’égalité salariale.

Au centre

Emmanuel Macron estime qu’« aujourd’hui le combat est culturel. Il concerne tous les domaines de l’existence (la vie à la maison, dans la rue au travail), tous les milieux et toutes les générations. » Le candidat d'"En marche" souhaite appliquer la parité pour les postes de direction des institutions culturelles et explique : « Les femmes représentent plus de la moitié des étudiants en spectacle vivant, mais 12% des directeurs de théâtres nationaux. La parité doit devenir la règle » pour les cinq théâtres nationaux.

À gauche

Benoit Hamon suggère la création d’un service public à la petite enfance. Ainsi, les femmes pourraient faire garder leurs enfants en horaires décalés.
Benoit Hamon entend également doubler le budget du ministère des Droits des femmes. La création d'un ministère de plein exercice fait partie des revendications des associations féministes.
En cas de victoire, Il rendra public les noms des entreprises qui ne respecteront pas l’égalité salariale.

Jean-Luc Mélenchon souhaite revaloriser les métiers occupés en majorité par des femmes grâce à des grilles de salaires. Il pousserait les sociétés à adopter un accord d’entreprise sur l’égalité homme-femme. Son moyen de pression : interdire l’accès aux marchés publics aux entreprises non signataires.
Jean-Luc Mélenchon veut mettre fin au quotient conjugal. De son point de vue, ce quotient favoriserait les inégalités salariales entre les femmes et les hommes. Le candidat d’extrême gauche accorderait tout de même un droit d’option aux couples qui souhaitent le conserver. L'égalité salariale aurait en outre un autre effet, ainsi qu'il l'a énoncé lors du premier débat, le 20 mars 2017 : "Si vous mettez toutes les femmes qui aujourd'hui cotisent au niveau du salaire des hommes, eh bien, vous pouvez financer, euro pour euro, la retraite à 60 ans avec 40 annuités. Voilà la solution."

La précarité, le temps partiel imposé, qui en parle ?

« Pour l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes tous les candidats, à des niveaux différents, ont pris conscience qu’il y avait un sujet. On retrouve beaucoup de constats dans les programmes des candidats, couverts de vernis féministe. Malheureusement peu de propositions concrètes », décrypte Marie Alibert porte-parole d’Osez-le féminisme.

Lors de la soirée débat du 31 mars 2017, le collectif féministe, ne pointe pas le manque de propositions des candidats. Mais,  sanctionne l’absence de lien direct dans les programmes entre « précarité » et  droit des femmes par exemple. « Les femmes représentent les premières victimes de la précarité. » ajoute Suzy Rojtman porte-parole du Collectif National des droits des femmes.
Avant de conclure : « On n'apparaît pas dans cette campagne. »