Les féministes se retrouvent pour la présidentielle de 2012

En France, une quarantaine d'associations féministes ont décidé d'organiser deux jours de débat, les 2 et 3 juillet 2011. Objectif : interpeller les responsables politiques et faire de l'égalité homme-femme un thème fort de la campagne  présidentielle de 2012.

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Dans l'amphithéâtre central de l'université d'Evry, en banlieue parisienne, les mains se lèvent et le micro tourne : « je suis une vielle féministe et je voudrais parler du poids de la hiérarchie dans la société capitaliste » ; « étudiante en sociologie, féministe isolée, je m'intéresse à la question des retraites » ; « je suis un homme, socialiste et naturellement féministe ».

Les interventions s'enchaînent, provoquant sifflements ou applaudissements. Le débat est vif et riche. Plus de 600 personnes sont au rendez-vous des rencontres féministes de France.

L'objectif est avant tout politique  : « Faire que le sujet des inégalités entre les hommes et les femmes deviennent une priorité de la campagne présidentielle de 2012, explique Thalia Breton, porte-parole d'Osez le féminisme. Nous voulons interpeller les futurs candidats et faire en sorte qu'ils s’approprient nos revendications. » Pour Séverine Lemière, présidente de l'association Fit - une femme, un toit,  « il est temps de mettre fin au paradoxe énorme qui existe entre les discours et les actes politiques. En 2010, les violences faites aux femmes ont été déclarées grande cause nationale et en 2011 le budget de mon association a été réduit de 6 % alors que depuis 40 ans nous accueillons dans notre centre d'hébergement des jeunes femmes qui se retrouvent dans la rue après avoir fui un mariage forcé ou subi des violences conjugales. Nous avons dû réduire de 20% les aides qui nous leur donnons directement pour qu'elles puissent manger, se vêtir et retrouver du travail. C'est hallucinant »

PARCOURS DE MILITANT(E)S

Alors pendant deux jours, samedi 2 et dimanche 3 juillet, c'est du costaud. Pas de longues conférences menées par des experts. Mais trente ateliers privilégiant la prise de paroles et l'échange d'expériences. Les thèmes sont variés et pointus : « autonomie des femmes et service public » ; « les assistants sexuels : progrès ou régression ? » ; « Queers (altersexuels) and Gender Fuckers (refus des genres) : quelles pistes pour le féminisme ? »…

Parmi les participants, beaucoup de jeunes entre 20 et 30 ans. Des femmes essentiellement. « Je trouve ça génial, se réjouit Marion, étudiante de 23 ans qui avant d'être membre d'Osez le féminisme a milité au Planning familial. Il était temps que les féministes dépassent leurs divergences et se rassemblent. Je suis tombée dans le féminisme quand j’ai eu 16 ans, en aidant une de mes amies qui était victime de violences conjugales. J'ai eu aussi un choc quand j'ai lu "Dans l'enfer des Tournantes" de Samira Bellil. Cela a été pour moi une réelle prise de conscience. J'ai voulu savoir comment on a pu en arriver là, à un tel traitement des femmes...»

Dans les couloirs, d'une salle à l'autre, des chignons blancs se baladent également. À 80 ans, Evelyne a eu le courage de faire le déplacement. « Même à mon âge, je reste militante. Il faut transmettre nos expériences. Dans les années 70, on découvrait la parole, on parlait surtout de nous, de ce que l'on vivait au quotidien. Nos sujets préférés étaient la sexualité, le plaisir sexuel, nos maris... Des sujets qui avaient été longtemps tabous.»

« L'EFFET DSK »

Et  dans la foule de femmes, quelques hommes. Comme Benoît 35 ans, membre du Parti communiste français qui avoue être venu pour accompagner son amie. « Je ne me considère pas féministe parce que je ne partage pas la même expérience. Je ne me fais pas siffler dans la rue, je ne subis pas des regards déplacés, mais je comprends le discours des féministes. Je suis un allié. » Romain, 24 ans, assume, lui, pleinement son engagement : « Je ne suis pas noir mais pleinement anti-raciste. Pour le féminisme, c'est pareil. Et en tant qu'homme je trouve ça fatiguant de devoir parfois jouer la sur-virilité.»

Un militantisme qui a été quelque peu relancé par l'affaire DSK. Le 22 mai dernier, à l'appel d'Osez le féminisme, de La Barbe et de Paroles de femmes, des centaines de personnes s'étaient rassemblées à Paris pour dénoncer les propos graveleux et misogynes qui s'étaient multipliés dans la classe politique et dans les médias après l'arrestation  à New York du potentiel candidat socialiste à l'élection présidentielle, Dominique Strass-Kahn. « On a enregistré mille nouvelles demandes, non pas d'adhésion mais de militantisme, pendant ce mois », précise Caroline de Haas d'Osez le féminisme.

Aujourd'hui, sur décision du procureur de Manhattan, l'ancien directeur du Fonds monétaire international a retrouvé une liberté de mouvement tout en restant inculpé . La crédibilité de la plaignante a été remise en cause par des révélations du New York Times. « Qu'importe la tournure que prend cette affaire, réplique, virulente, Caroline de Haas. Jamais dans un seul de nos tracts, nous avons remis en cause la présomption d'innocence de DSK. Nous avons réagi par rapport au sexisme que cette histoire a généré en France. Il fallait le faire. On a répondu à une réelle attente.»