Les femmes berbères du Maroc au coeur d'une exposition à Paris

L'une des salles de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent où sont exposés des parures, des tapisseries, des tissus, des poteries. Tous produits par des femmes berbères au Maroc. ©Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / photo : Luc Castel
L'une des salles de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent où sont exposés des parures, des tapisseries, des tissus, des poteries. Tous produits par des femmes berbères au Maroc. ©Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / photo : Luc Castel

La Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent consacre une exposition aux Femmes berbères du Maroc, qui se tient à Paris jusqu'au 20 juillet 2014. A travers la richesse de leurs productions, cet événement met en lumière les nombreuses responsabilités endossées par ces femmes.

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Le bijou est lourd. De la tête au bassin, une parure en argent, toute en détails et motifs fins et délicats ornés de pierres d'ambre ou de corail, est portée par-dessus d'amples vêtements blancs, serrés à la taille par une ceinture brodée aux couleurs vives. Le lacet retombe le long des jambes. Plusieurs de ces silhouettes de femmes flottent dans une salle sombre au plafond étoilé. Elles sont mises en lumière aux côtés de tissus, de broderies, de bijoux, de poteries, de tapis, de chaussures, de ceintures. Tous produits par les femmes berbères au Maroc.

La Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent braque les projecteurs sur les productions des Femmes berbères du Maroc, nom donné à l'exposition qui se tient actuellement jusqu'au 20 juillet 2014 à Paris. Les objets exposés proviennent de collections privées, du musée du Quai Branly, mais surtout du Musée Majorelle à Marrakech (Maroc) ouvert par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. Un lieu dédié à la culture berbère. Les femmes de ce peuple montagnard ont particulièrement inspiré le couturier français Yves Saint-Laurent, natif d'Algérie, une autre terre berbère.

De lourdes responsabilités

Les objets présentés viennent des régions montagneuses du Maroc, allant du Rif (au Nord) à l'anti-Atlas (au Sud), majoritairement peuplées de Berbères qui représentaient près de 38% des habitants du pays en 2008. Une population autochtone d'Afrique du Nord, qui s'organise autour d'un système de tribus (regroupement de plusieurs familles) et dotée d'une culture particulière : une langue (l'amazigh), des coutumes, des croyances, mais aussi un goût pour l'apparat, très prononcé chez les femmes. Fabriqués par elles, ces divers objets matérialisent le rôle des femmes dans la tribu : elles endossent de nombreuses responsabilités dont dépend leur famille.

La fabrication des bijoux en est un exemple. Créés par des hommes, ils sont essentiellement assemblés par les femmes, pour être portés lors de grands événements (mariages, fêtes, rites de passage). Avec ces bijoux, elles incarnent l'image de leur clan, selon Bjöern Dahlström, commissaire de l'exposition : "La femme représente la richesse de la famille. Elle arbore ces parures pour mieux signifier son appartenance sociale et son appartenance à la tribu. Si on compare l'apparat des femmes et des hommes, celui de la femme est le plus spectaculaire. Il y a une accumulation de bijoux : port de ces colliers, de ces parures de tête qui sont tout à fait extraordinaires. Chez les hommes, ça se limite à un beau poignard ou une belle djellaba."

Elles ont aussi des responsabilités sociales, voire économiques, coutumières des sociétés paysannes au Maghreb et au Moyen-Orient : l'organisation de la famille, l'éducation des enfants ou la bonne récolte dans les champs pour la tribu. Selon Meriem Rodary, spécialiste du travail des femmes au Maroc, "les femmes participaient à une économie familiale, voire à la survie du groupe", analyse-t-elle dans son étude sur Le travail des femmes dans le Maroc pré-colonial, entre oppression et résistance publié dans Études africaines en 2007.

L'exposition “Femmes berbères du Maroc“ en images



Construction et survie culturelle

Cette contribution à la survie du groupe s'exprime surtout dans le maintien de la culture berbère à travers les siècles. "Ce sont les femmes qui, depuis des millénaires, assurent la transmission de l'identité berbère à travers l'apprentissage de la langue auprès des enfants, mais également à travers la transmission matérielle d'objets dont elles détiennent le savoir-faire exclusif. Je pense en particulier au tissage. Tout cela a assuré la transmission de cette identité dans chaque région et dans chaque tribu du Maroc", explique le commissaire de cette exposition, dont on remarque qu'elle souligne surtout cet aspect culturel de la contribution des femmes berbères dans la survie du groupe.

Mais participent-elles aussi à la vie politique ? Si oui, laquelle ? Selon l'étude de Meriem Rodary, le pouvoir au sein des tribus est généralement l'apanage des hommes. Dans l'Histoire du Maroc, seule une femme berbère originaire du Sud semble s'être distinguée : Tin Hinan (IV°s.-V°s.) considérée comme la reine originelle des Touaregs, autre peuple berbère. Donc peu de place politique pour elles, du moins au Maroc. En Algérie, plusieurs femmes berbères, en revanche, ont joué des rôles politiques telles la guerrière Kahina au VII°s. ou plus récemment Lalla Fatma N'Soumer, qui a lutté contre la conquête de la Kabylie par la France dans les années 1850.

Au Maroc, les femmes n'ont pas partagé cet engagement politique. Toutefois, leur implication dans la préservation de leur culture a abouti récemment à une reconnaissance juridique et politique des Berbères au Maroc. En 2011, le roi Mohammed VI, qui soutient officiellement l'exposition à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent, a inscrit dans la nouvelle Constitution marocaine, l'amazigh comme "langue officielle de l’État, en tant que patrimoine commun de tous les Marocains, sans exception".

Ce sont elles, qui assurent, depuis des millénaires, la transmission de l'identité berbère“


“Aujourd'hui, elles continuent de transmettre la langue dans le milieu urbain“


La femme représente la richesse du clan et de la famille“