Terriennes

Les femmes et la 1ère guerre mondiale : Germaine Sommier, Vaux le Vicomte, hôpital militaire n° 23

Germaine Sommier, entourée de son équipe médicale, sur les marches de l'escalier qui mènent au château de Vaux le Vicomte, transformé en hôpital, durant la Première guerre mondiale
Germaine Sommier, entourée de son équipe médicale, sur les marches de l'escalier qui mènent au château de Vaux le Vicomte, transformé en hôpital, durant la Première guerre mondiale
Musée de Vaux le Vicomte

A 50 kms au Sud de Paris, le château de Vaux le Vicomte, célèbre pour ses jardins à la française, rend hommage aux femmes qui ont fait son histoire, en particulier durant la première guerre mondiale.

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Germaine Casimir-Perier, épouse d’Edme Sommier, « Tante Germaine » pour les actuels propriétaires du château, les frères de Vogüé, avait probablement le patriotisme chevillé au corps. Cette fille d’un Président de la République française (Jean Casimir-Perier, il présida la république pendant 6 mois et 20 jours, de juin 1894 à janvier 1896, ndlr) , dont le mari était au front, décida de répondre à la sollicitation du Service de santé de l’armée, lancée à travers la France, et de transformer une partie du château en hôpital militaire.

Elle entreprit aussitôt des études d’infirmière, rassembla une équipe chirurgicale, fit installer un équipement complet de radiologie et un laboratoire de bactériologie et accueillit le jeune chirurgien Edouard Antoine qui avait mis au point la « méthode de la suspension » pour réduire les fractures des grands blessés. Elle fait installer dans les dépendances du château des salles d’opération et de repos ainsi que des chambres ou dortoirs pour les blessés. L’arrivée des troupes allemandes dans la Marne retarde l’ouverture de l’hôpital et les premiers blessés sont accueillis au château à partir du 7 octobre 1914. Plus de 1100 soldats furent accueillis au château et les visites de Clémenceau, de Foch, de Weygand soulignèrent les excellents résultats obtenus ici.

Ce passé revit dans les salle du château de Vaux le Vicomte du 17 octobre au 1er novembre 2015 avec une exposition qui retrace les avancées médicales obtenues à l’initiative de Germaine Casimir-Perier, qui avait fait de son château l’hôpital militaire n°23.

Une initiative bienvenue pour les amateurs de patrimoine et d’histoire, qui associent le château de Vaux le Vicomte, à 50 minutes au Sud  de Paris, à un palmarès de figures masculines plus célèbres les unes que les autres.

Personnalités vives et réactives

La duchesse de Praslin sauva le château de Vaux le Vicomte durant la révolution française
La duchesse de Praslin sauva le château de Vaux le Vicomte durant la révolution française
Vaux le Vicomte

D'autres femmes parcourent la rocambolesque aventure de Vaux le Vicomte au fil des siècles, même si Nicolas Fouquet, dont on célèbre en 2015 le 400ème anniversaire de la naissance, est la figure de proue de ces lieux. Le charisme du surintendant de Louis le Grand, sa faculté à réunir et faire émerger des artistes de premier plan  (l’architecte Louis le Vau et le paysagiste André Le Nôtre qui y inventa les jardins à la française, le peintre-décorateur  Charles Le Brun, le pâtissier Vatel, les écrivains Jean de La Fontaine et Molière), sa capacité à enrichir les caisses royales tout en prélevant de quoi assouvir son appétit du luxe transpirent à chaque pas. Il en est de même du procès qui lui fut intenté à l’instigation de Colbert et qui le conduisit en prison et en exil. La lecture de « Fouquet ou le Soleil offusqué » de Paul Morand est éclairante et passionnante sur le sujet et plus généralement sur celui des intrigues de la Cour de Louis XIV.

Les femmes ont aussi joué un rôle majeur à Vaux le Vicomte, soit pour sauver les lieux de la destruction, soit pour les mettre au service de la Patrie et surtout de sa population. Ainsi des « grandes inspiratrices » de l’âme des lieux, qui figurent partout dans la plus belle pièce, la chambre de Fouquet, baptisée « chambre des muses ». La visite permet aussi de découvrir les personnalités de Mme Fouquet, puis de la duchesse de Villars : l’esprit vif de la duchesse, comme on disait à l’époque, et son érudition firent de Voltaire un visiteur assidu du château. Le rôle de la Duchesse de Praslin fut, lui, décisif puisque par son esprit républicain et ses initiatives, elle évita saccage et démolition en 1793.

Les frères de Vogüé administrent aujourd'hui le château de Vaux le Vicomte
Les frères de Vogüé administrent aujourd'hui le château de Vaux le Vicomte
(C) Giles Gardner, Musée de Vaux le Vicomte

Vivre avec l'histoire

14-18 pour la Toussaint, le Palais du chocolat avec des artisans de premier plan  en novembre, les soirées aux chandelles, les 20 kilomètres de Vaux en février 2016  sont quelques-unes des activités proposées par la 5ème génération de propriétaires, la famille de Vogüé, dont le principal objectif est de préserver et de restaurer la propriété, de la partager avec le public, de la faire vivre en harmonie avec toute son histoire, de la transmettre.
Alexandre et ses deux frères sont désormais les garants de la bonne gestion du château et savent que l’équilibre économique en est fragile. « Nous recevons 300 000 visiteurs par an. La barre des 400 000 nous permettrait d’être plus sereins. C’est cet objectif qui nous pousse à multiplier des opérations thématiques. »
Alexandre de Vogüé, directeur de la communication, est aussi en charge du mécénat au château.  Une nécessité absolue si on a en tête que les subventions du Ministère de la Culture au titre du patrimoine historique ne représentent que 3% du budget de fonctionnement du château, soit 9 million d’euros annuels. « Depuis Jack Lang, l’intérêt de la France pour son patrimoine a tendance à diminuer » regrette notre interlocuteur, « alors que nous sommes créateurs d’emplois non délocalisables et participons de l’attractivité de notre pays, particulièrement mise en avant par notre ministre des affaires étrangères ».

Le projet de restauration de Vaux le Vicomte pour la période 2013-2023 s’élève à 13 millions d’euros et concerne  principalement les jardins (33 hectares) et le château, mais aussi le volet pédagogique des visites. 
Au titre du mécénat, une opération originale est en cours avec pour objectif la restauration des statues qui  parsèment les lieux, à commencer par les étonnantes cariatides de l’entrée.  "Nous avons accueilli ici en résidence un photographe allemand, Jorg Bräuer, qui a  revisité nos statues avec un talent renversant en jouant sur la matière, les saisons, les environnements et qui a initié une remarquable série intitulée 'Conversation en silence', visible dans une de nos annexes. Et nous avons finalement relié cette aventure à notre recherche de mécènes. 70% de nos statues ont trouvé des donateurs  qui se sont « appropriés » les œuvres symbolisant la Patience, l’Amour, la Force, la Vigilance…"