Les femmes qui travaillent ne font pas des enfants obèses. Ouf !

La France a initié en 2004 le programme “Ensemble prévenons l'obésité des enfants“ - AFP
La France a initié en 2004 le programme “Ensemble prévenons l'obésité des enfants“ - AFP

Ça va mieux en le disant, voire en le criant : les femmes qui travaillent ne génèrent pas de l'obésité chez leurs enfants. Une étude, à quelques jours de la conférence européenne sur ce fléau planétaire, le 17 septembre à Bruxelles, démontre même l'inverse : les Européennes qui travaillent seraient même plus attentives aux repas de leur progéniture, contrairement à ce que tentent de mettre dans les têtes des Américain(e)s d'autres recherches…

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Publiée dans le très sérieux "Journal of Health Economics" (le magazine de l'économie sanitaire), sous le tire "Emploi maternel et obésité enfantine", l'étude européenne a été financée par l'Union européenne et diligentée entre 2007 et 2008 par 13 chercheurs de toutes nationalités auprès de 16 000 enfants, âgés de deux à neuf ans, dans 16 régions de huit pays, en Belgique, en Estonie, à Chypre, en Allemagne, en Hongrie, en Italie, en Espagne et en Suède. A l'Est comme à l'Ouest donc, au Sud comme au Nord, dans des pays aux cultures et aux habitudes alimentaires diverses.

Le quotidien danois Politiken a fait écho aux conclusions de ce travail en s'entretenant longuement avec Wencke Gwozdza qui a dirigé l'enquête depuis le Danemark où elle enseigne et mène ses recherches. La professeure en "comportement du consommateur" à la Business School de Copenhague offre d'emblée les arguments de déculpabilisation à toutes les travailleuses qui craignent d'être de mauvaises mères : "Notre étude montre que cela n'a aucune importance si les mères travaillent ou pas. Les mères qui travaillent ne doivent absolument pas se sentir coupable vis-à-vis de leurs enfants. (.../...) Nos analyses donnent les preuves qu'il n'y a pas de lien entre l'emploi des mères et l'obésité de leurs enfants, la diététique et l'activité physique. Et cela parce qu'en fait, les mères qui travaillent ne disposent pas d'un temps moins qualitatif avec leurs enfants que celles qui restent à la maison. En travaillant, elles peuvent s'offrir un lave linge, un lave vaisselle, une voiture qui leur permettent d'avoir plus de temps avec leurs enfants. La famille peut aussi acheter une nourriture plus saine et conduire les enfants vers des activités physiques qui les empêchent de rester coller devant la télévision ou l'ordinateur."

(Il est cependant intéressant de noter que jamais le rôle sexué des parents n'est mis en question dans cette approche - donner à manger reste dévolu à la mère chez les humains, contrairement aux pélicans par exemple qui partage en une équité parfaite cette tâche…)

Fruits et légumes, ce qu'il faudrait manger...
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Ces nouvelles conclusions vont à l'encontre de nombre d'études américaines - il faut dire qu'aux Etats-Unis, entre 16% et 33% des jeunes soit 12 millions, sont obèses,  une particularité nationale qui ne rend pas très fier outre-Atlantique…  -. Michelle Obama a d'ailleurs jeté toutes ces forces dans cette guerre, dont une nouvelle attaque a été lancée en juillet dernier. Ces rapports ne manquent jamais d'injecter une bonne dose de culpabilité aux citoyennes qui prétendent mêler travail et maternité. 

Les mauvaises mères à la sauce américaine

Ainsi, en août 2011, une recherche lancée par les prestigieuses universités de Cornwell et de Chicago suggérait aux femmes que plus elles passaient de temps au boulot, plus leurs gosses avaient de chance d'être gros. 900 enfants en âge d'aller à l'école ont été suivis et il apparaît une augmentation de l'indice de masse corporelle, proportionnelle au temps de travail des mères. La masse corporelle est calculée par le rapport entre le poids d'une personne et sa taille au carré : si elle dépasse 30 kilos par mètre carré, alors il y a obésité. Les élèves de cours élémentaire 2ème année, et dont les mamans travaillent, engrangeraient de 1/2 à 1 kilo de plus que ce qui est considéré comme normal quand on grandit. Et ceux de cours moyen, encore plus…

Mais la diététicienne Kary Woodruff interrogée en urgence par une agence de presse de l'Utah dément résolument les conclusions de ses confrères et consoeurs. "Ne vous jetez pas sur cette culpabilité tranquille si vite ! Il y a peut-être des mises en garde à faire à certaines, mais les risques sont bien plus multi-factoriels que ce n'est présenté, comme l'environnement socio-économique de la famille par exemple." Et selon elle, quelques conseils de bon sens suffiraient à ceux qui se battent avec le temps, comme d'aller au supermarché où l'on trouve des plats préparés sainement plutôt que dans un fastfood où tout est gras.

Le poids des politiques de santé publique

La danoise Wencke Gwozdza pointe un autre aspect en faveur du travail des femmes : elles auraient une meilleure connaissance de la diététique, mais reconnaît que "les mères qui travaillent en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis ont un temps plus coincé qu'en Europe. Par ailleurs elles reçoivent moins d'aide, et de moins bonne qualité, pour soigner leurs enfants. Les Américains servent aussi de bien plus grandes portions que nous en Europe, et quand l'assiette est si pleine, vous la mangez…"

La conclusion la plus intéressante de l'étude européenne tient à la relation entre l'environnement social proposé par les Etats et la forte prévalence ou non d'obésité. Ainsi en Suède, où le taux d'activité des femmes est l'un des plus élevés d'Europe (70,1% contre 64,6% en France par exemple, à taux égaux pour les hommes de ces deux pays, soit 75%), les enfants échappent plus à l'obésité qu'ailleurs parce que les cantines d'école et de crèche servent des repas bon, équilibrés et frais aux enfants, générant ainsi de bonne habitudes.

Quand Michelle Obama, une femme qui travaille et n'a pas d'enfants obèses, raconte sa prise de conscience du fléau représenté par l'obésité des enfants, pourtant en légère régression, aux Etats-Unis