Les femmes s'affichent, enfin, à la Fête de l'Humanité

Les combattantes de Kobané, comme celle-ci, étaient à l'honneur de l'édition 2015, dans le parc de La Courneuve, là où se déroule chaque année la Fête de l'Humanité
Les combattantes de Kobané, comme celle-ci, étaient à l'honneur de l'édition 2015, dans le parc de La Courneuve, là où se déroule chaque année la Fête de l'Humanité
AP Photo/Jake Simkin

Les relations entre le Parti communiste français et le mouvement féministe n’ont pas toujours été harmonieuses, loin s’en faut. Les questions économiques et sociales primaient sur celles de genre. Désormais ce rejet semble dépassé. En témoigne la place accordée aux femmes à la fête de l’Humanité, les 11, 12 et 13 septembre 2015.

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La Fête de l’Humanité qui se tenait ce week-end à La Courneuve, en proximité de Paris, c’est d’abord un espace de 70 hectares traversé d’avenues célébrant quelques grandes figures de la Gauche mondiale. Dès l’entrée, le souci de parité sautait aux yeux : aux côtés des avenues Karl Marx, Toussaint Louverture et autres  Allende, Césaire, Hessel ou Ferré, les quelque 200 000 visiteurs arpentaient les allées baptisées Angela Davis, Clara Zetkin, Fatima Bedar, Frida Kahlo, Rosa Parks  ou Danielle Mitterrand

Autre symbole : le quotidien du Parti Communiste Français, « l’Humanité », organisateur de la Fête aime parler de son Agora comme d’un « chaudron à idées ».  Terme d’autant plus parlant que la « Fête de l’Huma », événement unique eu Europe, depuis 80 ans cette année, a réussi à faire vivre une nouvelle fois les stands joyeux des fédérations départementales et des sections locales du PCF où la foule se pressait pour déguster les spécialités de chaque terroir, à mobiliser militants et sympathisants de tous poils pour des dizaines de concerts donnés souvent sous une pluie battante  comme, cette fois, ceux de Manu Chao  ou de Tiken Jah Fakoly, à susciter l’émotion autour de ses amis de « Charlie Hebdo » qui manquaient pour la première fois à l’appel, et à  rassembler  des centaines de participants lors des tables rondes et débats sur des sujets aussi multiples que la solidarité avec la Grèce, la gestion des flux de migrants, le rôle des femmes kurdes dans la lutte contre l’oppression et celui des femmes africaines dans le co-développement, ou encore la mobilisation contre le blocus subi par Cuba.

Après la militante féministe et afro-américaine Angela Davis en 2013, ce sont des combattantes kurdes qui ont assuré la rédaction en chef de l'un des numéros du quotidien communiste, spécial Fête de l'Humanité
Après la militante féministe et afro-américaine Angela Davis en 2013, ce sont des combattantes kurdes qui ont assuré la rédaction en chef de l'un des numéros du quotidien communiste, spécial Fête de l'Humanité


Voici quelques rencontres et paroles recueillies, au fil du week-end, avec des responsables et visiteurs engagés dans  la contribution majeure des femmes à la solidarité internationale.

La Fête de l’Huma a rassemblé, cette année encore, de nombreuses délégations étrangères. Plus de 70 pays étaient représentés aux festivités, mais surtout aux réflexions engagées à l’initiative de L’Humanité » et du PCF.

Je suis la première femme à avoir la responsabilité de l’international au sein du Parti

Lydia Samarbakhsh, responsable du Département international au sein du Parti communiste français
Lydia Samarbakhsh, responsable du Département international au sein du Parti communiste français
Michèle Jacobs-Hermès

Lydia Samarbakhsh, responsable du Département International au sein du Parti, se réjouit de cette forte participation en même temps qu’elle souligne l’évolution du PCF, très vigilant aujourd’hui à prendre en intégrer la parité : « je suis la première femme à avoir la responsabilité de l’international au sein du Parti. La parité existe au sein de toutes nos instances. Dans nos actions, nous nous employons à aider à consolider le rôle des femmes dans les processus de démocratisation. C’est le cas en Tunisie. Les femmes ont pris une grande part dans la révolution et il s’agissait que la constitution soit rédigée en leur donnant toute leur place. Nous sommes aussi, par exemple, aux côtés des femmes palestiniennes, des femmes kurdes. Le Parti Démocratique des Peuples (HDP) en Turquie est d’ailleurs particulièrement en pointe puisque le féminisme  constitue un de ses 3 piliers fondateurs, aux côtés de la démocratie et de l’écologie. Nos actions internationales visent par ailleurs à consolider la participation des femmes africaines à l’émergence de leurs pays. Aminata Traoré, figure de proue du gouvernement Sankara au Mali, est parmi nous ce week-end. Autre combat de pointe pour le PCF : l’aide aux femmes mexicaines qui, au départ, étaient des femmes du peuple sans engagement politique particulier, et qui sont montées en puissance dans la lutte contre le trafic de drogue et la corruption ».

Parité graphique


Autre acteur de la parité rencontré ce week-end : Laurent Klagnbaum, responsable de la communication au PCF, qui s’est employé ces derniers mois à sortir le Parti d’une image ringarde : «  j’ai demandé à 8 graphistes de travailler avec les responsables des grands secteurs thématiques au sein du Parti et nous leur avons ensuite  commandé des affiches qui constituent aujourd’hui une exposition en circulation. Il s’agissait que l’imaginaire et le savoir-faire de .ces artistes fertilisent les idées politiques.  Dans cette action, j’ai tenu à ce qu’il y ait parité alors qu’on ne me proposait au départ que des noms de graphistes hommes ! Aux côtés de Claude Baillargeon ou  Dugudus, vous trouvez Laurence Barrey, Julia Chantel, Vanessa Verillon… Tous ces artistes ont, depuis, été repérés par la BNF et figureront dans une grande exposition cet automne. »
 

Proposition de l'un des huit graphistes qui rénovent l'image du PCF (Dugudus)
Proposition de l'un des huit graphistes qui rénovent l'image du PCF (Dugudus)
Michèle Jacobs-Hermès
Avec toute sa Rédaction présente à la Fête, l’Humanité a veillé ces 3 derniers jours à ce que chaque table ronde, chaque débat s’inscrive au plus près de l ‘actualité.
Le fait que les NU aient décidé, en fin de semaine dernière, que le drapeau palestinien pourrait désormais être hissé au fronton de l’organisation a évidemment été souligné même si, ironie de l’histoire, celui du Vatican va dorénavant bénéficier de la même autorisation !

L’actualité brûlante a particulièrement  inspiré les échanges liés à la Grèce (plusieurs anciens ministres grecs ont fait salle comble, comme Yanis Varoufakis) et aux vagues de migration que connaît actuellement l’Europe. Des échanges nourris par la présence de responsables politiques, dont le député européen Patrick Le Yaric, par ailleurs directeur de l’Humanité ,  Jean-Luc Mélenchon à la tête du Front de Gauche et quelques ténors du Parti socialiste, mais aussi par tous les responsables d’organismes et d’associations comme le Secours Populaire, en première ligne en matière d’accueil.

L’élection de Jérémy Corbyn à la tête du Parti Travailliste en Grande-Bretagne, intervenue pendant la fête a, comme on l’imagine, suscité des tonnerres d’applaudissements sous les chapiteaux.

Rencontre, à l'ombre de l'actualité entre le "héros" cubain Gérardo Hernandez (à droite) et l'activiste américain Stephen Lewis (à gauche)
Rencontre, à l'ombre de l'actualité entre le "héros" cubain Gérardo Hernandez (à droite) et l'activiste américain Stephen Lewis (à gauche)
Michèle Jacobs-Hermès

Cuba toujours


Parmi les « stars » internationales invitées dimanche dernier, figurait Gérardo Hernandez. On se souvient qu’il avait été reçu en héros, en 2014, par Raoul Castro, avec ses 4 compagnons « d’infortune ». Il venait de passer près de 15 ans dans les geôles des Etats-Unis à la suite d’un procès qualifié d’inique par la presse française notamment. Les « Cinq de Miami », considérés comme des espions, avaient été envoyés en Floride pour repérer les  anticastristes responsables de nombreux attentats mortels sur l’Ile, destinés à dissuader le tourisme. La Fête de l’Huma 2015 s’est montrée, une fois de plus, le lieu de rencontres imprévues entre citoyens du monde qui se reconnaissent dans leurs engagements respectifs : le premier participant à saluer Gérardo Hernandez a été Stephen Lewis, un ancien syndicaliste et activiste politique venu spécialement des Etats-Unis pour vivre l’expérience de cette Fête connue apparemment partout dans le monde.

Stephen Lewis : avec la guerre au Vietnam, ma prise de conscience à propos du féminisme et du sexisme s’est accrue

« Je suis personnellement un des organisateurs de la Fête du Travail à Lawrence, près de Boston, au sein de l’organisation « Bread and Roses » et je suis émerveillé par la vitalité de ce grand rendez-vous parisien. Je suis  engagé dans la lutte pour la levée du blocus à Cuba et j’ai été très heureux d’échanger avec Gérardo Hernandez. Mes premières actions militantes remontent au collège, en 1968, En même temps que je me suis investi contre la guerre au Vietnam, ma prise de conscience à propos du féminisme et du sexisme s’est accrue. Plus tard, durant mon premier job en tant que « streetworker » (travailleur social dans la rue) j’ai commencé à comprendre l’injustice des lois contre la prostitution ; j’ai alors créé le PUMA (Prostitution Union of Massachussetts) et j’ai travaillé avec les prostituées pour tenter de changer la législation » .

Pour preuve que l’investissement politique est intimement lié, pour Stephen Lewis, à la lutte contre le sexisme et pour l’égalité, on retrouve ces deux thématiques au cœur des expositions que notre visiteur américain fait circuler chaque mois dans des bibliothèques publiques de sa région aux Etats-Unis.  Des expositions qui auront désormais un petit « parfum » français grâce aux affiches collectées ce week-end sur les stands de la Fête de l’Huma,  et venues enrichir sa collection internationale.