Les "gros mots" du féminisme, lui même un "gros mot" ?

La fameuse affiche de propagande américaine "We Can Do It!" (Nous pouvons le faire !) réalisée par J. Howard Miller, en 1943 pour galvaniser les ouvrières de  Westinghouse Electric. Et détournée par les féministes tant de fois depuis...
La fameuse affiche de propagande américaine "We Can Do It!" (Nous pouvons le faire !) réalisée par J. Howard Miller, en 1943 pour galvaniser les ouvrières de  Westinghouse Electric. Et détournée par les féministes tant de fois depuis...
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Egalitarisme, double standart, libération sexuelle, plafond de verre ou règles...  A l'heure où les féministes se retrouvent parfois ringardisées, la blogueuse et journaliste Clarence Edgard-Rosa nous livre un abécédaire nécessaire pour la bonne compréhension des "gros" mots qui font le féminisme d'hier et d'aujourd'hui.

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Le féminisme serait-il devenu un gros mot ? C'est justement pour démontrer le contraire que la blogueuse et écrivaine Clarence Edgard-Rosa signe cet abécédaire, "joyeusement moderne du féminisme", comme elle le précise en couverture. 

De F comme féminisme...

Et si nous commençions donc par F comme féminisme... "Le fameux mot qui fait si peur", confie l'auteure, "celui derrière lequel certains pensent trouver d'affreuses illuminati en guerre contre la moitié de l'humanité"! Et pourtant, à l'image de cette campagne lancée sur le net depuis 2014, derrière le mot dièse I don't need feminism ( je n'ai pas besoin du féminisme), se cachent tant d'incompréhensions et d'amalgames. Pour elle, cette diabolisation n'a abouti qu'à une chose, terroriser avec un mot qui n'a rien de terrifiant. 

Dans une logique de dictonnaire, derrière la définition de féminisme, s'impose celle de féminité. L'écrivaine nous interpelle, la féminité, qu'est-ce-que c'est ? "Une paire de talons hauts ? Des cheveux longs ? (...) Y a-t-il un moule à tarte dans lequel nous sommes supposées nous fondre ?" Et de citer Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe, "celle-ci est-elle sécrétée par les ovaires ? Ou figée dans un ciel platonicien ?".  Ce questionnement n'a, lui, pas pris une ride. 

A la lettre L, Licorne...

Que vient donc faire cet animal imaginaire dans cet abécédaire ? Il s'agit ici de la loi de la Licorne, formulée par une développeuse canadienne du nom d'Emma Jane Hogbin. "Cette règle est une critique de la place des femmes dans les milieux dits masculins. Celle qui en fait partie est assimilée à une licorne car sa présence est exceptionnelle, voire historique (...) une femme évoluant dans un tel milieu peut se retrouver enfermée dans sa position de licorne à savoir qu'on ne lui donne la parole que pour parler de sa place de femme dans son milieu". L'auteure fait ainsi référence à cette autre loi, dite Loi de Godwin, qui veut que plus une discussion en ligne se prolonge, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis s'approche de 1.

... à M comme masculinisme

Après cette parenthèse qu'on aurait préféré enchantée, direction la lettre M et rendons la monnaie de sa pièce au mot féminisme, avec la définition du terme masculinisme. Lâché au beau milieu d'une conversation, le terme peut aussi faire peur. Et sans doute à raison. Cette idéologie, précise la journaliste, tend à affirmer qu'aujourd'hui, à force de combats féministes, les hommes seraient discriminés. "Le masculinisme n'a rien d'un équivalent du féminisme : tout à l'inverse il est plutôt une contre-attaque aux droits des femmes et à l'égalité", peut-on lire.  

Alors la masculinité serait-elle en crise comme on l'entend souvent ? N'en déplaise à un certain journaliste, un certain Eric Z. (Z comme Zemmour) , cité dans le livre, "perturbé de constater que les hommes ne sont plus aussi guerriers, violents (...) la recherche a montré que dès la naissance, les petits garçons sont enjoints à supprimer leurs émotions et n'en exprimer une seule : la colère". 

P comme Phallus, Plafond de verre ou... Poils

De P comme phallus, qui "n'est pas un morceau de chair, ce n'est qu'un emblème" à P comme plafond de verre, "cette barrière qualifiée ainsi parce qu'elle empêche l'ascension des femmes autant qu'elle est invisible", ou P comme poils, "ce petit frisé" qu'il faudrait couper, extraire, triturer, atomiser, à R comme règles, ces fameux Anglais qui débarquent chaque mois chez les Françaises, ou semaine des airelles pour les Suédoises, ou des framboises pour les Allemandes, partout depuis la nuit des temps, les femmes rivalisent en euphémismes pour contourner le mot règles... Qui serait donc lui aussi un gros mot ? 

A vous maintenant de vous plonger dans ce dictionnaire, qui, de A comme amour, avec une vision très personnelle du conte de Blanche-Neige, "qui passe le temps avec une bande de bucherons assexués" jusqu'à la dernière lettre Z, comme zone grise, ce fameux instant dans une relation sexuelle ou "le consentement est flou", porte grande ouverte à l'agression voire au viol, permet de remettre les points sur les petits i du grand mot qu'est le féminisme. 

A force de références, littéraires et historiques, cet ouvrage nous invite à utiliser les bons mots du féminisme pour expliquer encore et encore les combats et les droits des femmes, quand au détour d'une conversation, on vous "traitera" de féministe. Oui et alors ! Pas vous ? 

224 pages, Editions Hugo&Cie, Paris, octobre , 14€95
224 pages, Editions Hugo&Cie, Paris, octobre , 14€95

"Les Gros Mots, abécédaire joyeusement moderne du féminisme", de Clarence Edgard-Rosa (Editions HugoDoc, collection Les Simone (la collection des questions féministes d’aujourd’hui), octobre 2016)

Clarence Edgard-Rosa est journaliste à Causette et Elle. Elle est spécialiste des féminismes et des questions de genre et de sexualités.

Elle tient le blog Poulet Rotique, à découvrir >ici