Les Jardins de Métis, la passion d'une femme

Elsie Reford s'est mise à l'horticulture à 54 ans. 
Elsie Reford s'est mise à l'horticulture à 54 ans. 
©DR

Amatrice d’équitation, de chasse et de pêche, Elsie Reford, 54 ans, se met à l’horticulture sur recommandation de son médecin. En 1926, elle se lance dans la création des Jardins de Métis avec audace et passion, parvenant à s'imposer dans un milieu très masculin. Rhododendrons, azalées et surtout pavots bleus en ont fait la renommée internationale après son ouverture au public en 1962. 

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Il existe, quelque part au bord du fleuve St-Laurent, au Québec, un petit coin de paradis créé par une femme : Elsie Reford. Cette Montréalaise a fondé les Jardins de Métis en 1926 sur le domaine où elle avait l’habitude d’aller à la pêche au saumon, au bord de la rivière Mitis et du fleuve, à la porte de la région de la Gaspésie.

A 54 ans, il lui en a fallu de l’audace et de la passion pour développer ces jardins qui figurent maintenant parmi les plus beaux d'Amérique du nord et dont la réputation est internationale.

Elsie Reford dans ses jardins de Métis. 
Elsie Reford dans ses jardins de Métis. 
©DR


Elsie n’avait pas froid aux yeux. Dans un monde alors gouverné par les hommes où la femme avait si peu de place, elle a pris la sienne au sein du cercle très fermé d’horticulteurs aventuriers qui ramenaient d’expéditions lointaines des graines de différentes espèces de fleurs et de végétaux. 

Elsie Reford a trouvé sa place dans un milieu horticole très masculin. 
Elsie Reford a trouvé sa place dans un milieu horticole très masculin. 
©DR

C’est ainsi que dans les années 1930 Elsie Reford a réussi à implanter dans ses jardins des pavots bleus, cette fleur de l’Himalaya qui a finalement trouvé dans la région les conditions idéales pour pousser : un tapis de neige pour se protéger l’hiver et un été aux journées chaudes mais aux nuits fraîches.

Elsie a érigé sa réputation d’horticultrice, et celle de ses jardins, sur la culture de ces pavots bleus. On vient d'ailleurs aujourd'hui de très loin pour les admirer. On peut aussi se procurer des plants de ces pavots bleus car les Jardins en font pousser plus de 10 000 chaque printemps afin de les vendre aux visiteurs.
 

Les pavots bleus dans les Jardins de Métis créés par Elsie Reford. <br />
Les pavots bleus dans les Jardins de Métis créés par Elsie Reford. 
©2005 - Louise Tanguay, Jardins de Métis /Reford Gardens


Elsie a aussi poser sa marque en osant se lancer dans la culture des azalées et des rhododendrons, qu’elle a fait importer d’Angleterre. Lors de mon passage dans les Jardins à la fin du mois de juin, ces azalées et ces rhododendrons étaient tous en fleurs et c’était un spectacle féérique que de se promener à travers ces arbustes colorés.

Les azalées des Jardins de Métis en juin 2015. 
Les azalées des Jardins de Métis en juin 2015. 
©Catherine François pour TV5MONDE

Une passionnée et une pionnière

Le domaine qu’Elsie Reford a développé au fil des décennies est d’autant plus remarquable qu’elle s’est lancée dans cette folle aventure alors qu’elle avait déjà 54 ans et qu’elle ne connaissait rien au monde horticole.

Née dans une riche famille avec un père pilier de la communauté montréalaise des affaires, elle avait passé l’essentiel de sa vie à Montréal. C’est à la suite d’une opération pour une appendicite que cette amatrice d’équitation, de chasse, de pêche et de canot, limitée dans ses activités physiques, se lance dans l’horticulture sur la recommandation de son médecin. 

Elle entreprend donc dans la transformation de son domaine, qui n’était alors qu’un camp de pêche, en jardins.

Elsie Reford transforme totalement le domaine des Jardins de Métis. 
Elsie Reford transforme totalement le domaine des Jardins de Métis. 
©DR

Et les défis ne manquent pas : les pépinières les plus proches sont à une centaine de kilomètres, elle fait affaires avec les paysans du coin pour nourrir ses plantes du compost dont elles ont besoin pour pousser. Elle fait déplacer des arbres, construire des murs, prend contact avec des aventuriers pour acquérir des espèces exotiques. Un travail colossal et remarquable qui débouche sur l’ouverture des jardins au public en 1962. Elsie meurt cinq ans plus tard mais son empreinte reste indélébile.

Les Jardins de Métis, une fierté québécoise

Depuis la disparition d'Elsie Reford, les Jardins sont restés dans la famille. C’est maintenant Alexander, l’arrière-petit-fils d’Elsie, qui dirige le domaine et le développe en le tournant vers l’avenir. 

C’est ainsi qu’est organisé depuis 2000 un Festival international de Jardins qui fait maintenant accourir les architectes-paysagistes du monde entier. Pour la 16ème édition, quelque 300 projets en provenance d’une trentaine de pays ont été soumis au concours et seulement cinq ont été retenus.

Ce festival est le plus important du genre en Amérique du nord et sa réputation est internationale. Et pour cause ! Créatifs, originaux, ludiques, les 26 installations assurent un réel plaisir de découverte et d’exploration au visiteur qui peut s’y promener – et y prendre part - en toute liberté.

Alexander a aussi fait prendre aux Jardins un virage vert qui était déjà amorcé avec son arrière-grand-mère, pionnière en la matière. Le domaine s’est doté d’une dizaine de moutons pour assurer la tonte d’acres de pelouses. Alexander veut également que les Jardins s’ouvrent de nouveau sur le fleuve en y aménageant des sentiers pour descendre sur ses berges.

Enfin, chaque saison estivale, certains des plus grands chefs québécois viennent préparer un repas gastronomique aux Jardins de Métis et Alexander veut poursuivre ce mariage harmonieux entre art culinaire et fleurs. Bref, de belles avenues de développement pour ces Jardins dont la fondatrice ne serait pas peu fière…