Les mécomptes des Pakistanaises aux législatives de mai 2013

Des électrices pakistanaises présentent leur pièce d'identité dans la file d'attente d'un bureau de vote de Lahore, le 11 mai 2013 - Arif Ali, /AFP
Des électrices pakistanaises présentent leur pièce d'identité dans la file d'attente d'un bureau de vote de Lahore, le 11 mai 2013 - Arif Ali, /AFP

Malgré une participation inédite des femmes aux dernières élections générales du 11 mai 2013, la plupart des irrégularités du scrutin affectent les votes des Pakistanaises. Le quotidien Dawn a publié le compte rendu minutieux de ces empêchements multiples, établis par la commission d'enquête mise en place pour vérifier la régularité de ces législatives.

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Selon les investigations menées par ONU femmes, elles sont 15 millions à avoir glissé un bulletin dans l'urne le 11 mai 2013, soit 40% des Pakistanaises en âge de voter (la participation globale s'est élevée à 60% du corps électoral, tous genres confondus). Du jamais vu, dans ce pays qui fut longtemps gouverné par une femme, avec un Parlement qui compte presque autant de femmes que l'Assemblée nationale en France, et où les voix d'intellectuelles féministes portent loin.

Cette percée du vote féminin est due en grande partie à des actions volontaristes du gouvernement avec l'aide de ONU femmes. Ainsi, dès le mois d'août 2012, 92 millions de cartes d'identité furent éditées, dont 45% pour les citoyennes de ce pays, portant à 86% la proportion des femmes munies des papiers indispensables pour exercer pleinement leurs droits civiques. Et des chansons, des clips ont été produits pour inciter les Pakistanaises à se rendre dans les bureaux de vote.

Tum Pakistan Ki Beti Ho 'Vous êtes les filles du Pakistan“ - le message en musique réalisé à l'initiative de la Commission électorale pakistanaise


Mais des régions reculées, principalement frontalières de l'Afghanistan au Nord du Pakistan, où les Talibans règnent toujours, refusent cette extension de la démocratie. Et dans ces zones qui échappent aux règles du pouvoir central, nombreuses sont les habitantes qui ne peuvent toujours pas choisir librement leurs représentants. Minute, par minute, la Commission électorale a recensé les incidents qui ont émaillé ce 11 mai 2013, un recensement publié intégralement par le quotidien Dawn (le plus vieux journal pakistanais) dans son édition du 23 août - le vote avait commencé à 8 heures pour se terminer à 17 heures :

"16 h 15 — Aucune des 456 électrices inscrites dans le bureau n° 95 du district de Swabi dans la région de Khyber Pakhtunkhwa's (Nord Ouest) n'a pu voter (C'est dans cette circonscription que se présentait la courageuse Badam Zari , unique femme candidate de cette région).

16 h 00 — Des femmes ont été brutalement stoppées dans leur vote Women dans la ville de Mandi Bahauddin's au Pendjab (Nord Est).

14 h 30 — Le scrutin a été suspendu à Shikarpur après la détournement d'un sac plain de bulletins… Un suspect a été arrêté.

Entre 12 h 30 et 14 h 15 — plusieurs bagarres interrompent les votes à travers tout le pays (Il faut bien que les hommes "s'amusent", ndlr…)

12 h 35 — Les femmes sont empêchées de voter dans plusieurs bureaux de la circonscription de Mianwali (Nord centre) au Pendjab.

12 h 24 — Les femmes n'arrivent pas à voter dans plusieurs bureaux de la circonscription de Lakki Marwat (Nord Ouest).


12- 06 — La commission electoral du Pakistan décide de suivre de près le vote des femmes et d'inciter les scrutateurs à distinguer les votes des femmes de celui des homes.
 
11 h 40 — Les femmes ont été empêchées de voter dans la circonscription de Nowshera (Nord-Est).

Et entre 10 h et 11 h quelques autres bagarres, cris et autres mêlées d'électeurs excités, surviennent ici ou là mais sans grande incidence…"

Après cet inventaire à la Prévert, la Commission électorale a décidé de valider les législatives de mai 2013 et ONU femmes se réjouit tout de même, malgré les "incidents" de la volonté des Pakistanaises d'exercer plus nombreuses leur droit de vote.