Terriennes

Les nouvelles reines de Saba

Comme ailleurs dans le monde arabe, les femmes, au Yemen, veulent vivre dans un monde «civilisé».

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«Alors, ma sœur, comment va la vie?»: quelques mots d'arabe et la glace est brisée. Que ce soit à l'aéroport où, en simple foulard et uniforme, elles fouillent les passagères, ou sous le voile intégral, dans les rues de Sanaa, les femmes yéménites n'hésitent jamais à rire, souvent avec leurs seuls yeux, en signe d'accueil, et encore plus quand l'étrangère possède quelques rudiments de leur langue...

La vie est pourtant loin d'être facile dans ce petit pays coincé entre l'Arabie Saoudite et la Corne de l'Afrique. Privées pour la plupart de scolarité, en particulier dans les campagnes, victimes de mariages arrangés à l'adolescence - voire avant, les femmes yéménites subissent également l'addiction des hommes au kat, qu'ils mâchent tous les jours à partir de 16 heures, dépensant dans la foulée entre 25% et 30% de l'argent du foyer. Autant dire qu'elles n'ont pas franchement de quoi rire....

Aujourd'hui, elles disent enfin leur colère. Depuis que le printemps arabe a touché leur pays, elles manifestent, aux côtés des hommes.

Dernière action en date: il y a quelques jours, les étudiantes, en tenu de diplômées, ont défilé dans les rues de la capitale. «Nous voulons être les dignes descendantes de la reine de Saba, qui a fait changer les choses, déclarait l'une d'elles. Et surtout, nous voulons un pays civilisé».

Un pays où l'actuel président, Ali Abdullah Saleh, soigné en Arabie Saoudite après avoir été blessé dans la récente attaque de son palais, céderait enfin le pouvoir. Un pays où l'éducation des filles serait obligatoire, le mariage forcé interdit, le travail des femmes accepté, reconnu, rémunéré correctement. Un pays «civilisé» ? Un pays normal en fait...

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier.

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.