Les patrons de grandes entreprises internationales s'engagent au Women's Forum

L'an dernier, une dizaine de grands patrons avaient adopté six grands principes visant à favoriser la montée en puissance des femmes dans l'entreprise. Rejoints par une vingtaine de nouveaux venus cette année, ils renforcent leur engagement.

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Dominique Reiniche, la patronne de Coca Cola pour l'Europe. Photo : Women's forum.
Dominique Reiniche, la patronne de Coca Cola pour l'Europe. Photo : Women's forum.
L'initiative de patrons, présents au Women's Forum de Deauville, l'an dernier, avait été annoncée à grand renfort de publicité. Il s'agissait, pour la poignée de Pdg - hommes et femmes - de faire vivre six principes adoptés à l'occasion du Forum. Entre autres, de montrer, de façon visible, leur engagement en faveur de la promotion des femmes dans l'entreprise, de faire de la diversité des candidats aux postes offerts par la société une priorité, d'améliorer l'équilibre entre travail et vie privée, de mettre sur pieds une liste de meilleures recettes pour détecter les talents au sein des entreprises et de s'entre-aider en matière de mentoring des femmes.

Des engagements assez vagues pour qu'un an plus tard, les résultats puissent être considérés comme satisfaisants quoiqu'il en soit... En fait, pas question de verser dans l'auto-satisfaction au Women's Forum : la pression des pairs joue à plein.

Une belle avancée tout de même : le nombre de Pdg qui s'engagent désormais a plus que doublé et inclut des leaders venant de tous les continents.. « Si je devais décerner une note, elle ne serait que de 6 ou 7 sur 10, remarque cependant Olivier Fleurot, PDG de MSL Group, filiale de Publicis, à propos des six principes. J'espère que l'an prochain, ce sera 8 ou 9 sur dix ».

CHERCHER LA FEMME

Les belles promesses de l'an dernier se sont en effet heurtées à des contraintes, réelles ou fictives. Ainsi, l'engagement en matière de diversité des candidats n'a pas toujours trouvé d'écho auprès des chasseurs de tête, chargés de trouver des candidates. Certains n'hésitent pas à déclarer en levant les bras au ciel qu'ils ne trouvent pas de candidates idoines...

« Nous avons donc pris la décision d'exiger la parité en matière de candidatures de la part des spécialistes qui nous aident à recruter », annonce aujourd'hui Olivier Fleurot. Par ailleurs, certains objectifs ont été raffinés. « Il est facile de nommer des femmes aux conseils d'administration – la loi l'oblige de toute façon dans certains pays – mais féminiser la hiérarchie n'est pas aussi aisé », relève le porte-parole du groupe.

Les patrons de Deauville se sont donc engagés à explorer les possibilités de nommer des femmes à des postes clés non seulement au sommet, mais à tous les échelons intermédiaires de l'entreprise. Car c'est, de l'avis de tous, la seule manière de créer un vivier assez large de femmes pour répondre aux nouveaux besoins des entreprises. « L'innovation, en finance comme ailleurs, vient essentiellement de la diversité » affirme Molly Ashby, Pdg de Solera, une firme d'investissements de Wall Street. Mieux, les Pdg ont décidé de mettre en place une base de données sur les femmes, que tous pourront consulter pour trouver de nouveaux talents.

Autre engagement renforcé : celui qui consiste à maintenir un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Avec, pour les hommes comme pour les femmes, une flexibilité accrue. Roberto Cirillo, de Sodexo, remarque ainsi qu'il en a étonné plus d'un autour de lui en jugeant que la candidature d'une femme, qui ne pouvait pas déménager pour rejoindre le siège de l'entreprise, était parfaitement recevable. 

« Elle travaillera de chez elle, c'est tout », a-t-il déclaré. Quant à Dominique Reiniche, la patronne de Coca Cola pour l'Europe, elle souligne que le PDG de la multinationale, basée à Atlanta, n'exige plus que les dirigeants se rendent tous les mois aux Etats-Unis pour leur reporting, et pratique à la place la vidéoconférence. «Autant de temps de gagné pour moi », dit-elle.

UN TRAINING POUR COMPRENDRE LES FEMMES

Reste que la culture des entreprises n'évolue que lentement. Les patrons qui croient en la diversité ont bien l'intention de s'attaquer à la psychologie dominante, celle des hommes. Au point que l'idée a germé de faire profiter les hommes de trainings spéciaux pour qu'ils comprennent mieux le langage des femmes. Ainsi, quand une femme dit « vous savez je n'ai jamais fait ce travail », un homme a tendance à penser qu'elle refuse le poste proposé.... Pas étonnant, puisque lui dirait sans hésiter : « je peux le faire »...

Charge aux Pdg, hommes et femmes, de dire au Women's Forum de 2012 qu'ils « peuvent effectivement le faire » et infléchir la façon d'opérer des entreprises.