A Créteil, le cinéma fait genre

Affiche de la 37ème édition du Festival international de films de femmes à Créteil, avec au programme beaucoup d'environnement
Affiche de la 37ème édition du Festival international de films de femmes à Créteil, avec au programme beaucoup d'environnement
Films de femmes

Depuis 36 ans, les femmes cinéastes, les femmes de cinéma, venues du monde entier, se retrouvent chaque année à Créteil dans la banlieue sud de Paris pour un festival unique en son genre. Pour cette 37ème édition, l'accent est mis sur l'environnement. Un événement dont "Terriennes" est partenaire

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Jackie Buet est toujours aussi enthousiaste. En 1979, elle fut de celles qui lancèrent le Festival international de films de femmes, à Créteil, dans le Val de Marne, non loin de Paris. Il s'agissait alors de soutenir les réalisatrices qui représentaient moins de 2% de la profession. 36 ans plus tard, elles atteignent péniblement les 15% en Europe, à peine plus en France. Comme l'écrivait Virginie Despentes dans un texte en forme de manifeste au début du mois de février 2015, "le cinéma est une industrie inventée, manipulée et contrôlée par des hommes".

Historienne du cinéma, Jackie Buet aime à citer l'une de ses collègues, Geneviève Sellier, qui dans les années 1990 introduisit en France les rapports sociaux de sexe dans l'étude du cinéma, comme cela se pratiquait depuis longtemps déjà en Allemagne ou aux Etats-Unis. Dans un ouvrage "Le cinéma au prisme des rapports de sexe", co-écrit avec Noël Burch, elle y développe l'idée que "le cinéma, art culturel de masse, c'est la fabrique du genre".

Jackie Buet, fondatrice du Festival de films de femmes
Jackie Buet : "Les réalisatrices francophones se portent bien mais leurs films restent mal distribués." Propos recueillis par Sylvie Braibant. Durée 3'10

Aujourd'hui reconnu dans le monde entier, le Festival de Créteil, loin d'être un ghetto est ouvert sur le monde et sur la ville où il se déroule. Les débats qui agitent les sociétés irriguent les oeuvres choisies pour concourir dans ses diverses sélections - fictions, documentaires, courts-métrages. Des ateliers sont proposés, un colloque sur les écritures cinématographiques organisé, des projections destinées au jeune public, des hommages rendus, des actrices ou réalisatrices saluées, avec cette année un coup de chapeau à Béatrice Dalle et Virginie Despentes, la première ayant joué dans Bye Bye Blondie de la deuxième.

Ovation à Christine Delphy et aux réalisatrices Florence et Sylvie Tissot pour le documentaire "Je ne suis pas féministe mais..." présenté le 15 mars au Festival de films de femmes de Créteil
Ovation à Christine Delphy et aux réalisatrices Florence et Sylvie Tissot pour le documentaire "Je ne suis pas féministe mais..." présenté le 15 mars au Festival de films de femmes de Créteil
Sylvie Braibant

Histoire d'une féministe
Au programme aussi un formidable documentaire "Je ne suis pas féministe mais..." autour d'une personnalité aussi brillante, stimulante et attachante, connue aussi bien aux Etats-Unis qu'en France, la sociologue Christine Delphy, celle qui introduisit les études de genre dans les universités françaises. L'ovation qui a accompagné la première projection de cet excellent film de 52', dans une salle trop petite pour contenir la foule, en présence de témoigne de l'importance théorique de cette sociologue qui a toujours témoigné d'une liberté de penser et de vie rare : manifestante contre la loi de 2004 sur l'interdiction du foulard dans les établissements scolaires français, fondatrice de la revue francophone et internationale Nouvelles questions féministes, auteur de nombreux textes réunis dans "L'ennemi principal", homosexuelle affichée en un temps où il était douloureux de l'avouer, elle est de celles qui invitent à réfléchir en permanence.

"Je ne suis pas féministe mais", bande annonce

Ecologie et équité

Force 37, titre donné à l'édition 2015, propose "Turbulences" avec des films traversés par des réflexions sur les questions de l'environnement, des oeuvres articulées autour de figures de femmes associées à la mère nature, comme "les femmes aborigènes Milwayi du film de Vanessa Escalante, Sovereignty Dreaming, qui se battent, à l’échelle locale, contre le Commonwealth et l’enfouissement de déchets nucléaires sur leur terre. En s’emparant de leur caméra, les réalisatrices de la section Turbulences, proposent chacune à leur façon, une forme de militantisme écologique. Non pas parce qu’elles sont en premier lieu des femmes, mais parce qu’elles sont avant tout des cinéastes. Elles deviennent des semeuses d’images qui nous alertent et favoriseront peut-être de nouvelles prises de consciences", explique Jackie Buet.

Nul doute aussi que "les réalisatrices équitables" venues de "la belle province" seront les autres vedettes de cette année, "un collectif de plus de 150 réalisatrices québécoises qui vise à atteindre l’équité pour les femmes dans le domaine de la réalisation au Québec". Peut-être un modèle à suivre...


Programmes, informations pratiques pour aller voir les quelque cent films proposés, à retrouver ici