Les règles des femmes, entre tabou et surexposition

Sony saigne, ou la quête éperdue de féminin chez certains transsexuels. Photo de la série “The Curse“, 2014. © Marianne Rosenstiehl
Sony saigne, ou la quête éperdue de féminin chez certains transsexuels. Photo de la série “The Curse“, 2014. © Marianne Rosenstiehl

Après une performance artistique sur le sang des femmes en août dernier à Paris, partie pour Rome en ce mois de décembre 2014, ce sont ce mois-ci les clichés de la photographe Marianne Rosenstiehl qui se focalisent sur les légendes et croyances autour des menstrues, dans son exposition "The Curse" - la malédiction. Encore plus surprenant, un jeu appelé "Tampon run" a été crée par deux jeunes new-yorkaises. Dans celui-ci, les  armes à feu sont remplacées par des tampons hygiéniques. En jeu vidéo, en photo, des femmes essaient de normaliser le sujet des règles.

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Le sujet est-il à la mode, ou enfin exploré parce que le tabou qui l'oblitérait jusque là est désormais levé ? "Le sang des femmes répugne, effraie, fascine, émeut. Il fait l’objet de nombreuses superstitions, légendes et fantasmes, à travers toutes les civilisation", explique Marianne Rosenstiehl, auteure de la vingtaine de photos sur les règles exposées au petit espace à Paris au mois de décembre 2014. 

L’artiste fut la première femme photographe à entrer à l’agence Sygma - elle avait 23 ans. Deux décennies plus tard, de grands comédiens et actrices, et hommes politiques sont passés devant son objectif. Cette fois, elle expose un travail personnel sur un sujet singulier, mais déjà exploré par d'autres. A commencer par l'anthropologue Françoise Héritier qui a beaucoup écrit sur les "flux" humains, et qui rappelle qu'au fil des siècles "les menstrues chez la femme sont la forme inachevée et imparfaite du sperme".

Depuis son adolescence, la photographe est « intriguée par l’invisibilité de ce phénomène physiologique », qu’elle a décidé enfin d’aborder à travers la photo. « En préparant ce travail, je me suis rendue compte à quel point l’absence de représentation de ce thème était criante, à en devenir suspecte », a-t-elle expliqué.  Une exposition réunissant de jeunes artistes plasticiens, peintres, illustrateurs, vidéastes, "Hic est sangis meus" - ceci est mon sang -, l'avait cependant précédée à Paris en août de cette année 2014, avant de s'envoler pour Rome cet hiver.

Tandis qu'une féministe égyptienne décidait, en août 2014 également de laisser couler son sang sur un drapeau du groupe Etat islamique afin de dire ce qu'elle en pensait...

En 2013, dés étudiant-e-s de l'Université de l'Etat d'Arizona élaboraient un manifeste activiste et "artiviste" Are you menstruating today - êtes vous indisposée aujourd'hui ? -, afin d'en finir avec la vue patriarcale sur les règles...
 
Le sang des femmes. © Marianne Rosenstiehl
Le sang des femmes. © Marianne Rosenstiehl
Le sang féminin : porteur de légendes et de noms divers 

Aujourd’hui, la principale représentation des règles, en France, passe en effet par la télévision, qui véhicule de nombreux clichés. Dans les publicités pour protections hygiéniques par exemple, le sang qui coule est bleu. 

Marianne Rosenstiehl, dans le cliché intitulé Le sang des femmes, a voulu montrer ce liquide trop souvent associé à l’impureté, la souillure dans la plupart des civilisations, alors qu’il n’est pourtant pas le sang des guerres, de la violence.

Même les traditions populaires se sont emparées de ce thème. Avec Nés du sang, la photographe évoque le cas des roux, auxquels on attribue leur couleur de cheveux à leur conception au cours d’un rapport sexuel de leur mère pendant ses règles.  
 
Le cliché Les limaces met en scène « la poésie absurde » d’une tradition paysanne du XIXe siècle, qui voulait que les femmes, en Anjou, traversent les champs pendant leurs règles pour éradiquer les nuisibles, chenilles, limaces ou sauterelles.
Les limaces. © Marianne Rosenstiehl
Les limaces. © Marianne Rosenstiehl
 
L’exposition, intitulée « The Curse », signifie, la "malédiction" en anglais. C’est ainsi que les Anglaises surnomment les règles, vécues comme une punition. Une expression qui a choqué la photographe.
 
Les Anglais. © Marianne Rosenstiehl
Les Anglais. © Marianne Rosenstiehl
Mais dans toutes les langues, ce mot tabou est souvent remplacé par des expressions imagées : en français on parle de « nos affaires », « d’avoir ses coquelicots » ; les américaines disent « I’m decorated with red roses » - je suis décorée de roses rouges -, ou utilisent le terme « Red flag week » - drapeau rouge cette semaine -, et les cubaines « les pluies sont arrivées ». 

La photographe souligne aussi les rendez-vous importants des femmes avec leurs règles. Ainsi une jeune fille est photographiée dans une salle d’attente pour son Premier rendez-vous chez le gynécologue. La fin de l’exposition est aussi marquée par les portraits de 9 femmes au cours des deux premières années de leur ménopause. « C’est un tabou dans le tabou, dans le sens où le message que renvoie la société aux femmes ménopausées est aujourd’hui encore négatif et brutal », explique la photographe. 
Une représentation contemporaine donc, du sang menstruel, qui permet « à chacun de voir et de réfléchir sur le sujet » pour Marianne Rosenstiehl. 
 
Tampon Run, un jeu vidéo avec des tampons en guise d'armes


Les menstrues ont en effet inspiré deux jeunes New-yorkaises, Andrea Gonzales 16 ans et Sophie Houser 17 ans. Pour combattre la misogynie dans les jeux vidéos, elles en ont créé un où les pistolets ont été remplacés par des tampons hygiéniques.

« Les armes et la violence sont banalisées à travers les jeux vidéos, alors nous avons pensé que ce serait quelque chose d’amusant si nous pouvions faire la même chose avec les tampons », explique Andrea Gonzales dans Time

Une idée qui leur vient suite à un stage d’été « Girls Who Code », qui apprenait aux jeunes filles à coder des logiciels, un domaine dont elles sont souvent exclues. Elles imaginent alors « Tampon run ». 
« Tout le monde trouve ça normal d’avoir des jeux vidéos où on peut tuer des gens à coups de pistolets, mais dans la vraie vie, personne ne parle des règles, alors que c’est quelque chose de normal que vivent de nombreuses femmes pendant une grande partie de leur vie », justifie Sophie Houser.
« Je voulais faire un jeu et y apporter une touche féministe, parce que l’hyper-sexualisation des femmes dans les jeux vidéo est un vrai problème », ajoute Anna Gonzales.

Le jeu a déjà rencontré un certain succès, selon Sophie Houser. « Nous avons reçu des emails de femmes et d’hommes du monde entier. Notre jeu a permis à ce  que les gens en  discutent. C’est ce que nous voulions avec Tampon Run ».
« Un ami y a joué et il a réalisé qu’il en savait en fait peu à propos des règles. Ce jeu l’a fait réfléchir sur le sujet », ajoute- t-elle. 
Jeu vidéo Tampon Run. /Tamponrun.com
Jeu vidéo Tampon Run. /Tamponrun.com
 

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