Les Saoudiennes en route vers le droit de vote ?

En novembre 2008, des Saoudiennes regardent des objets d’art, durant le vernissage d’une exposition consacrée à des artistes femmes d’Arabie saoudite.
En novembre 2008, des Saoudiennes regardent des objets d’art, durant le vernissage d’une exposition consacrée à des artistes femmes d’Arabie saoudite.
AP Photo/Hassan Ammar

Lors des élections municipales de décembre 2015, les Saoudiennes voteront pour la première fois. Elles pourront également présenter leur candidature et faire campagne. Aussi bienvenue soit-elle, cette avancée reste toute relative selon les organisations internationales de défense des Droits humains. Dans ce royaume ultra-conservateur, le chemin vers l’égalité paraît encore loin.

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Pour le moment, elles ne sont que 16 à compter parmi les premières futures votantes mais, selon le quotidien Al-Hayat d’autres Saoudiennes ne devraient pas tarder à les rejoindre avant la mi-septembre, date de fermeture des listes électorales. Le journal Al-Hayat rapporte que près de 200 femmes ont déjà manifesté de l'intérêt pour se porter candidates au mandat de conseillères municipales. Une occasion à ne pas manquer : il s’agit des seules élections ouvertes aux citoyens en Arabie Saoudite, une monarchie absolue islamique dirigée par la dynastie des Saoud depuis 1744.

Un rêve pour nous

Cet événement politique Jamal Al-Saadi et Safinaz Abu Al-Shamat l'attendaient depuis longtemps. Inscrites respectivement à Médine et à La Mecque, deux des villes saintes de l’islam, elles sont devenues les deux premières femmes à s’être enregistrées comme votantes. « La participation des femmes saoudiennes aux élections municipales en tant qu’électrice et candidate était un rêve pour nous. Le changement nous permettra d’avoir notre mot à dire dans le processus de prise de décision », a déclaré Jamal Al-Saadi au quotidien national Saudi Gazette. Cette femme d’affaires investie dans les actions culturelles de sa ville n’exclut pas de se présenter comme candidate. « Je peux avoir de telles ambitions, j’aimerais vivre cette expérience jusqu’au bout. »

De son côté, Safinaz Abu Al-Shamat qui enseigne dans une école pour fille, a confié au même journal que pour elle « voter était désormais un devoir national pour les femmes ». Le 22 août dernier, début de l’opération des enregistrements des électrices, elles n’étaient pourtant qu’une poignée, quatre femmes dont une venait tout juste d’avoir 18 ans, à fouler pour la première fois l’un des 424 (sur 1 263) bureaux de postes spécialement réservés aux femmes. Un endroit à l’écart et loin du regard des hommes. L’Arabie Saoudite est régie par la non-mixité imposée par la charia.

Une réforme ambiguë


Pour voter une femme a besoin d’une carte d’identité. Or, peu de Saoudiennes détiennent ce précieux document. Pour l’obtenir, il leur faut l’accord de leur « gardien », bien souvent leur père ou leur mari. « Cela va forcément limiter leur participation, anticipe Jean-Marie Fardeau, directeur France de l'ONG Human Right Watch. Beaucoup, parmi elles, n’ont pas de carte d’identité ou n’auront pas le temps de l’obtenir même si leur proche leur en donne la possibilité. »  


La victoire obtenue en 2011, lorsque le défunt Roi Abdallah octroya aux femmes le droit de vote, serait donc à tempérer.

A relire notre article du 26 octobre 2011 : > Les Saoudiennes obtiennent le droit de vote aux élections municipales

Pour Jean-Marie Fardeau, le réel changement en Arabie Saoudite « serait de mettre fin à ce système de parrainage par un homme qui entrave la vie des femmes dans leur vie quotidienne et leur parcours professionnel. » Les rares à se présenter aux bureaux d’enregistrement prennent donc peut-être un risque en revendiquant leur citoyenneté. Un geste qui les oppose de facto aux ultra-conservateurs. Ces traditionnalistes qui ont lancé une campagne sur Twitter pour alerter sur le danger de la participation des femmes aux élections municipales n’hésitant pas à citer des versets coraniques ou des avis religieux qui leur interdisent de prendre part à la vie publique.

Les droits des femmes ne sont pas en contradiction avec l'islam

« Le fait pour les femmes de revendiquer une place active dans la société saoudienne ne va pas en contradiction avec l’islam », rétorque Zeina el Tibi, présidente de l’association des Journalistes Femmes Arabes en France. Bien au contraire. D’après le Hâdith (les dires du prophète), la femme a sa place dans la société. Khadija, la première femme de Mahomet était femme d’affaire et a continué de travailler même après la révélation. « La vérité c’est qu’une partie rétrograde de la société saoudienne ne veut pas lâcher ses privilèges et se basent sur de fausses interprétations », poursuit-elle. 


Malgré ce frein, l’émancipation des femmes en Arabie Saoudite pourrait être en marche. « À ma connaissance, il n’y a pas d’organisations ou d’associations féministes. Mais déjà, on rencontre beaucoup de Saoudiennes très actives. Certaines sont médecins, avocates, artistes, etc., souligne Zeina el Tibi. Et le niveau d’éducation des femmes a considérablement augmenté ». Après le droit de vote, le roi Abdallah avait aussi imposé en 2013 un quota de femmes à l’Assemblée consultative nationale non élue, 30 sur un total de 150 membres. Une mesure qui faisait partie d’un programme prédéfini visant à faire évoluer le statut de la femme dans ce royaume wahhabite. 


En décembre 2007, une Saoudienne voilée prend plaisir à se balancer dans un parc, à Djeddah, durant ses vacances...
En décembre 2007, une Saoudienne voilée prend plaisir à se balancer dans un parc, à Djeddah, durant ses vacances...
AP Photo/Hasan Sarbakhshian


Son successeur, le monarque Salmane ben Abdel Aziz ira-t-il dans le même sens ? D’après Associated Press, en août le conseil royal de l’Arabie Saoudite aurait envisagé de permettre aux femmes de conduire. Sous conditions, bien sûr. Les Saoudiennes de plus de 30 ans, qui ne sont pas maquillées (sic), pourraient prendre le volant, mais seulement avant 20h. Enfin, pour se prévaloir de ce droit, elles devraient aussi obtenir l'autorisation d'un homme. Autant dire que l’émancipation avance à très petits pas.