Terriennes

D'un siècle à l'autre, éternels visages de la prostitution

Des prostituées attendent des clients sur les trottoirs de la ville de Nice en France le 21 novembre 2013.
Des prostituées attendent des clients sur les trottoirs de la ville de Nice en France le 21 novembre 2013.
©AP Photo

En 1928, la jeune journaliste française Maryse Choisy relate dans Un mois chez les filles son reportage en immersion dans des bordels. En 2015, dans un livre intitulé Elles, la reporter Sophie Bouillon brosse des portraits de prostituées en France et en Suisse. Regards croisés sur la prostitution au-delà des siècles.

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En plein après-midi, dans le bois de Vincennes, près de Paris, un homme s’arrête à hauteur d’une prostituée cheveux longs et court vêtue. C’est combien pour… la fin de sa phrase se noie dans le brouhaha des voitures qui passent. Dans le rétroviseur de mon véhicule, je le vois descendre de sa voiture et s’engouffrer entre les arbres pour suivre la jeune femme qui a déjà disparu.

Passant, mais pas client, c’est finalement tout ce que l’on aperçoit, que l’on connaît de cette prostitution-là. Il y a aussi celle plus camouflée des bordels, des salons de massage et des bars à hôtesses, ou plus exhibitionniste des vitrines d’Amsterdam, par exemple. Mais qui sont ces femmes et leurs clients ? Comment en viennent-elles à se prostituer ? Pourquoi ?

A plus de 85 ans d’écart, deux femmes journalistes ont décidé de pousser les portes de ces lieux de la prostitution pour les rencontrer « elles », « les filles » qui commercent leur corps, et pour comprendre. A travers leurs récits, elles rendent compte de la réalité de la vie des prostituées qui, ces derniers jours encore, se trouvent au coeur de débats sur la légalisation de la prostitution, sur la pénalisation des clients, du racolage, …. L'ONG Amnesty international a, en effet, décidé le 11 août de défendre la dépénalisation. (Lire en encadré ci-dessous).

La prostitution en Europe

La pénalisation ou non des prostitué(e)s, des clients et des proxénètes fait toujours autant débat en Europe où la prostitution est illégale dans trois pays : Croatie, Roumanie et Lituanie. Dans la plupart des pays, elle est légale et non règlementée sauf en Autriche, Allemagne, Suisse, Lettonie, Grèce, Pays-Bas.

C’est dans ce contexte que l’ONG Amnesty international a pris, mardi 11 août, une décision forte et qui a soulevé de nombreux désaccords au sein de l’organisation. L’ONG a décidé de faire désormais campagne en faveur de la dépénalisation des prostitué(e)s mais aussi des clients et des proxénètes. Amnesty estime que « la criminalisation du travail du sexe entre adultes consentants peut entraîner une augmentation des violations des droits des travailleurs du sexe ».

> Lire notre interview croisées sur la pénalisation ou non de la prostitution. 

Reportage en immersion

Les deux journalistes ont un profil similaire. Elles ont à peine la trentaine quand elles se lancent dans leurs enquêtes… avec plus de 85 ans d’écart.

Dans les années 1930, seulement 3% des journalistes sont des femmes. Souvent cantonnées aux pages "féminines" ou aux chroniques. Elles sont encore rares à partir en reportage comme Maryse Choisy. En 1928, elle n'a que 28 ans et décide d'enquêter pendant un mois en immersion dans le milieu de la prostitution parisienne et de province.

Son livre Un mois chez les filles va susciter curiosité et critiques à sa sortie. Il sera vendu à plus de 450 000 exemplaires.

"Un mois chez les filles" a rencontré un grand succès à sa sortie en 1928.
"Un mois chez les filles" a rencontré un grand succès à sa sortie en 1928.
©Couverture du livre de Maryse Choisy aux éditions Stock.

Le récit, écrit avec un certain franc-parler pour l’époque ( « J’écris sans hésiter merde, cul, sexe. (..) Ce sont des mots qui font image, parce que peu usités. »), séduit et choque.

Les critiques qualifient son ouvrage d'érotique voire de pornographique. Peut-être sont-ils aussi scandalisés par la position très tranchée qu'exprime à plusieurs reprises l'auteure sur la fermeture des maisons closes.  

Les autres lecteurs sont curieux de découvrir de l'intérieur un milieu méconnu, peu accessible parfois, surtout aux femmes paradoxalement. Il veulent certainement aussi savoir jusqu'où cette jeune journaliste est prête à aller pour accomplir ce reportage.

Journaliste anticonformiste et indépendante, élevée dans une bonne famille, Maryse Choisy va devoir se travestir, changer d'identité pour mener son reportage.

"- Jolie comme vous l'êtes, vous auriez dû vous mettre en carte (vous prostituer, ndlr)", lui conseille la patronne d'une agence de placement. "Je préfère être femme de chambre", lui répond Maryse Choisy.

C'est dans ce rôle que la journaliste décide d'entamer son enquête et d'entrer dans un bordel "le cercle le plus fermé de Paris", écrit-elle. Il n'est, en effet, pas si simple d'y accéder :

"Pour y entrer, il faut être majeure, française, et vierge...de condamnations. (...) Il faut produire un acte de naissance, un extrait de casier judiciaire, une autorisation maritale, des paperasses. Il faut avoir une carte qui vous permette officiellement d'échanger des caresses crasseuses contre de billets crasseux. C'est plus compliqué que la mariage ou le divorce. (...) C'est l'amour enrégimenté, matriculé, fonctionnarisé. Que de longues histoires pour une si courte chose !"

Maryse Choisy doit donc passer par un bureau de placement où patientent d'autres candidates : « Quand j’arrive, dix postulantes fardées attendent déjà dans le salon d’attente. (…) Il y a les habituées de l’agence. Elles ne sont ni femmes de chambre ni grues, mais aspirantes à tout. » Prêtes à accepter tous les métiers. Rapidement, la conversation entre ces femmes tourne autour de la syphilis et des maladies vénériennes dont elles connaissent peu, en réalité, les modes de transmission.

A la sortie d'un poste de police, Maryse croisera d'autres postulantes qu'elle classe en trois catégories : des "filles-mères abandonnées", des "divorcées, abandonnées par leur mari", "des paysannes ambitieuses". Toutes n'entrent pas dans les bordels.

- Quarante sous, s’entête le militaire. C’est tout ce que tu vaux.

Extrait de Un mois chez les filles de Maryse Choisy.

Avant que le bureau de placement ne lui trouve un emploi de femme de ménage dans une maison close, Maryse Choisy part côtoyer les prostituées de la rue en en devenant une. Elle s’aventure dans Paris, sur le promenoir de l'Olympia où déambulent des prostituées. Outrageusement fardée, elle entre complètement dans son rôle. « Grue pour grue, j’aime mieux être une grue qui réussit. Ma houlette et mon bâton de rouge orchestrent une nouvelle musique de couleurs sur mon visage. Je rajuste ma fourrure. Je cire mes yeux. Je bombe le torse. Je cambre mes hanches, mes pieds, ma nuque. Je lisse mes ongles, mes lèvres. Je souris bêtement. Je ne suis plus qu’une femme qui veut plaire. » Et les clients qu'elle va devoir repousser, ne se font pas attendre longtemps.

Dans ce milieu où « la solidarité dépasse la compétition », où « l’esprit de corps permet à une race proscrite d’exister », la journaliste constate que l’économie faiblit, que le commerce est difficile : « le business boite », résume-t-elle.

Et les négociations vont bon train. Elle se rend sous les arcades obscures des ponts parisiens où des femmes font le tapin.
« Dans une anfractuosité, une femme, la jambe droite sur le sol et la jambe gauche relevée, discute le tarif avec un soldat entre ses jambes.
- Quarante sous, s’entête le militaire. C’est tout ce que tu vaux.
- Non, non, cent sous, exige la femme.
Mais elle ne ferme pas boutique et sa jambe gauche demeure indéfiniment en l’air comme celle de la Pavlova
(célèbre danseuse russe, ndlr). »

Un théâtre de moeurs

Le décor devient moins lugubre quand Maryse Choisy accède finalement à une « maison de rendez-vous » où les prostituées qui attendent leurs clients ressemblent à « de petites bourgeoises très sages » qui lisent et cousent dans le salon commun.  

Certaines ont des maquereaux, d’autres des « amis » qu'elles aiment et rêvent d'épouser après avoir accumulé assez d’argent. Beaucoup d’entre elles restent là faute de trouver un autre métier qui rapporte autant. Et puis il y a celles qui font le choix, comme Carmen de rester « parce qu’elle veut y demeurer », « parce que telle est sa volonté ».

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	LLe peintre français Toulouse Lautrec familier des "salons", peint sans jugement les prostituées des maisons closes qu'il fréquente comme celle de la rue des moulins à Paris.</div>
LLe peintre français Toulouse Lautrec familier des "salons", peint sans jugement les prostituées des maisons closes qu'il fréquente comme celle de la rue des moulins à Paris.
©"Au salon de la rue des Moulins", 1894, Henri de Toulouse-Lautrec, Huile sur toile.


La vie de bordel est très hiérarchisée et les personnages que Maryse Choisy dépeint, semblent tout droit sortis d'une pièce de théâtre dans laquelle chacun(e) tient un rôle déterminé. Il y a la « femme du monde »  qui « écrase (nous) toutes du dédain de sa correction, de sa science et de ses faux blasons », la « fausse mineure », l’androgyne, la noire, l’indépendante.

Et pour entrer dans le jeu, il faut un décor digne du porte-monnaie de certains clients. Le summum du service, Maryse l’a trouvé au Chabanais dans le 2e arrondissement de Paris. C’est l’une des plus célèbres maison close de la capitale de 1878 à 1946. Le lieu proposait des chambres décorées avec faste et des prostituées distinguées pour une clientèle aisée. « Il y en a pour toutes les bourses, pour toutes les peaux, pour tous les goûts. Elles sont trente-cinq. Trente-cinq belles filles, robustes, lisses comme une tablette de chocolat. L’homme qui s’aventure parmi ces sourires a perdu la notion du choix », relate Maryse Choisy. « Les dames du Chabanais ont grande allure. Quelquefois un diplomate ou un financier, plein de vanité et de dollars, vient choisir au Chabanais la compagne qu’il exhibera au théâtre ou aux courses, à côté de la pouliche racée. » Ce type de week-end finit parfois par un mariage en ce début du XXe siècle.

Le Chabanais à Paris était l'un des bordels le plus connu de Paris. Il a fermé en 1946. Cinq ans plus tard, tout le mobilier est mis aux enchères. Sur ces photos, en haut le salon de présentation, en bas un siège et une baignoire.
Le Chabanais à Paris était l'un des bordels le plus connu de Paris. Il a fermé en 1946. Cinq ans plus tard, tout le mobilier est mis aux enchères. Sur ces photos, en haut le salon de présentation, en bas un siège et une baignoire.
©Galerie Au Bonheur du jour


Au siècle suivant, les décors et les acteurs de ces huis clos ne changent pas tellement. Ainsi dans son ouvrage intitulé Elles. Les prostituées et nous, (Editions Premier Parallèle, 2015) la journaliste Sophie Bouillon visite le bordel suisse Venusia où l’une des prostituées est également partie un week-end entier avec un habitué... à Dubaï.  « Un week-end entier à jouer la comédie. Sans entracte, ni applaudissements. »

Comme dans le bordel où Maryse Choisy est embauchée, Sophie Bouillon assiste au même théâtre de moeurs dans cette maison close suisse. « les filles ici ne vendent pas leur corps : elles portent de nouveaux habits, choisissent un nouveau prénom, et enfilent une nouvelle identité. Elles sont ‘actrices’. Les clients sont les scénaristes. »

Comme au Chabanais parisien, des chambres thématiques sont proposées aux clients du Venusia : l’américaine avec un lit en forme de Cadillac, la japonaise avec futon et estampes ou encore la "chalet suisse" parée de meubles anciens et de porcelaines. Pour « changer de chambre, comme on change de fille. A la carte », raconte Sophie Bouillon. Il y a aussi la « salle d’exposition » où les clients font leur choix et puis le « fumoir » où ils se retrouvent « après ».

"Salon de massage érotique" de Genève, le Venusia que la journaliste Sophie Bouillon a visité. Ici la chambre "Cadillac".
"Salon de massage érotique" de Genève, le Venusia que la journaliste Sophie Bouillon a visité. Ici la chambre "Cadillac".
©DR

Les clients des bordels

Si certaines prostituées des bordels infiltrés par Maryse Choisy jouent leur rôle, il y a en face d’elles, des clients qui viennent voir, et participer, eux aussi, à ce spectacle. « Neuf clients sur dix viennent chercher le mystère. (…) Lorsqu’ils ont payé cent francs pour être aimés d’une femme du monde, ils seraient navrés que la comédie fût mal jouée. »  Mais « A quel moment s’arrêtera la comédie ? A quel moment commencera la tragédie », s’interroge, de son côté, la journaliste Sophie Bouillon.
 
Maryse Choisy classe les clients en deux catégories : les « messieurs-mystère » et les « messieurs-chronomètre ». Le premier vient chercher une aventure ou assouvir ses fantasmes. Le second type « a bien aussi ses spécialités. Mais il fait l’amour proprement, correctement, régulièrement, selon la routine admise. »

On y flagelle quelquefois des messieurs très importants. Plus il sont importants, plus ils aiment l’humiliation.

Maryse Choisy

La journaliste croise ainsi dans les couloirs de la maison close, ouvriers, étudiants, artistes et fonctionnaires, mais aussi le « bon spécimen de Français moyen » qui couche « méthodiquement » ; celui qui assouvit certains fantasmes en « jouant à la mariée » ; le masochiste - « On y flagelle quelquefois des messieurs très importants. Plus il sont importants, plus ils aiment l’humiliation » ;  ou l’industriel lillois candidat à des élections qui vient à Paris regarder sa femme rabaissée au rang de prostituée pour coucher avec de multiples hommes.

Quand Sophie Bouillon rencontre deux jeunes prostituées de 19 et 22 ans en Suisse, elles aussi ont mis les hommes dans des cases : « Il y a les hommes mariés qui ne trouvent pas ce qu’ils veulent à la maison. Si leur femme veut pas faire de sodomie par exemple, ils viennent ici pour faire la sodomie, tu vois… C’est la grande majorité. Après, il y a ceux qui ont des problèmes avec leur sexualité. Il y a les vieux aussi, un peu pervers, qui veulent tester une petite jeune. Il y a les personnes porteuses de handicap. (…) Et il y a les beaux gosses aussi…. »

Rapidement, les clients inspirent beaucoup de dégoût à Maryse Choisy qui les côtoie tous les jours : « être courtisane c’est servir l’amour à des vieux messieurs qui n’ont pas de poil sur le crâne, beaucoup de poils sur la joue, subir leur sourire et le reste sans broncher. J’aime mieux encore écrire des articles élogieux sur des romans que je n’admire pas. Ce n’est pas plus propre évidemment. Question d’habitude. (…) » Et elle a parfois une basse estime du journalisme qu’elle assimile à plusieurs reprises à la prostitution : « le journaliste n’est qu’une grue spirituelle ».

Diriger une maison close

Déterminée à apporter un peu plus d’objectivité à son reportage, Maryse Choisy convoque un directeur de maison close. Ce dernier, qui garde l’anonymat, insiste sur le fait que son bordel n’est pas une prison de laquelle les filles ne peuvent pas sortir. Chez lui, elles ne travaillent pas quand elles ont leurs règles et doivent se présenter aux visites médicales, fournir tous les six mois un nouveau certificat et un extrait de naissance. Les prostituées risquent le renvoi si elles ne respectent pas les règles d’hygiène.

Le patron souligne aussi la lourde réglementation à laquelle son commerce est soumis. Il insiste également sur le fait que la maison close est la garantie d’une meilleure hygiène pour les prostituées mais aussi pour les clients.

Pour lui, le rôle de la maison de tolérance est le suivant : « la prostitution discrète, qui ne s’étale pas dans la rue, au grand scandale des familles » et par-là même sauvegarde la réputation des clients parfois infidèles. « Une plus grande sécurité au point de vue médical. » Mais il reconnaît qu’« on peut objecter que toutes les maisons ne sont pas administrées avec ce même scrupule, ce même souci des lois et des règlements. » Les bordels seront interdits en France en 1946.

Les chambres où travaillent les prostituées du Venusia en Suisse.
Les chambres où travaillent les prostituées du Venusia en Suisse.
©capture d'écran du site internet du Venusia


Sophie Bouillon rencontre, elle, une patronne de bordel suisse. Au Venusia, « les horaires sont corrects, l’hygiène est respectée, le code - très libéral - du travail aussi », selon des employées passées par d’autre « salons » avant celui-ci. Les filles perçoivent 50% sur chaque passe. « Officiellement, les filles travaillent comme indépendantes, et sont libres d’accepter ou de refuser les prestations proposées dans le menu des plaisirs. Officieusement, elles ont intérêt à accepter ce qui rapporte le plus », explique la journaliste.

"Elles", ces prostituées embauchées dans ce bordel Venusia ne viennent pas seulement de Suisse. Les Roumaines venues en Espagne ont poussé les Espagnoles en Suisse, comme les Françaises. « Les Italiennes, elles, ne font pas le poids face aux tarifs bradés des Nigérianes. » Alors la concurrence est rude dans ce commerce du corps où « le client est roi ».

Elles, les prostituées du XXIe siècle

Dans son ouvrage, Sophie Bouillon brosse une galerie de portraits de la prostitution d’aujourd’hui. Camilla, Laurie, Maria, Precious, Kristina, Mélanie… Autant de parcours de vies chaotiques qui ont permis à la journaliste de mieux comprendre « le chemin qui peut mener à la prostitution », et comment en sortir aussi.

Sans poser de jugements, comme peut parfois le faire Maryse Choisy qui raconte une expérience personnelle, Sophie Bouillon relate ses rencontres avec ces femmes aux existences bien singulières parfois venues de loin. « Elles arrivent de Roumanie, du Nigeria ou de Chine et traversent nos frontières, à la conquête de leur rêve européen, pour se retrouver sur nos trottoirs. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ces femmes ne sont pas forcées "physiquement". Dans une grande majorité des cas, elles savent ce qui les attend. Ou elles en sont une idée. Mais quand la misère est trop forte, et que même la noyade n’effraie plus, le corps devient passeport. Promesse d’une vie meilleure. »

Des femmes comme Precious, venue du Nigeria se sont retrouvées sur les trottoirs de Palerme, où comme d'autres ,elles finissent employées par la mafia nigériane et parfois menacées par la mafia italienne. Certaines, comme elle, servent de monnaie d’échange entre groupes mafieux.  

Deux prostituées chinoises attendent des clients sur un trottoir à Prato en Italie en juillet 2014.
Deux prostituées chinoises attendent des clients sur un trottoir à Prato en Italie en juillet 2014.
©AP Photo/Fabrizio Giovannozzi


Il y a aussi les Françaises rencontrées par Sophie Bouillon qui ont été malmenées, cabossées par la vie. Parfois violées, souvent maltraitées ou délaissées par une famille éclatée ou en grande difficulté sociale, elles commencent à se prostituer jeunes, vers 17/18 ans.

Difficile de quitter la prostitution

Mélanie est de celles-là, elle a travaillé pour Dodo la Saumure, le fameux proxénète porté sur le devant de la scène médiatique avec l’affaire du Carlton de Lille où l'on retrouve l'ancien directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn. Convaincue par le Mouvement du Nid, elle a décidé de quitter la prostitution, mais la démarche est difficile. « La prostitution ressemble à une prison : un endroit qui effraie mais qui rassure finalement un peu », résume Sophie Bouillon.

Il est difficile de se détacher des addictions (drogue et alcool) qui sont parfois contractées pour tenir le coup. « J’ai besoin d’écarter les cuisses pour m’acheter de l’alcool et j’ai besoin de l’alcool pour oublier que je les ai écartées », raconte Isabelle à la journaliste Sophie Bouillon. Parfois il y aussi l’appât de l’argent qui revient quand les mois deviennent très difficiles.

Et puis d’autres parviennent à s'en sortir comme Rosen Hicher qui a arrêté en 2009 mais se considère comme une « survivante » : « Il m’a fallu dix ans pour comprendre que les hommes n’achètent pas notre beauté, ils achètent un corps et ils achètent un trou. C’est triste mais c’est la vérité. »

Références

Un mois chez les filles de Maryse Choisy (Editions Stock, 2015) et Elles de Sophie Bouillon (Editions Premier parallèle, 2015).

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La prostitution en France

En France, les députés ont adopté le 12 juin une proposition de loi de "lutte contre le système prostitutionnel". Ils ont, pour la deuxième fois, modifié le texte voté en mars par les Sénateur se qui devront, à nouveau, se pencher sur le texte.

Les députés ont ainsi supprimé le délit de racolage (institué en 2003 par Nicolas Sarkozy) et ils ont rétabli la pénalisation des clients punis d'une amende de 1500 euros pour tout achat d'acte sexuel. Leur vote s'inscrit à l'inverse de ce qu'avaient adopté les Sénateur en mars dernier.

Association et ONG sont divisées sur le sujet. Certains y voient la fin de l’esclavagisme moderne quand d’autres craignent une plus grande clandestinité des prostituées.

Outre ces deux mesures importantes et au coeur des débats, le projet de loi prévoit aussi d’autres mesures comme la création d’un parcours de sortie de la prostitution, des mesures d’accompagnement social.