Terriennes

Loi Travail en France : les femmes inquiètes pour l’égalité professionnelle

Pour la première fois, lors de la fête de l'Humanité 2017, un espace baptisé « Féministes et communistes ».
Pour la première fois, lors de la fête de l'Humanité 2017, un espace baptisé « Féministes et communistes ».
(c) Michèle Jacobs-Hermès

Alors que s'annonçait une semaine de mobilisation sociale, la réforme du Code du Travail au travers des Ordonnances, et la sauvegarde de la protection sociale à la française étaient débattues/combattues lors de la Fête de l’Humanité 2017. Dont les atteintes à l’égalité Femmes/Hommes, pointées par plusieurs organisations féministes. 

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L’édition 2017 de la Fête de l’Huma avait sa Marianne, sa petite égérie : tout sourire, une fillette à laquelle on a dessiné une jolie et fine moustache,  brandit  au-dessus de sa casquette et de son écharpe à carreaux rouges une pancarte  réclamant aux générations agissantes « Liberté, Justice » et « Paix » ! Sûr que, par justice, elle entend égalité des sexes, la petite !

Quand le PCF inaugure un stand féministe

Au gré des stands,  on débouche sur les responsables de « Femmes solidaires » qui oeuvrent  notamment à la réussite du grand Rassemblement prévu le 28 septembre dans plusieurs villes françaises sur le thème « Avortement en Europe ; les femmes décident », prélude au dépôt d’une pétition au Parlement européen à Bruxelles.

Une affiche contre le harcèlement de rue à la fête de l'Huma 2017
Une affiche contre le harcèlement de rue à la fête de l'Huma 2017
(c) Michèle Jacobs-Hermès

Un peu plus loin, une autre équipe se réjouit de son apparition à la Fête : le PCF a décidé, pour la première fois, de créer un espace baptisé « Féministes et communistes ».  Parmi les principales priorités de son action, la lutte contre le harcèlement sexiste dans la rue et contre le sexisme de la langue.  Deux thématiques qui font précisément leur chemin actuellement. La Secrétaire d’Etat  chargée de l’égalité entre les Femmes et les Hommes, Marlène Schiappa,  annonçait récemment qu’elle envisageait, avec le soutien du Ministre de l’Intérieur Gérard Colomb, d’inscrire le harcèlement de rue dans la loi.  Quant à l’écriture inclusive, qui vise à donner toute leur visibilité aux femmes dans la langue française, elle fait son chemin jusque dans les allées de la Fête. A titre d’exemple, l‘affiche conviant à une Marche pour la Paix .

Ou encore le « Petit guide de résistance contre les bobards de  la Loi Travail XXL » publié, à l’usage des « salarié-e-s », par l’organisation ATTAC et le réseau des « Economistes atterrés » .

Ordonnances : précarité accrue pour les femmes ?

Dix jours avant la mobilisation du 23 septembre 2017, orchestrée par la France insoumise, Sophie Binet, Secrétaire Générale adjointe Cadres de la  CGT, en charge de l’égalité femmes-hommes et présente à la Fête de l’Huma, co-signait une Tribune collective (CGT, PCF, Europe Ecologie les Verts, Attac, Osez le Féminisme figurent parmi la cinquantaine de signataires) alertant le gouvernement, et plus particulièrement sa Secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, sur les répercussions des ordonnances sur l’emploi des femmes, estimait que  l’égalité professionnelle risquait de « sortir des radars » : "Les salarié.e.s les plus touché.e.s par la réforme sont ceux en CDD ou travaillant dans des petites entreprises. Deux catégories où les femmes sont surreprésentées. Plusieurs mesures vont donc peser particulièrement sur les femmes et accroître les inégalités professionnelles.
Dans un entretien au Monde, elle ajoute : "Prenez la disparition des CHSCT. Depuis dix ans, cette instance s’est emparée de questions aussi importantes que le harcèlement moral et sexuel, les violences sexistes et sexuelles au travail qui touchent en premier lieu les femmes. Avec le nouveau comité social et économique, qui regroupera CE, CHSCT et délégués du personnel, tout ce travail va passer à la trappe. Ce comité ayant des prérogatives élargies, le risque que ces enjeux de harcèlement passent au second plan est réel. D’une manière générale, toutes les mesures de flexibilité de l’emploi sont une bombe à retardement pour les femmes.

Les menaces sur le travail des femmes, le thème circulait abondamment sur les réseaux sociaux, à la veille des nouveaux défilés du 21 et du 23 septembre 2017 :

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Au fil des débats du week-end, plusieurs élues, telles l’ « historique » Marie-Georges Buffet,  la députée communiste des Hauts de Seine qu’on avait pu voir aux côtés des ouvriers de Goodyear,  Elsa Faucillon (photo 3311) , la FI Caroline Fiat (première aide soignante à avoir rejoint l’Assemblée Nationale), la sénatrice Annie David élue communiste de l’Isère, Corinne Bouchoux sénatrice EELV ou encore Catherine Ferret, Secrétaire confédérale de la CGT (photo 3300)  et Judith Krivine, représentante du Syndicat des avocats de France, ont dit voir dans les Ordonnances et dans la primauté des Accords d’entreprise le germe de dilution des outils obtenus, depuis la Loi Roudy de 1983, pour négocier, mesurer, expertiser, sanctionner l’égalité professionnelle. Et craindre un risque accru pour les femmes de se voir imposer la mobilité, le temps partiel, le licenciement, bref  d’assister – sans que ce soit une volonté délibérée – à une précarisation plus grande encore pour elles. 

Si les sanctions à l’encontre des entreprises qui n’appliquent pas les législations existantes en matière d’égalité professionnelle F/H étaient appliquées, ce seraient plusieurs milliards d’euros qui viendraient abonder le budget de l’Etat, et pourraient être affectés à la Protection Sociale !
Laurence Cohen, sénatrice PCF

Même son de cloche du côté du Laboratoire de l’Egalité, outil institutionnel de l’égalité professionnelle : « Le Laboratoire de l'Égalité s'interroge sur les conséquences des nouvelles ordonnances sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Les négociations sur l'égalité professionnelle disposent aujourd'hui d'un cadre, que ces ordonnances semblent transformer en labyrinthe. Les garanties qu'elles proposent en la matière manquent aujourd’hui de clarté. »

Laurence Cohen, sénatrice PCF du Val de Marne (Est de Paris), renchérit : « Si les sanctions à l’encontre des entreprises qui n’appliquent pas les législations existantes en matière d’égalité professionnelle F/H étaient appliquées, ce seraient plusieurs milliards d’euros qui viendraient abonder le budget de l’Etat, et pourraient être affectés à la Protection Sociale ! »

L’économiste « atterrée » Sabina Issehnane aux côtés de la sociologue du Travail Claire Vives éraient conviées à débattre des conséquences de la Loi Travail sur les femmes
L’économiste « atterrée » Sabina Issehnane aux côtés de la sociologue du Travail Claire Vives éraient conviées à débattre des conséquences de la Loi Travail sur les femmes
(c) Michèle Jacobs-Hermès

Les yeux rivés sur l’Allemagne d'Angela Merkel

Invitée sur l’espace du Forum Social, Sabina Issehnane, membre du réseau des « Economistes atterrés », et Maître de conférence à Renne 2, a particulièrement étudié les trajectoires des demandeurs d'emploi en activité réduite et les discriminations, et s’est penchée sur les réformes structurelles menées dans plusieurs pays européens. Et de citer l’Allemagne dont les travailleur-se-s ont vu diminuer leurs droits sociaux. Une logique qu’elle qualifie de « mortifère », source de davantage de pauvreté, y compris dans la population active, en particulier pour les Allemandes, premières affectées par les mini-jobs devenus symboles de précarité.

Une affiche placardée lors de la fête de l'Humanité 2017 en écriture inclusive
Une affiche placardée lors de la fête de l'Humanité 2017 en écriture inclusive
(c) Michèle Jacobs Hermès

Le Président de la République, Emmanuel Macron, adepte de l'écriture inclusive et de la féminisation des mots, devrait annoncer le 5 octobre 2017, au titre de « grande cause nationale », le lancement d’un Tour de France de l’Egalité Femmes/Hommes, appelé à s’achever le 8 mars 2018.  

D’ici là, l’inégalité salariale, encore estimée à 26% en France, aura-t-elle été corrigée et toutes les aspérités ou craintes exprimées lors de la Fête de l'Huma sur les Plaines de La Courneuve auront-elles été aplanies ? A suivre...

Au lendemain des manifestations du 21 et 23 septembre, les Suissesses (et les Suisses) étaient appelé.es, le dimanche 24 septembre, à entériner (ou pas) par une votation (référendum), le passage de la retraite pour les femmes de 64 ans à 65 ans (62 en France). Tout est relatif... 

A retrouver sur ce sujet dans Terriennes : 

Loi travail en Belgique et en France : les femmes en première ligne