Darya Safai lutte contre l’apartheid sexuel dans le sport et aux Jeux Olympiques

Darya Safai portrait
© B.Diarra

Darya Safai est venue manifester à Paris le vendredi 14 avril 2017, un mois tout juste avant la visite de la Commission d’évaluation du CIO dans la capitale française, site possible des Jeux Olympiques en 2024. La militante belgo-iranienne réclame, soutenue par des associations féministes, le boycott des pays pratiquant une ségrégation sexuelle dans le sport, comme l’Iran et l’Arabie Saoudite.

dans

« Laissez les Iraniennes entrer dans les stades, Laissez les Iraniennes entrer dans les stades » scande Darya Safya, 42 ans, au pied de la Tour Eiffel. La jeune femme, entourée d’une dizaine de militantes de la Ligue du Droit International des Femmes, et de la Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes, interpelle les instances sportives internationales sur l’interdiction faite aux Iraniennes d’assister aux matchs dans leurs stades. Paris, ville candidate pour organiser les jeux olympiques de 2024, incarne un symbole fort.

A Paris, le vendredi 14 avril, au centre la militante belgo-iranienne Darya Safai manifeste pour le boycott des pays qui pratiquent "l'apartheid sexuel" aux jeux olympiques de 2024. La Ligue du Droit International des Femmes et  la Coordination française pour le lobby européen des femmes la soutiennent dans son combat.
A Paris, le vendredi 14 avril, au centre la militante belgo-iranienne Darya Safai manifeste pour le boycott des pays qui pratiquent "l'apartheid sexuel" aux jeux olympiques de 2024. La Ligue du Droit International des Femmes et  la Coordination française pour le lobby européen des femmes la soutiennent dans son combat.
© B. Diarra

« Il faut boycotter des Jeux Olympiques 2024 les pays où sévit un apartheid sexuel, comme L’Arabie Saoudite et l’Iran » Darya Safai martèle sa revendication écrite sur la banderole déployée. L’activiste belgo-iranienne ajoute « dans le passé, le Comité International Olympique (CIO) n’a pas hésité à exclure l’Afrique du Sud pour sa pratique de ségrégation raciale dans le sport. C’est contraire à la charte olympique.  Si on ne le tolère pas pour les "races" , on ne doit pas le tolérer pour les sexes. Soit les Iraniennes sont admises dans les stades, soit, il est du devoir des organisations sportives internationales, de ne pas accepter un pays avec de telles discriminations à l’encontre de femmes. »

Le stade est une mini-société. En exclure les femmes revient à les exclure de la société
Darya Safai, militante belgo-iranienne

En mai 2016, aux Jeux Olympiques de Rio, Darya Safai déploie sa banderole « laissez les Iraniennes entrer dans les stades », pendant le match de volley-ball Iran/Egypte. La fondatrice du groupe du même nom, cible en 2014 le monde du sport. Cependant, elle définit l’objectif de son combat comme plus général : « le stade est une mini-société. En exclure les femmes revient à les exclure de la société. C’est ce qui se passe en Iran qu’il faut combattre. »

Petite victoire cependant : comme nous le rappelle le site Orient XXI, à la mi février 2017, cédant aux pressions extérieures, mais aussi à celles d’une partie de sa population, l’Iran autorisait les femmes à assister à un premier tournoi international masculin de beach-volley sur l’île de Kish. Pour l’une des rares fois où la République islamique a tenu la promesse faite aux associations sportives internationales de lever l’interdiction pour les femmes d’assister à des événements sportifs masculins.

Les Iraniennes subissent de nombreuses discriminations

Le 13 mai 2016, à Téhéran, une spectatrice iranienne, grimée en garçon, brave l’interdiction d’entrer dans le stade de football. Shakiba, son pseudonyme sur Instagram, trompe la vigilance de la sécurité à l’abord du stade, puis, poste des vidéos à l’intérieur et à l’extérieur du stade, rapporte le site  "les observateurs de France 24". Darya Safai affirme : « si les autorités surprennent des spectatrices à l’intérieur du stade ou tentant d’y accéder, elles encourent une peine de prison.»

En 2015, l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch, dénonce l’interdiction de stade touchant les spectatrices iraniennes dans une campagne intitulée : «#watch4women. » Minky Worden directrice des initiatives mondiales de l'ONG déclare : « Depuis 2012, le gouvernement iranien interdit aux femmes et aux filles d’assister à des tournois de volley-ball (avant 2012 l’interdiction ne touchait pas le volley-ball), allant même jusqu’à arrêter des femmes qui tentaient d’entrer dans un stade. »

 Les femmes, à l’inverse des hommes, ne sont pas des citoyennes de première classe, depuis la révolution islamique de 1979

Darya Safai, militante belgo-iranienne

Ghonceh Ghavami a été arrêtée le 20 juin 2014, puis condamnée à cinq mois d’incarcération rapporte H. Alexander dans The Télégraph. L’étudiante anglo-iranienne, avait tenté pacifiquement, avec d’autres jeunes femmes, de faire valoir ce droit fondamental : assister à un match de volley-ball masculin dans le stade Azadi de Téhéran. Sans travestir leur féminité.

 En 2005, le réalisateur iranien Jafar Panahi abordait déjà dans son film « Hors-jeu » l’interdiction faite aux femmes d’assister à des rencontres sportives.

« En Iran, une femme risque chaque jour d’aller en prison si “ton foulard est mal disposé, ou bien si tu portes des vêtements de couleur“ » s’indigne Darya Safai. « Les exemples des discriminations faites aux femmes sont légion : pour sortir de la maison, voyager, étudier, et travailler… Ton père, ton frère, puis plus tard, ton mari doivent t’accorder la permission. Une femme sans l’aval d’un homme n’est pas autorisée à prendre une décision. » Les sportives professionnelles et amatrices sont tenues d’obtenir, et de présenter une autorisation de sortie de territoire remplie par leur mari pour voyager à l’étranger.

« Les femmes, à l’inverse des hommes, ne sont pas des citoyennes de première classe, depuis la révolution islamique de 1979. » ponctue Darya Safai.

La naissance d’une militante féministe

Après l’instauration de la république islamique, dès son premier jour d’école la petite Darya Safai comprend que sa « vie ne serait plus jamais la même qu’avant, car j’étais une fille. Le voisin lui aussi entamait son premier jour d’école, pourtant ses vêtements n’avait pas changé. Moi, je devais porter un hijab et couvrir mes jambes et mes bras.»

Darya Safai, militante belgo-iranienne vêtue du t-shirt de sa fondation "Laissez les Iraniennes entrer dans les stades".
Darya Safai, militante belgo-iranienne vêtue du t-shirt de sa fondation "Laissez les Iraniennes entrer dans les stades".
© B.Diarra

« A l’école, je n’avais pas le droit de rire fort avec mes amies. Le personnel enseignant nous sermonnait si nous étions prises sur le fait : “ ce comportement n’est pas acceptable pour une fille sage. “ On ne pouvait plus s’amuser avec les garçons, ni nager à la mer. Les garçons et les hommes étaient joyeux en train de jouer dans l’eau. Dès 10, 11 ans, nous, les filles, ne pouvions plus faire de vélo. »

Selon Darya Safai, plusieurs Iraniennes comme elle, ont assimilé très jeunes que « l’isolement dans les vêtements nous imposait une liberté restreinte. »

Offrir sa voix aux femmes oppressées

Darya Safai conteste également la pratique d’un sport avec une tenue « islamiste ». Darya Safai en reste persuadée : « les femmes  portent  le Hijab (le voile) par obligation.» L’activiste insiste : « pratiquer un sport avec une tenue adaptée aux critères religieux « islamistes » devrait être interdit par les instances sportives olympiques.» Elle appuie son affirmation sur la règle 50.2 de la Charte Olympique : « aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique. »

Darya Safai n’hésite pas à s’engager et manifester pour ses convictions. En 1999, la féministe et son mari s’impliquent dans les manifestations étudiantes contre le régime islamique. Darya Safai sera emprisonnée. Dès sa sortie, sous caution, elle fuit la dictature et s’exile en Belgique avec son époux.

Pour Darya Safai, son parcours l’a rendue plus forte. Elle se trouve maintenant en position d’offrir sa voix « aux femmes oppressées en Iran ».  Elle assure recevoir beaucoup de soutiens d’Iraniens et d’Iraniennes.
« Cela fait 38 ans, depuis la révolution islamique que les Iraniennes luttent pour leurs droits. Je pense qu’il est de mon devoir de relayer au monde ce combat. »