A Madagascar, l’entraide entre femmes pour plus d’autonomie

Vatosoa Randrianorana fondatrice d'une association malgache d'entraide entre femmes vivant en milieu rural. 
Vatosoa Randrianorana fondatrice d'une association malgache d'entraide entre femmes vivant en milieu rural. 
©L.Baron/TV5MONDE

Témoin de la pauvreté des femmes en milieu rural, Vatosoa Randrianorana a décidé de fonder une association d’entraide pour leur assurer une autonomie financière en les formant à de l’artisanat et à l’agriculture. Rencontre.

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« Les femmes s’entraident » c’est la traduction du nom de l’association malgache VE.MI.TA (Vehivavy Mifanolo Tanana), fondée par une femme en 2011 : Vatosoa Randrianorana. Depuis six ans, elle vit à la campagne, où elle est témoin de la pauvreté qui touche particulièrement les femmes dans le milieu rural. 

« Souvent, elles n’ont pas de travail et se marient jeunes. Et certains parents ne veulent pas que leurs filles aillent à l’école », raconte-t-elle dans le village de la Francophonie, où elle a pu installer un stand afin d’y vendre des sacs que fabriquent de leurs mains les femmes de l’association - clé de leur autonomie. 

« On en a vendu sept depuis le début de la semaine », nous assure-t-elle avec un grand sourire satisfait, entourée d’une dizaine de femmes de son association. Une fierté, et une nécessité selon Vatosoa Randiranorana. « J’ai pensé qu’il fallait créer une association pour que l’on puisse échanger entre femmes, évoquer les problèmes qu’elles rencontrent. » C’est ainsi qu’est née VE.MI.TA, dans une ville de 30 000 habitants, située à 3 heures de route de la capitale, Alatsinainy Bakaro. « La plupart des femmes de mon association sont des mères célibataires, des veuves ou des femmes en difficulté. Même si elles ont de l’aide de leur famille, ce n’est pas suffisant. » 

Sensibilisation et formation

« Notre action consiste à sensibiliser les parents, les femmes et les filles sur leurs droits et la santé en les conseillant de ne pas se marier trop jeunes. Et puis nous les formons à l’agriculture et l’artisanat afin qu’elles puissent être autonomes. » Actuellement, ce sont 50 femmes qui sont encadrées pour apprendre à réaliser des sacs en raphia crochetés, des poteries et des broderies qu’elles vendront ensuite.  

<p>Vatosoa Randrianorana devant son stand du village de la Francophonie à Antananarivo. </p>

Vatosoa Randrianorana devant son stand du village de la Francophonie à Antananarivo. 

©L.Baron/TV5MONDE

Quant à l’agriculture, l’association propose des formations pour que les femmes puissent cultiver seule un potager. « On leur explique aussi comment élever des poules, raconte la fondatrice, puis on leur donne un petit fonds financier pour qu’elle puisse développer leur affaire. » 

Idem pour celles qui font de l’artisanat. A elles de gérer l’achat de leur matière première, la confection des sacs en raphia, la broderie, la poterie aussi puis l’association s’occupe de la vente, assurant un coût juste… plus élevé que si chaque femme vendait seule sa marchandise. 

Autonomie financière

Les sacs se vendent entre 15 000 et 75 000 ariarys (entre 4,30 et 21,50 euros). Après l’achat de la matière première et la cotisation à l’association de 500 ariarys (0,15 euros) par mois, le reste est pour elle. De quoi s’assurer un revenu et nourrir leur famille. « On voit qu’elles peuvent désormais dégager un bénéfice de la vente de l’artisanat », assure Vatosoa Randiranorana.

 

©L.Baron/TV5MONDE

C’est le cas de Claire Hery Vololonarisoa, 47 ans. Elle fait partie de l’association quasiment depuis sa création, en 2011. Divorcée, puis veuve, elle a dû assumer seule ses trois enfants. Avec l’association, elle suit ainsi depuis plusieurs années une formation d’artisanat sur les sacs en raphia et la broderie. Les ventes avec l’association lui assurent un prix correct de vente lui permettant de nourrir ses trois enfants. L’un d’eux, sa fille de 23 ans, Nathalie est également membre de l’association dont elle est la benjamine. 

Sans travail après son bac, elle a décidé de se lancer dans l’artisanat pour dégager un revenu et aider sa mère, qui l’a formée à la confection des sacs. Une fois qu’elle aura acquis assez de technique, Nathalie rêve, pourquoi pas, de créer sa propre petite entreprise. Une chose est sûre pour elle, désormais : être une femme indépendante, c’est important, s’assumer sans compter sur un mari. A ses amies qui ont déjà des époux et parfois des enfants, elle explique qu’elles doivent, elles aussi, travailler, être autonomes pour améliorer aussi la vie de famille, être aussi importantes que leur mari.

C’est aussi le message qu’entend passer la fondatrice « Ces femmes montrent ainsi aux autres qu’elles peuvent mener à bien une activité seule et participer activement à la vie de famille. » 

L'OIF engagée auprès des femmes

Ses perspectives ? « Vendre pourquoi pas à l’étranger. » Mais aussi « promouvoir les droits des femmes, renforcer leur autonomie et leur permettre de faire de belles choses. »

Un programme qui corrobore l’impulsion donnée depuis deux ans par la nouvelle Secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean dont l’institution - l'OIF -qu’elle dirige a d’ailleurs apporté une aide financière à l’association pour des équipements, la matière première des sacs, et des machines pour la poterie.

De quoi, espère Vatosoa Randiranorana, accompagner d’autres femmes malgaches en milieu rural vers plus d'autonomie.