Terriennes

Malala : icône hyper-médiatisée de la paix

Malala en septembre 2013 à Dublin, recevant le prix de l'Ambassadeur de la conscience 2013 remis par Amnesty International / Photo AFP
Malala en septembre 2013 à Dublin, recevant le prix de l'Ambassadeur de la conscience 2013 remis par Amnesty International / Photo AFP

Malala Yousafzaï, jeune Pakistanaise rescapée des talibans, a donc reçu la récompense suprême, le prix Nobel de la paix 2014, qu'elle partage avec Kailash Satyarthi, un activiste indien des droits de l'enfant. Malala, élevée ainsi au rang d'icône mondiale, hier sur les bancs de son école, aujourd’hui symbole mondial de la lutte pour l’éducation. Hyper-médiatisée après son discours à la tribune de l’ONU, déjà couronnée du prix Sakharov en novembre 2013. Ne serait-ce pas trop pour cette jeune fille de 17 ans ? Portrait.

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Ils ont été récompensés "pour leur combat contre l’oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l’éducation. Les enfants doivent aller à l’école et ne pas être financièrement exploités", a commenté le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland, en annonçant les deux lauréats, Malala Yousafzaï, jeune rescapée pakistanaise des Talibans, et Kailash Satyarthi, un activiste indien des droits de l'enfant du Prix Nobel de la Paix 2014 - une femme, un homme, une Pakistanaise, un Indien, une musulmane, un hindou, comme une parité parfaite...

« J’ai été épargnée pour une raison, celle d’utiliser ma vie pour aider les gens », écrivait Malala Yousafzaï dans son autobiographie parue voilà un an. Seulement 17 ans et déjà une vie de dévouement couronnée de récompenses internationales.

La veille de la Journée internationale des filles 2013, elle recevait, le jeudi 10 octobre le Prix Sakharov. Remis par le Parlement européen sous des applaudissements nourris, ce prix récompense chaque année un défenseur des droits humains et de la démocratie. Le président du Parlement, Martin Schulz, a salué « la force incroyable » de la jeune Pakistanaise qui « défend avec courage le droit de tous les enfants à l’éducation ». Malala a soufflé la récompense à l’Américain Edward Snowden qui avait révélé la surveillance électronique mondiale opérée par les Etats-Unis.

L’adolescente suscite un important soutien à travers le monde même si elle confiait ne pas avoir « accompli tant de choses que ça » pour mériter le prix Nobel. En le décrochant elle devient la plus jeune lauréate et seulement la troisième à cumuler le Prix Nobel et le Prix Sakharov après Nelson Mandela et Aung San Suu Kyi. Après de telles distinctions à quoi pourrait-elle prétendre ?

Le destin d'une jeune Pakistanaise, de la vallée du Swat à la tribune de l'ONU

10.10.2014Reportage de nos partenaires France 3
Le destin d'une jeune Pakistanaise, de la vallée du Swat à la tribune de l'ONU

Icône

L’engouement qui entoure Malala l’a érigée en véritable icône de la lutte pour l’éducation et contre l’extrémisme. Discours à l’ONU vivement applaudi, autobiographie, et prix international des enfants, entre autres, l'ont propulsée sur la scène médiatique.

Capture d'écran du documentaire sur Malala
Capture d'écran du documentaire sur Malala
C’est surtout un documentaire retraçant son parcours réalisé par le journaliste Américain du New York Times Adam B. Ellick qui suscita l’intérêt des autres médias. Le reporter confiait dans une récente interview qu’après la diffusion du film, Malala s’était enhardie face aux talibans : « Elle a dit sur la BBC que les talibans n’étaient pas humains et elle évoquait souvent avec les journalistes comme elle imaginait une tentative d’assassinat », confie-t-il. Deux ans après, ses craintes sont devenues réalité.

Pourquoi un tel tourbillon médiatique autour d’une si jeune fille encore inconnue du monde l’année dernière ? Les médias n’en font-ils pas trop autour d’elle ? En un an, sa vie a basculé de l’ombre de l’anonymat à la lumière des médias.

Malala et son père à l'hôpital de Birmingham en Angleterre.
Malala et son père à l'hôpital de Birmingham en Angleterre.
Son combat

En 2012, Malala Yousafzaï vivait encore au Pakistan où elle se battait déjà pour le droit à l’éducation des filles. Son père Ziauddin Yousafzaï, est directeur d’école, également militant pacifiste, et sa mère illettrée. Dès 2008, à seulement 11 ans, elle tient un blog sur le site de la BBC sous le pseudonyme de Gul Makai (lien en anglais). Dans ses récits, elle décrit le climat de terreur que font régner les rebelles islamistes talibans dans la vallée de Swat (région dominée par les tribus pachtounes aux confins de l'Afghanistan et du Pakistan) où elle vit. Déjà, elle s’élève contre eux qui la privent d’école. Au Pakistan, plus de la moitié des filles n'ont pas accès à l'éducation.

Bonne élève et amoureuse des livres, Malala commence à se faire connaître dans son pays où elle reçoit le premier prix pakistanais pour la paix. C’est le début d’une consécration mais aussi d’une traque des talibans. Les mêmes qui ont affirmé ce jeudi 10 octobre qu’elle n’avait « rien fait » pour mériter le prix Sakharov et que « les ennemis de l’islam lui ont décerné ce prix car elle a abandonné la religion musulmane pour se convertir à la laïcité. »

Malala applaudie par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon  / Photo AFP
Malala applaudie par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon / Photo AFP
Femme politique

Le 9 octobre 2009, à bord d’un bus, un taliban tire une balle dans la tête de Malala à bout portant qui ricoche sur le coin gauche de son crâne et ressort par la nuque. On la croit morte. Son histoire émeut le monde entier. Entre la vie et à la mort, elle est transférée en Angleterre à Birmingham où sa famille vient la retrouver. C’est là qu’elle se réveille après 15 jours de coma. Les talibans ne la réduiront pas au silence.

Commence alors l’emballement international autour de son histoire, une rescapée de la violence talibane, une miraculée. ONG et médias alimentent l’enthousiasme qu’elle suscite. Malala, du haut de ses 16 ans n’a, semble-t-il, plus peur de rien et surtout pas des talibans qu’elle ne manque pas d’interpeller à la tribune de l’ONU en juillet 2013 : « Ils pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence. Mais ils ont échoué. » L'ovation de l’assemblée onusienne de New York. Réel militantisme de Malala ou manipulation politique d'une enfant ?  Si elle est applaudie aux États-Unis, en lutte ouverte contre les talibans, son discours alimente la colère du côté de ses agresseurs. Les islamistes pakistanais voient en elle un « agent des États-Unis » qui propage une culture anti-islamique.

La timide petite fille de 11 ans qui relatait sa vie sur son blog, se rêve aujourd’hui en femme politique pakistanaise à l’image de Benazir Bhutto, assassinée en 2007, lors d'une campagne électorale.

Un prix Nobel salué sur tous les continents



En 2013, Malala couronnée au Parlement européen

20.11.2013
Malala Yousafzai et Martin Schulz au parlement européen le 20 novembre. (Photo Patrick Hertzog. AFP)
Malala Yousafzai et Martin Schulz au parlement européen le 20 novembre. (Photo Patrick Hertzog. AFP)
Malala Yousafzaï avait appelé l'Europe à redoubler d'efforts pour l'accès des enfants à l'éducation, en recevant le prix Sakharov pour les droits de l'Homme, en novembre 2013 au parlement européen de Strasbourg

"57 millions d'enfants attendent notre aide, ces enfants n'ont pas besoin d'un iPad ou d'une tablette, ils ont besoin d'un livre et d'un stylo", avait répété la jeune fille de 16 ans alors, saluée par les eurodéputés par une longue ovation debout.

Elle avait lancé "un appel aux pays d'Europe pour qu'ils viennent en aide aux pays d'Asie, à mon pays le Pakistan, en matière d'éducation et de développement".

Souriante, sous un voile orange, elle avait entamé son discours par une plaisanterie sur sa petite taille et une invocation "au nom de Dieu le miséricordieux", avant une citation de Voltaire en faveur de la tolérance.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a estimé qu'elle avait "donné de l'espoir à des millions de gens", alors que "ce sont aujourd'hui plus de 125 millions d'enfants et adolescents qui sont privés d'école dans le monde, dont trois quart sont des filles".