Marc Riboud célèbre les femmes

Marc Riboud, “La jeune fille à la fleur“ Washington, 1967<br/>© Marc Riboud. Courtesy Polka Galerie
Marc Riboud, “La jeune fille à la fleur“ Washington, 1967
© Marc Riboud. Courtesy Polka Galerie

Polka Galerie à Paris rend hommage au photographe Marc Riboud, à travers une exposition très personnelle, "Liberté, égalité, féminité". Visages d'une quinzaine de femmes venues des quatre coins du monde, qui ont jalonné une carrière de 60 ans. Un voyage dans la photographie humaniste dont Marc Riboud est, à 88 ans, le doyen.

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LIBERTÉ, EGALITÉ, FÉMINITÉ
Cette célèbre photo de Marc Riboud résume peut-être à elle seule ces trois mots qui titrent l'exposition proposée par la galerie Polka : "Liberté, égalité, féminité". Ce cliché a marqué l'histoire au point de devenir le symbole d'une génération anti-guerre, prônant la paix et la tolérance : l'engagement pour la liberté de cette jeune militante, sa fraicheur face aux soldats, sa douceur toute féminine… A l'évocation de cette photo qui a fait le tour du monde, Marc Riboud parle surtout de la rencontre avec cette jeune femme : " J'espérais la voir un peu plus, je l'ai suivie mais ce n'est que quelques mois après que j'ai pu lui parler et qu'on est devenus amis. J'étais très content parce qu'elle était pauvre et qu'elle menait un véritable combat pour ces femmes qui n'avaient personne pour les aider." Aujourd'hui, Jane Rose Kasmir – qui avait alors 17 ans – est toujours militante pour la paix. Elle a notamment marché avec Marc Riboud et son épouse Catherine Chaine contre le conflit irakien à Londres en 2003.

© Marc Riboud, Calcutta, 1971
LA POÉSIE DU QUOTIDIEN
L'œuvre de Marc Riboud est une photo sociale, humaniste. La photo est pour lui une façon de rencontrer les peuples, de communiquer et de partager un sentiment de fraternité. Parmi tous ses portraits de femmes, certaines viennent des quatre coins du monde, elles sont africaines, japonaises, chinoises, parisiennes. On croise la belle Anouk Grinberg (1991) qui prend la pause pour rimer avec le fameux cliché d'André Kertész ("Satiric Dancer", 1926), ou bien Guangzhou (1957), une paysanne chinoise assise dans un train, ou encore ces femmes d'Afghanistan (1956), vues de dos, entièrement couvertes derrières leurs voiles.

Comme souvent chez Marc Riboud, le détail en dit plus que le premier plan. Sur cette photo prise à Calcutta en 1971 (photo ci-contre), on voit d'abord cette jeune mère qui a fui la guerre d'indépendance au Bangladesh et qui se retrouve dans ce camp de réfugiés.  Puis l'œil s'arrête sur l'enfant dont le nez est collé au sein. Et cette photo prend un deuxième sens, plus poétique, emprunt de toute la rêverie de ce nouveau né : "Il y avait quelque chose d'extraordinairement fort dans le rapport de cette jeune mère avec son l'enfant. Le bébé était accroché et moi je ne pouvais rien faire d'autre que de la photographier, avec l'intention et l'espoir que la photo montrerait ce que j'avais aperçu, c'est-à-dire l'attachement entre le bébé et la mère."

© Marc Riboud, Paris, 1953
"L'INSTANT DÉCISIF"
Il y a aussi un peu de malice, un brin d'espièglerie dans ces visages de femmes. Que dire de cette religieuse (ci-contre), une sœur de Saint-Vincent-de-Paul, accoudée à la portière d'un taxi ? "Je l'ai choisie elle parce que je crois que dans la vie l'humour est très important, beaucoup de choses passent par l'humour !" Juste à côté de cette jolie religieuse – "qui fait penser à Audrey Hepburn dans le film Au risque de se perdre", écrit Catherine Chaine, l'épouse de Marc Riboud -, on a choisi d'accrocher une autre photo, dont la proximité avec la précédente ne peut être qu'un clin d'œil à sa voisine. Il s'agit d'une danseuse à demi nue dans les coulisses d'un night club de Tokyo, esquissant un sourire en coin…
Et Riboud de conclure : "La féminité, c'est un costume..."

Marc Riboud en quelques dates

© Xiao Quan
© Xiao Quan
1923 : naissance à Lyon
1937 : premières photos à l'Exposition Universelle de Paris
1953 : entre chez Magnum parrainé par Robert Capa
1955 à 1960 : séjourne en Inde, en Chine, en URSS, en Algérie, et en Afrique noire
1968-1969 : séjourne au Sud et Nord Vietnam
1971 : guerre au Bangladesh
1975 : prend la présidence de Magnum
2008 : part à New York pour la campagne présidentielle et la victoire d'Obama

A lire

- I comme image, de Marc Riboud et Catherine Chaine, éd. Gallimard jeunesse, 70 p., 16,90 €.
- Marc Riboud, éd. Actes Sud, coll. Photopoche, 144 p., 12,80 €.
- Marc Riboud, 50 ans de photographie, de Marc Riboud, Annick Cojean, Catherine Chaine et Robert Delpire, éd. Flammarion, 175 p., 50 €.