Margrethe Vestager, la Commissaire européenne qui défie les multinationales

Starbucks, Fiat, Apple, Amazon...  Et 2,4 milliards d'euros d'amende pour Google la semaine dernière ! Un tableau de chasse impressionnant pour la Commissaire européenne à la concurrence, la Danoise Margrethe Vestager qui attaque de front et sans relâche les pratiques déloyales des géants. Qui est celle que l'on surnomme "Borgen", à Bruxelles ?

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A 48 ans, la Danoise Margrethe Vestager a déjà derrière elle un parcours politique conséquent. Diplômée en économie politique, elle a commencé sa carrière en 1993 au ministère danois des Finances. Nommée ministre de l'Éducation et ministre des Affaires ecclésiastiques du gouvernement de centre gauche en mars 1998, elle en sort deux ans plus tard à l'issue d'un remaniement. Suite du parcours au Parlement danois, où elle sera ensuite élue, puis réélue députée pour le parti Libéral.

En 2011, Margrethe Vestager est nommée ministre des Affaires économiques et de l'Intérieur du gouvernement de Helle Thorning-Schmidt. C'est en 2014 qu'elle est appelée à la Commission européenne au poste de Commissaire à la concurrence, qu'elle occupe encore aujourd'hui. Un poste clé qui va révéler la pugnacité de cette haute-fonctionnaire engagée contre les abus des géants transnationaux, et en faire une véritable "star" à la Commission de Bruxelles.

Contre la "loi de la jungle"

Margrethe Vestager vient de conclure l'affaire d'abus de position dominante de Google shopping : le géant du web devra payer 2,42 milliards d'euros d'amende pour ses pratiques déloyales, annonce la Danoise sur son compte Twitter :
L'entreprise californienne, dont le moteur de recherche est utilisé par 93% des internautes européens, profitait de son comparateur de prix pour privilégier ses services. Or Madame la Commissaire n'aime pas du tout voir les entreprises transnationales imposer une forme de "loi de la jungle" pour leur seul profit, pour écraser la concurrence ou échapper à l'impôt dans l'Union européenne.

C'est ainsi que, en 2016, Margrethe Vestager a infligé à Apple une amende de 13 milliards d'euros pour ses accords avec l'Etat irlandais qui lui permettaient de ne payer que 2 % d'impôts. 

Droite dans ses bottes 

Là où Margrethe Vestager est à la fois un modèle et un personnage hors norme — elle aurait inspiré le personnage de Birgitte Nyborg dans la série "Borgen" — c'est par sa ténacité et son refus de plier. Quelles que soient les forces qui tentent de s'opposer à elle. Envers et contre tous, elle continue à vouloir faire appliquer les lois anti-trust en Europe, largement bafouées depuis quelques années. Avec elle, fini les compromis dont la Commission était coutumière sans changements radicaux des pratiques qu'elle juge abusive.

L'administration américaine a bien tenté de la faire reculer sur l'amende d'Apple, l'accusant de "ne pas suivre les recommandations de l’Organisation de coopération et de développement économiques en matière de coopération fiscale internationale". Rien n'y a fait.

En 2014, Margrethe Vestager ne s'est pas non plus laissée impressionner par le gouvernement russe, alors qu'elle attaquait le géant énergétique Gazprom pour abus de position dominante. Un accord a finalement été trouvé avec le géant énergétique russe.

Un symbole pour la Commission

La Commission européenne de Bruxelles peut se féliciter de la perspicacité et de l'action de Margrethe Vestager. Car l'un des reproches de l'opinion publique européenne à l'institution, jugée trop technocratique, c'est sa faiblesse face aux entreprises multinationales.

Evasion fiscale ou dumping social, les abus des multinationales ont été pointés au grand jour par les révélations des LuxLeaks. Premier ministre du Luxembourg durant la période où des centaines de géants ont pu échapper à la fiscalité européenne grâce aux avantages proposés par son pays, Jean-Claude Junker, l'actuel président de la Commission a d'ailleurs été mis en cause. Dans ce contexte, la pugnace Margrethe Vestager dans le rôle de pourfendeuse des "tricheurs" est un atout précieux pour celui qui les aidait à optimiser leurs profits au détriment des pays membres - et qui a bien besoin de redorer son blason.

Droite dans ses bottes, progressiste et déterminée à remettre les lobbies à leur place, la Commissaire à la concurrence Vestager, elle, continue imperturbablement à faire son travail. Quitte à se faire quelques ennemis.