Marlène Schiappa : "Arrêtons d’organiser la vie politique française autour des normes masculines"

Marlène Schiappa - entretien complet
©TV5MONDE

Marlène Schiappa a été la référente d'Emmanuel Macron sur l'égalité femmes-hommes pendant sa campagne. Des rumeurs la voient déjà ministre dans le gouvernement du président élu. Quid de sa politique en faveur des femmes ? Comment les femmes peuvent-elles davantage intégrer la vie politique ? Entretien. 

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Mère, entrepreneure, élue, auteure et bientôt ministre ? Marlène Schiappa s'est fait remarquer dans cette campagne électorale 2017. La jeune femme de 34 ans, était la référente du candidat d'En Marche !, Emmanuel Macron, élu président de la République le 7 mai 2017, pour tout ce qui relevait de l'égalité femmes-hommes.

Un combat qu'elle mène depuis qu'elle a eu son premier enfant en 2008. C'est à cette période qu'elle fonde le blog "Maman travaille". Le site deviendra ensuite une association qui propose des ateliers de formation, organise des conférences et est consulté par les pouvoirs publics sur l'égalité entre les sexes dans la vie professionnelle et personnelle. 

Maire adjointe dans ce domaine à la mairie socialiste du Mans, elle est aussi auteure de "Où sont les violeurs?" (Editions de l'Aube).

Engagée aux côtés du nouveau chef de l'Etat, décrochera-t-elle un poste de ministre dans son domaine de compétence ? Elle reste convaincue du rôle de son champion politique en matière de parité et des droits des femmes. Emmanuel Macron a d'ailleurs affirmé que l’égalité femmes-hommes serait la grande cause nationale de son quinquennat.

Devoir de vigilance

Les propositions, pas très originales, figurant dans le programme d'Emmanuel Macron :

- Défense de l’IVG
- Amélioration des services de garde d'enfants
- Congé maternité unique garanti pour toutes les femmes
- Renforcement des contrôles sur les politiques salariales et de ressources humaines
- Parité dans les nominations à des grands postes de l’Etat
- Campagne contre le harcèlement et les violences faites aux femmes
- Augmentation du montant des amendes pour incivilités
- Généralisation du téléphone d’alerte

> Notre article : "Les droits des femmes, oubliés de la présidentielle 2017"

Le groupe féministe "Osez le féminisme" a pourtant déjà interpellé l'élu au sujet d'un couac de sa fête célébrant sa victoire : "les célébrations dans la cour du Louvre ont été marquées par une mise en scène dégradante et sexiste des danseuses. Une image qui a cruellement souligné les contradictions du candidat, qui s’était affirmé “profondément féministe” pendant la campagne !" Une polémique à laquelle Marlène Schiappa répond, avec gêne, et une certaine imprécision, dans l'entretien vidéo ci-dessus.

"Osez le féminisme" tout comme le "Laboratoire de l'égalité" ont aussi averti le nouveau président peu de temps après son élection : toutes veilleront à ce que les promesses du candidat soient tenues et que des mesures soient prises en faveur des droits des femmes.

Parmi les décisions attendues : un ministère des Droits des femmes de plein exercice doté d'un budget suffisant ; le droit à la PMA (procréation médicalement assistée, une promesse de campagne) pour toutes les femmes ; une politique nationale pour faire reculer les violences masculines et l’éducation à l’égalité et à la lutte contre les stéréotypes. 

Marlène Schiappa qui défend également ces propositions, a répondu aux questions de Terriennes. 


Être féministe, ce n’est pas une incantation, ça se voit dans les faits.

 Marlène Schiappa

Terriennes : Lors d’un meeting à Lyon vous disiez « je fais partie d’un mouvement progressiste avec un leader féministe ». Tout comme Emmanuel Macron, Barack Obama, Justin Trudeau ou encore François Hollande se proclament aussi féministes. Qu'en est-il vraiment pour le nouveau président français élu ? 

Marlène Schiappa : Je trouve qu’il n’y a pas assez de gens qui font de la politique qui se revendiquent féministes. Parmi les candidats à cette élection présidentielle française, peu d’entre eux se disaient féministes et défendaient ces positions.

Face à Emmanuel Macron, il y avait Marine Le Pen qui est anti-féministe, déteste les féministes, est anti-parité, anti-droit des femmes, ... François Fillon avait également des positions qui n’étaient pas non plus féministes. 

Être féministe, ce n’est pas une incantation, ça se voit dans les faits. Dans les faits, Emmanuel Macron c’est celui qui a créé le mouvement En Marche! et qui a fait venir des femmes à la politique. Quand il a vu que pour les législatives, il n'y avait que 15% de femmes inscrites pour être candidates à la candidature, il a lancé un appel pour débloquer des moyens, lancer des formations et on est passé de 15% à 45%.  C’est celui qui a proposé le programme le plus complet pour l’égalité femmes-hommes, et c’est lui qui se bat pour mettre en place la parité dans son mouvement au niveau des délégués nationaux, des référents territoriaux et des candidat-es à l’investiture. 
Je crois que dans l’action, il est totalement féministe.

Terriennes : Pourtant, il reste encore peu de femmes même dans son entourage proche. Qu’est-ce qui bloque ? 

Marlène Schiappa : Avant tout, c’est l’organisation globale de la société. Il y a une organisation qui est genrée. Depuis des centaines d’années, les hommes investissent l’espace public, le pouvoir, le monde du travail et les femmes investissent le foyer, les responsabilités familiales. 

Ce n’est pas des clichés car on le voit dans les chiffres : 80% des taches ménagères et éducatives sont faites par les femmes, seulement 20% par les hommes. Et les femmes sont moins rémunérées que les hommes.  Si la conciliation vie professionnelle et vie familiale ne pesait pas exclusivement sur les femmes, elles pourraient davantage s’engager dans la vie politique. 

Il faut arrêter d’organiser la vie politique sur les bases des normes masculines du pouvoir pour que les femmes puissent venir à la politique. Il faut organiser la vie politique de telle façon qu’il n’y ait pa de réunion à l’heure des devoirs et du bain et qu’on adapte les codes politiques aux femmes. 

Honnêtement, on dit que c’est difficile de faire de la politique mais je trouve que c’est plus difficile d’accoucher que de faire une campagne. Je trouve que c’est plus difficile d‘éduquer des enfants que de faire sa place dans le monde politique. Je pense qu’il est temps d’arrêter de dire aux femmes que la politique c’est trop compliqué pour elles. Elles en sont totalement capables.
 

Brigitte Macron, égérie de la femme française libre. 

Marlène Schiappa


Terriennes : Le traitement entre les hommes et les femmes en politique restent encore différent. Dans les médias ou les propos de certains observateurs, les remarques ont fusé à propos de la différence d'âge qu'il a avec sa femme (le même qu'entre Donald et Melania Trump) et ses tenues vestimentaires ont été scrutées. On en est donc encore là ?

Marlène Schiappa : Cela dénote quelque chose de très sexiste. On voit encore les femmes uniquement par leur apparence. Brigitte Macron est une femme très intelligente, lettrée, cultivée et qui mériterait que l’on s’intéresse à elle et ses prises de position davantage qu'à sa tenue.

Retrouver dans Terriennes, notre portrait de Brigitte Macron :

> Brigitte Macron, là où elle doit être : à côté. Jamais loin

De toute façon, il y a un sentiment en France d’attraction-répulsion pour les premières dames. On réclame de tout savoir sur elle, et paradoxalement, il y a une forme de sévérité totalement sexiste dans les commentaires. 

A chaque fois que je fais des meetings, les gens viennent me parler de Brigitte Macron et me disent que c’est une forme d’égérie de la femme française libre. 

Emmanuel Macron bouscule les normes dans tout, dans sa façon de faire de la politique, dans son couple, et ça perturbe les gens parce qu’on est habitué à voir nos présidents de la République tous plus âgés que leur femme ou leur compagne. 

Je pense que les observateurs n’ont pas fini d’être surpris par la façon de gouverner d’Emmanuel Macron qui change complètement tous les codes auxquels on a fait appel jusque-là.