Maroc : une vidéo relance le débat sur le harcèlement de rue

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© Vidéo amateur filmée à Tanger, Maroc et diffusée sur youtube

Une scène de harcèlement de rue filmée à Tanger au Maroc et diffusée sur les réseaux sociaux provoque l'indignation des associations marocaines de défense des Droits des femmes.

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"Je suis autant scandalisée par cette agression violente et collective que par les réactions désignant la victime comme coupable du fait de sa tenue vestimentaire supposée provocante, même si en fait elle ne portait qu'un simple jean et un tee-shirt".  Nouzha Skalli militante marocaine pour l'égalité des sexes et ancienne ministre en charge des Droits des femmes a vivement réagi après la publication sur les réseaux sociaux de cette scène filmée dans une avenue de Tanger. Une jeune femme marchant seule, est poursuivie par un groupe d'hommes au comportement oppressant. La vidéo a suscité des commentaires indignés mais également des critiques acerbes sur la tenue vestimentaire jugée " indécente" de la jeune femme. Des réactions qui témoignent des résistances à considérer les femmes victimes d'insultes et d'agressions dans des lieux publics, comme des victimes.

Le harcèlement sexuel : un sport national au Maroc ? 

La question est posée par le site d'information en ligne marocain ladepeche.ma. Selon les chiffres officiels, deux marocaines sur trois sont victimes de violences à caractère sexuel ou sexiste.  " C'est une vraie crise de valeur dans notre société", estime Khadija Ryadi, ex-présidente de l'Association marocaine des droits humains, récompensée en 2013 par les Nations Unies pour son combat en faveur de l'égalité hommes-femmes. " Des femmes sont agressées dans la rue, humiliées, insultées. A un certain moment, la nuit, cela devient un état de siège pour elles", a-t-elle confié à l'AFP.
Selon l'ancienne ministre, Nouzha Skalli, le poids de culture traditionnelle pèse encore trop lourdement sur les esprits : " L'espace public serait réservé aux hommes et la présence des femmes serait considérée comme une intrusion indue ". La société marocaine semble tiraillée entre une ouverture et un conservatisme tenace, observe Nouzha Skalli. La militante pour l'égalité des sexes déplore " la propagation d'une idéologie mysogine et agressive qui accuse les femmes de s'habiller de façon provocante et les considère comme responsables ".

Les femmes marocaines sont-elles assez protégées ?

Mustapha Ramid, ministre d'Etat chargé des droits de l'Homme au Maroc, joint par l'AFP,  reconnaît que la loi marocaine actuelle "condamne le harcèlement des femmes au travail, mais pas dans les espaces publics".
Il assure néanmoins qu'un projet de loi "complet" qui criminalise les violences à l'égard des femmes, incluant pour la première fois le harcèlement dans les lieux publics, est en cours d'adoption au Parlement.
Dès 2010, Nouzha Skalli avait pourtant  proposé un projet de loi contre les violences faites aux femmes. Un projet qui incluait la notion de harcèlement dans l’espace public et qui n’avait finalement pas été adopté.
En 2017, la multiplication des vidéos postées sur les réseaux sociaux et les débats que ces témoignages suscitent à l'intérieur du pays pourraient contribuer à accélérer les changements souhaités par les militantes des droits des femmes.

Cette année, la Tunisie a ouvert la voie en adoptant le 26 juillet 2017, un texte de loi qui renforce la protection des victimes et abolit des dispositions jugées rétrogrades. Une avancée historique dans la lutte contre les violences faites aux femmes.