Maryam Mirzakhani, première femme lauréate de la médaille Fields

Maryam Mirzakhani, une Américaine d'origine iranienne, vient de remporter la médaille Fields 2014, une sorte de "prix Nobel" de maths, la plus prestigieuse des récompenses de mathématiques. C'est une première dans l'histoire de cette discipline, largement dominée par les hommes.

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Réaction en Iran : le visage de la lauréate à la Une de la presse iranienne

Tête couverte, gros plan du visage, montage de deux photos ou ... rien. La presse iranienne publie différents avatars de la lauréate, dans un souci de respect du code vestimentaire imposé aux femmes en Iran (le voile). D'autres dérogent à la règle, encouragé peut-être par le tweet du président iranien, Hassan Rohani...


52 hommes récompensés, puis enfin une femme. Maryam Mirzakhani est entrée dans l'histoire des mathématiques ce 13 août 2014, lors du 27e congrès international quadriennal des mathématiques à Séoul (Corée du Sud). Elle est la première femme au monde à décrocher le prix Fields, la récompense la plus prestigieuse en mathématiques, considérée comme le "prix Nobel" de la discipline. Tous les quatre ans, cet événement récompense deux à quatre mathématiciens d'envergure, âgés de moins de 40 ans avec à la clé une dotation de 15 000 dollars canadiens (10 000 euros).

Iranienne et professeur à l'Université de Stanford aux Etats-Unis, Maryam Mirzakhani, 37 ans, a partagé son prix avec trois autres mathématiciens, tous des hommes : le Franco-Brésilien Artur Avila, le Canado-Américain Manjul Bhargava et l'Autrichien Martin Hairer.

Un Français et une femme récompensés

13.08.2014
Un Français et une femme récompensés


Le génie

Maryam Mirzakhani a du talent. Spécialiste de la géométrie des formes inhabituelles, elle a été récompensée pour avoir découvert de nouvelles méthodes de calcul des volumes d'objets aux surfaces hyperboliques, comme une selle de cheval.

Selon Curtis McMullen, médaille Fields 1998 et directeur de thèse de la lauréate à l'université de Harvard (États-Unis), ses travaux ont une grande portée dans le domaine des mathématiques : "Maryam a une impressionnante série de résultats fantastiques depuis dix ans. Ses percées ont considérablement vivifié un domaine très actif", témoigne-t-il sur le site LeMonde.fr. Un talent qui lui a valu plusieurs prix, comme le Prix Satter de l'American Mathematical Society, en 2013, et le Prix Blumental pour l'avancement de la recherche en mathématique pure en 2009.


D'écrivain à mathématicienne

Rien ne destinait Maryam Mirzakhani à cette carrière. Née en 1977 à Téhéran (Iran), elle rêvait d'être écrivain dans sa jeunesse. Elle découvre les maths grâce à son frère. "Mon premier souvenir remonte au jour où il m'a demandé d'additionner tous les nombres entiers de 1 à 100. Je pense qu'il avait lu dans une revue scientifique populaire la manière dont Gauss était parvenu à résoudre ce problème. La solution m'a totalement fascinée. C'est la première fois que j'ai découvrais une belle solution, même si j'avais été incapable de la trouver moi-même", raconte-elle dans une interview publiée par l'Institut de mathématiques Clay et reprise par Guardian (lien en anglais).

C'est le début d'une passion et d'une réussite. "Plus je passais du temps sur les mathématiques, plus j'étais enthousiaste", déclare-t-elle dans son interview rapportée par Guardian. Très vite repérée, elle intègre un prestigieux lycée iranien, à Téhéran. A l'âge de 17 ans, elle est devenue la première Iranienne médaillée d'Or à l'Olympiade internationale de mathématique, un concours réservé aux lycéens.

Après une licence en Iran, elle embarque pour les États-Unis et l'université d'Harvard, où elle décroche un doctorat en 2004. Depuis 2008, elle enseigne à Stanford où elle vit avec son mari et sa fille de 3 ans.


Le symbole

Maryam Mirkzakhani est une exception dans ce milieu peu mixte. La médaille Fields qu'elle vient d'obtenir en est un exemple. Depuis la création du prix, en 1936, il a été décerné uniquement à des hommes : 52 en tout, sans compter les lauréats de cette année. Pour Ingrid Daubechies, présidente de l'Union mathématique internationale (lien en anglais), qui organise la sélection des médailles Fields, Maryam Mirzakhani fait figure de symbole : "C'est une grande joie d'être témoin de la première médaille Fields décernée à une femme. Tout chercheur vous dira qu'il n'y a pas de différence entre les maths faites par une femme ou par un homme et, évidemment, la décision du comité est uniquement basée sur les résultats de chaque candidat", a-t-elle déclaré.

Alors que les autres disciplines scientifiques sont parvenues à la parité, les mathématiques restent largement dominés par les hommes. Ils obtiennent 70% des doctorats aux États-Unis. Même retard en France, où 18% des postes de maîtres de conférence en mathématiques fondamentales sont occupés par des femmes en 2012, contre 50% en Biologie.

Par sa médaille, la nouvelle lauréate espère contribuer à changer le milieu. "C'est un grand honneur et je serai heureuse si cela encourage de jeunes femmes scientifiques et mathématiciennes", a-t-elle confié dans un communiqué publié sur le site de l'Université de Stanford. Et de conclure : "Je suis convaincue que de nombreuses autres femmes recevront ce type de récompense dans les prochaines années."

Le congrès international quadriennal des mathématiques

Organisé par l'Union Mathématique Internationale (UMI/IMU,International Mathematical Union) tous les 4 ans, chaque fois dans un pays différent. Il a eu lieu à Hyderabad (2010), Madrid (2006), Beijing (2002) et Zurich (1998), avant de ce tenir à Séoul en cette année 2014.

Il réunit de 4000 à 5000 mathématiciens venant du monde entier. Le programme scientifique se compose de 20 conférences et d'autant de sessions thématiques, ainsi que diverses tables rondes. Être invité à y tenir une conférence est la marque d'une grande reconnaissance scientifique.

Le moment le plus attendu est l'annonce du nom des lauréats des prix, lors de la cérémonie d'ouverture. Les prix décernés sont deux à quatre médailles Fields, le prix Nevanlinna, le prix Gauss et la médaille Chern. Rappelons que la médaille Fields est la plus haute distinction qu'un mathématicien puisse espérer.

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