Melania et Ivanka Trump, deux "premières dames" à la Maison Blanche

Donald Trump, avec son épouse Melania et sa fille Ivanka , lors de l'inauguration du dernier hôtel acquis par le magnat de l'immobilier, alors qu'il était encore en campagne électorale, le 26 octobre, 2016...
Donald Trump, avec son épouse Melania et sa fille Ivanka , lors de l'inauguration du dernier hôtel acquis par le magnat de l'immobilier, alors qu'il était encore en campagne électorale, le 26 octobre, 2016...
AP Photo/Evan Vucci

C'est une quasi certitude : sous la présidence de Donald Trump, deux femmes se partageront le rôle de première dame à la Maison Blanche - l'épouse, Melania, et la fille, Ivanka. Nul doute que chacune saura y tenir son rôle, plus ou moins gratifiant.

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Lors du concours d'entrée à l'ENA, illustre école nationale d'administration où se reproduisent les élites françaises, un candidat - devenu célèbre -, s'était illustré par un brillantissime "grand oral", épreuve phare de l'examen, dont le sujet était : "la femme". L'exposé, obligatoirement en deux parties cartésiennes, avait été ainsi introduit, en latin, par l'impétrant : "mater, mulier" - la mère, l'épouse. Mais pour accéder à la Maison Blanche, aujourd'hui, il faudrait rajouter, selon Donald Trump :  la fille.

Ivanka et Donald Trump, un amour fusionnel... et aveugle

A condition qu'il ne la confonde pas avec une autre. Parce que l'amour peut rendre aveugle. A l'avant veille de son investiture, le presque nouveau président de la plus grande puissance du monde faisait rire la planète avec une nouvelle bourde. Il a ainsi félicité par erreur une autre Ivanka (prénom de sa fille chérie), une Anglaise, qui en a profité pour lui dire ce qu'elle pensait de son climato-scepticisme. Donald Trump avait repris le 16 janvier 2017 au soir, à son compte, le tweet d'un kinésithérapeute du Massachussets, qui complimentait @Ivanka (et non @IvankaTrump), soulignant qu'elle était "formidable, une femme qui a du caractère et de la classe" (peut-être lui aussi par erreur ?). Le lendemain matin, découvrant la chose, cette consultante numérique de la ville balnéaire de Brighton au sud du Royaume Uni, ex-responsable numérique pour le parti travailliste, répliquait avec humour par le même biais : "Et vous, vous êtes un homme aux formidables responsabilités. Puis-je suggérer plus d'attention sur Twitter et plus de temps à s'informer sur le changement climatique" ?
 

Donald Trump semble en effet, très proche de Ivanka, la deuxième des trois enfants qu'il a eus avec Ivana, une ex mannequin d'origine tchèque - on ne peut que remarquer la constance du tropisme européen oriental du président milliardaire pour ses épousées - et de laquelle il avait divorcé à grand fracas publicitaire parce qu'il "n'arrivait plus à avoir des relations sexuelles avec une mère de famille". La classe déjà.
Ce qui n'a pas empêché l'ex de soutenir le candidat républicain, sans doute en raison de l'immense fortune (au sens propre et figuré) que lui a procuré la séparation.

Le milliardaire qui a fait de sa fille son héritière préférée, n'hésite pas à lui faire part, en public, de son amour paternel, avec cette élégance verbale qui lui est si particulière. En mars 2006, alors qu'il n'était même pas encore candidat à la candidature, le magnat de l'immobilier et animateur à succès des médias, lui lançait sur le plateau de "The View", un "talk show", exclusivement féminin de la chaîne ABC : "Si Ivanka n'était pas ma fille, je l'aurais draguée !" En ajoutant, réalisant sans doute qu'il ne se confiait pas à un copain de bar : "est-ce que c'est si terrible que ça ?"
 
L'épouse, Melania, ayant annoncé qu'elle ferait appartement à part (au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire de son fils), en restant au sommet de la Trump Tower à New York, dans le "cosy" appartement qu'elle occupe avec avec Barron William Trump, dernier fils du président, âgé de 11 ans, les spéculations vont bon train : Ivanka occupera-t-elle à la Maison Blanche l'aile réservée aux "premières dames" ?

Modèle : "working mother", superwoman et riche

D'une présentation impeccable, cette ex-mannequin (décidément...) devenue femme d'affaires a le don de son père pour l'auto-promotion : à 35 ans, elle était déjà vice-présidente de la Trump Organization. Elle a aussi créé une marque de vêtements à son nom et s'est fait sur les réseaux sociaux le héraut des mères qui travaillent. Sur son compte twitter, cette diplômée en économie de plusieurs écoles prestigieuses, se présente ainsi : "Epouse, mère, soeur et fille. Entrepreneure, avocate passionnée de l'éducation et de l'autonomisation des femmes et des filles. Native de New York, en partance pour Washington".

Le journal français Le Monde nous apprend en effet qu'elle est "sur le point d’emménager avec époux et enfants au cœur d’un quartier chic de la capitale fédérale, à deux pas de la nouvelle résidence de la famille Obama et de celle de l’ambassadeur de France". Et que Jared Kushner, héritier (lui aussi) d’une société immobilière florissante – y a déjà choisi sa synagogue. Ivanka, en l'épousant, s'est convertie à un judaïsme de stricte obédience. Le couple a eu trois enfants, le dernier né en pleine campagne 2016 pour l'investiture républicaine, un accouchement qui ne l'a arrêtée que quelques jours.... Et la voici, en pleine vague de froid, posant pour la postérité avec le chérubin : "bébé, il fait drôlement froid dehors !"
 

Conflits d'intérêts

Cette "super woman", au féminisme bon chic bon genre, a beaucoup fait pour gagner les femmes à la cause de son machiste de père. Nous le rappelions, dans Terriennes, au lendemain de la victoire surprise de Donald Trump. Quelques semaines avant l'élection du 8 novembre 2016, elle défendait l'une des mesures phares de la politique familiale du candidat républicain : un "salaire" attribué aux mères de famille choisissant de rester au foyer, ou de continuer à travailler, pour élever leurs enfants. Ces "Working mothers", qui se sentent abandonnées de tous, érigées en symbole, en mères du peuple américain, le 13 septembre 2016, par les Trump père et fille à l'unisson. L'un de ces points passés sous silence par la plupart des médias et qui permettent pourtant de comprendre comment cet homme particulièrement misogyne a rallié à lui nombre d'électrices : 49% d'entre elles toutes origines et classes confondues, et même 53% des "white", blanches.

La brillante Ivanka serait-elle sans défaut ? La jeune femme, comme son géniteur, a tendance à confondre biens publics et privés, et à vouloir privatiser certaines prérogatives de la fonction présidentielle. Ce que l'on appelle une propension aux conflits d'intérêt... A peine Mr Trump élu, lors d'un entretien télévisé, le 14 novembre 2016, elle s'affichait à ses côtés, avec au poignet, bien visible, un bracelet à 10 000 dollars, lequel faisait l'objet d'une publicité de sa marque de bijoux et de vêtements, pour vanter le bracelet, dès le lendemain. L’affaire est partie d’un petit courriel d'« alerte style » envoyé "opportunément" par la société de bijouterie d’Ivanka, Ivanka Trump Fine Jewelry, à destination de nombreux journalistes de mode. En juillet de la même année, elle avait déjà fait jaser en faisant de la publicité pour la robe qu’elle avait portée pour la convention républicaine lors de l’investiture de son père. Immédiatement après la convention, elle avait tweeté un lien renvoyant sur une page des grands magasins Macy’s vendant une robe similaire.
Nul doute que désormais ses moindres écarts seront traqués. La voici prévenue...

Melania Trump, courage : fuyons

Ce n'est en tout cas pas Melania Trump qui risque de lui faire de l'ombre. La "vraie" première dame a assuré un service minimum tout au long de la course à la présidence de son mari. On la voyait le plus souvent tendue, le sourire rare, craignant le moindre faux pas, tant elle était scrutée. Ce qui n'a pas manqué d'arriver : en plein mois de juillet 2016, un discours préparé par ses équipes, ou celles de son mari, pour être prononcé à Cleveland (Ohio, midwest), provoquait les railleries d'une bonne partie des médias "main stream", ceux que Donald déteste.  Le texte lu avec application était en grande partie un "copier/coller" d'un discours de Michelle Obama... en 2008, après la victoire de Barack. Où il était question d'éducation, dans un milieu modeste, fondée sur le labeur, et la persévérance.
"Barack et moi avons été élevés dans les mêmes valeurs : qu'il faut travailler dur pour ce que vous voulez obtenir de la vie" disait la première. "Depuis mon plus jeune âge, mes parents m'ont inculqué les valeurs qu'il faut travailler dur pour ce que vous voulez obtenir de la vie", répétait huit ans plus tard la deuxième…

Un écho qui n'avait pas échappé à Javier Panzar, reporter au Los Angeles Times, ou à la chaîne CNN qui en avait fait un montage assassin...

Cela dit, soyons juste : en matière de labeur et de persévérance, Melania peut aussi se vanter. Sa biographie officielle nous apprend qu'elle est née le 26 avril 1970, sous le nom slovène de Melanija Knavs, à Novo Mesto (littéralement "le nouvel endroit"), petite ville de la minuscule Slovénie (à peine plus de 2 millions d'habitants) coincée entre la mer Adriatique, l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Croatie, alors partie de feu la Yougoslavie, et aujourd'hui membre, à la croissance florissante, de l'Union européenne.
Ses parents, personnes fort laborieuses, exerçaient leur talents comme négociant en voitures d'une entreprise d'Etat, pour le père, et comme styliste pour une fabrique de vêtements pour enfants, pour la mère. Des gens modestes qui vivaient dans un appartement discret d'une cité à la mode socialiste, et "qui élevaient leurs trois enfants dans les préceptes du marxisme-léninisme".

Selon certaines sources, encore petite, elle défilait en portant les habits conçus par sa maman. Elle aurait ensuite étudié à son tour le stylisme (une année à Ljubljana, la capitale) avant de se lancer dans le mannequinat, repérée dans la rue par un photographe en vogue de Slovénie. Elle parlerait couramment le serbo-croate, le slovène, l'anglais, l'italien, le français et l'allemand. Et sans doute comprend-elle le Russe, cette langue slave que son mari semble affectionner particulièrement.

Mais le conditionnel s'impose selon certains commentateurs caustiques, voire légèrement misogynes comme Ch. V. pour La Libre, quotidien belge francophone, qui sonne la charge sous le titre sévère "Melania Trump, la First Lady la plus embarrassante de l’histoire…" : "Sous ses airs de poupée russe arrachée par le prince pas très charmant à sa patrie socialiste et à sa famille modeste, Melania Trump, née Knauss, n’est pas l’héroïne naïve d’un conte de fées. Sa biographie officielle - disponible jusqu’à récemment sur son site mais depuis supprimée… - faisait mention d’études en architecture, à l’université de Ljubljana. Sauf que peu se souviennent d’y avoir croisé sur un banc son joli minois. On dit aussi de Melania Trump qu’elle est polyglotte. Personne n’en a la preuve, étant donné le peu d’apparitions publiques auxquelles elle se prête."

Migrante légale or not légale ?  That is the question

En 1993, la marque slovène Mura l'avait mise en scène dans une campagne télévisée, prémonitoire, en la présentant comme la « Première dame de la mode », avec des gardes du corps, une limousine, un avion et la faisant asseoir dans un bureau ovale.
Elle obtient une carte de résidente permanente aux États-Unis en 2001 et la nationalité américaine en 2006. Elle sera la première femme née à l'étranger à devenir Première dame depuis 1825.
En août 2016, des photos d'elle nue sortaient dans la presse, apparemment prises aux Etats-Unis en 1995 alors qu'elle a toujours affirmé y être arrivée en 1996, suscitant des questions sur son statut légal d'alors. De quoi irriter  son mari, chantre de la lutte contre les migrants illégaux…

Fidèle à cet homme de 24 ans son aîné, elle l'a toujours soutenu, même lorsqu'on entendait Donald Trump se vanter en termes vulgaires de pouvoir avoir les femmes qu'il voulait.
Elle a indiqué vouloir être "très traditionnelle - comme Betty Ford ou Jackie Kennedy", au service "des femmes et des enfants". Depuis le 7 novembre 2016, son compte twitter est figé, comme si le monde s'était arrêté de tourner à la veille de ce fameux (ou funeste) jour-là. Où elle proposait de partager ses vues et ses inspirations pour l'Amérique, une dernière fois, avant d'appeler à voter pour son époux. Avant le grand plongeon. Pour elle, comme pour le monde entier...

Habiller ou pas Melania Trump, un choix politique, et peut-être un peu misogyne...

L'Agence France Presse nous apprend que depuis l'élection de Donald Trump, sa femme Melania est devenue un sujet de controverse majeur pour le monde de la mode aux Etats-Unis, et beaucoup de créateurs se refusent à habiller la Première dame, du jamais vu. Habiller l'épouse du président est pourtant une occasion unique de visibilité, surtout lors de la cérémonie d'investiture. Michelle Obama est allée plus loin en en faisant un puissant outil de promotion en effectuant des choix pointus et poussant de petits créateurs. Jusqu'au 8 novembre, toutes les discussions mêlant mode et élection présidentielle américaine portaient sur Hillary Clinton, favorite des sondages comme des designers. Melania n'intéressait personne. Médusés par la victoire de son adversaire, beaucoup d'acteurs du petit monde de la création s'en sont pris à la seule cible à leur portée: la future "First Lady". La Française Sophie Theallet, New-Yorkaise d'adoption, a été la première, mi-novembre, à dire qu'elle n'habillerait pas Melania Trump, en réaction à "la réthorique raciste, sexiste et xénophobe utilisée par la campagne présidentielle de son mari". D'autres ont suivi, principalement Marc Jacobs, Derek Lam, Phillip Lim et Christian Siriano. "Melania mérite le respect dont ont bénéficié les autres Premières dames", a fait valoir à l'inverse Diane von Furstenberg, couturière mais aussi présidente du très influent syndicat américain de la mode (CFDA). Comme Tommy Hilfiger, Calvin Klein, Carolina Herrera, Zac Posen et Thom Browne.
Mais pour avoir remercié, dans un tweet, la future Première dame d'avoir porté une robe noire D&G pour le réveillon du jour de l'An, le designer Stefano Gabbana a essuyé un déluge de critiques sur les réseaux sociaux.

Suivez Sylvie Braibant sur Twitter @braibant1